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RD CONGO: Difficile d’améliorer la santé maternelle et infantile

    By Taylor Toeka Kakala

    GOMA, RD Congo, 27 mai (IPS) – De la maternité au bloc opératoire, en passant par la médecine générale et les services connexes, "beaucoup d’hôpitaux et centres de santé" qui ne sont pas gérés par des ONG "ne répondent pas aux normes sanitaires", affirme Dominique Baabo, médecin inspecteur provincial du Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

    La vétusté du matériel biomédical des structures sanitaires, la quasi-inexistence de salles de chaîne de froid pour conserver les vaccins, le manque de personnel qualifié, la dégradation des routes – un handicap pour approvisionner ces structures en médicaments…-, posent un véritable problème de santé en RDC, explique-t-il à IPS.

    "Je ne fréquentais pas la maternité puisqu’il fallait voyager deux à trois jours pour accoucher à Kirotse (à 30 km de Matanda) ou à Masisi (25 km de Matanda)", affirme à IPS, Jeannette Uwera, la première femme à avoir accouché à la maternité de Matanda, inaugurée le 15 mai par Mgr Théophile Kaboy, évêque catholique de Goma, la capitale du Nord-Kivu. Ce centre de santé est administré par le Bureau diocésain des œuvres médicales.

    "On m’a transportée deux fois sur civière à pied pour accoucher à la maternité de Kirotse. Et pour mes trois autres enfants, j’ai accouché à la maison", déclare à IPS, Mado Uwiteka, une autre femme de Matanda. "Mais, je n’ai eu aucune difficulté pour atteindre cette maternité (de Matanda) lorsque j’ai accouché de mon sixième enfant puisque la distance est réduite", ajoute-t-elle. Sur ses trois enfants nés à domicile, deux sont morts avant un an.

    Un rapport de l’ONG 'Save the Children', publié le 7 mai, classe la RDC à la dernière place d’une liste de 176 pays suivant l’indice des mères qui meurent à l’accouchement.

    Le rapport se réfère notamment aux quatre mesures suivantes: les injonctions de corticoïde pour les accouchements prématurés, les dispositifs d’animation pour sauver les bébés qui ne respirent pas à la naissance, la meilleure désinfection du cordon ombilical, ainsi que les antibiotiques injectables pour traiter l’empoisonnement et la pneumonie des nourrissons.

    Le document indique qu’une femme – sur 30 – risque de mourir pour des problèmes liés à la grossesse. En Finlande, pays en tête du classement, ce risque n’existe que pour une femme sur 12.200.

    La RDC ne pourra pas atteindre le quatrième Objectif du millénaire pour le développement (OMD) – réduire de deux-tiers le taux de mortalité infantile entre 1990 et 2015. Le cinquième OMD non plus – réduire de trois-quarts le taux de mortalité maternelle en 25 ans, a réagi au rapport, le ministre congolais de la Santé, Félix Kabange, le 10 mai devant des acteurs de la santé, à Kinshasa, la capitale de la RDC.

    "Si nous continuons de la manière dont nous sommes en train de gérer la situation, même en 2065, le pays ne va pas atteindre ces OMD", même si le taux de mortalité maternelle est passé, depuis 1990 de 1.800 à 549 décès pour 100.000 naissances vivantes", déclare-t-il.

    "Le problème de la RDC est managérial. Dans ce pays, le crédit accordé à la santé n’a jamais atteint cinq pour cent du budget national", malgré l’engagement, en 2001, de ce pays d’Afrique centrale de consacrer 15 pour cent de son budget au secteur de la santé, affirme Kalume Mushaba, professeur de gynécologie à l’Université de Goma. La Déclaration d’Abuja, au Nigeria, en 2001, a fixé l’objectif de 15 pour cent des dépenses publiques que doivent allouer tous les pays africains à la santé.

    Pourtant, la RDC fait partie, avec l’Afghanistan, Haïti et le Darfour, des "régions fragiles" qui ont reçu le plus de fonds pour l’aide au développement. "Malgré cela, nous sommes classés le dernier pays pour l’indice de développement humain", déclare Mushaba à IPS.

    Pour améliorer la santé maternelle et infantile, Mushaba plaide pour que les autorités sanitaires trouvent de solution aux "Trois retards": répugnance de la communauté à envoyer une femme à la maternité pour des raisons d’ordre financier ou culturel; manque de transport ou de connaissance des services existants; insuffisance de l’équipement ou manque de personnel qualifié.

    Le gouvernement a remis, il y a un mois, 12 millions de dollars au Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) pour acheter des appareils de radiologie, d’échographie, des réfrigérateurs solaires, des groupes électrogènes et des tables d’opération pour équiper les 70 hôpitaux généraux de référence que compte la RDC. Cet effort constitue un nouveau départ, estime Kabange.

    Dans ce matériel réceptionné le 10 mai, figurent également 200 tables de gynécologie, 5.000 lits d’hospitalisation, 7.200 lits de consultation et des produits pharmaceutiques pour la couverture sanitaire, indique le ministre de la Santé. "Notre souci est de sauver encore plus de vies de mères et de vies d’enfants, et de protéger les nouveau-nés", ajoute-t-il.

    Au Nord-Kivu, où sévit la guerre depuis longtemps, ce sont des agences humanitaires qui ont remplacé l’Etat – quasiment démissionnaire – dans tous les secteurs de la vie: santé, nutrition, éducation, environnement, routes, souligne la société civile de la province.

    Depuis cinq ans, des enfants naissent dans des centres de santé gérés par des organisations humanitaires. Le long de toutes les routes, on voit des structures neuves ou reconstruites, équipées par des humanitaires, "des projets qui répondent au programme de l’Inspection provinciale de la santé", se réjouit Baabo.

    Aujourd’hui, 12 femmes sur 100, au Nord-Kivu, bénéficient d’un accouchement assisté par un médecin, contre cinq pour la moyenne nationale, selon une étude réalisée en 2009 par Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), tandis que 85 femmes donnent naissance dans un établissement sanitaire, contre 70 pour l’ensemble du pays.

    Mais, huit femmes sur 10 éprouvent encore des problèmes financiers pour accéder aux soins. La province compte un médecin pour 23.328 habitants, et un infirmier pour 1.100 habitants. L’Organisation mondiale de la santé recommande un médecin pour 10.000 habitants.

    Ces derniers chiffres "traduisent donc une qualité médiocre des soins de santé" au Nord-Kivu, ajoute cette étude du PNUD.

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