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RD CONGO: Doutes et spéculations sur la reddition du général Bosco Ntaganda

    By Taylor Toeka Kakala

    GOMA, RD Congo, 20 mars (IPS) – "Bosco Ntaganda a servi le régime de Kinshasa et celui de Kigali. Une fois transféré à la CPI (Cour pénale internationale), il peut faire des révélations… (qui) n’auront aucune signification majeure puisque Thomas Lubanga aussi l’avait fait, mais elles n’étaient pas prises en considération".

    Cette déclaration a été faite mercredi à IPS par Rubens Mikindo, président fédéral de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) d’Etienne Tshisekedi au Nord-Kivu, principal parti de l’opposition en République démocratique du Congo (RDC).

    Le général Ntaganda s’est rendu lundi à l’ambassade des Etats-Unis à Kigali, au Rwanda, et aurait demandé à être transféré à la CPI où il est recherché pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité en RDC.

    Mikindo indique que "Kigali, qui dit ne pas avoir l’intention de se mêler de l’éventuel transfert de Ntaganda à la CPI, est en train de jouer un jeu de dupes", affirmant que "Runiga, Ngaruye (autres dirigeants du M23) et Ntaganda étaient tous arrêtés et désarmés le même jour au Rwanda. Mais, comment Ntaganda est-il arrivé à l’ambassade des Etats-Unis, un pays non signataire du traité de Rome instituant la CPI comme le Rwanda?"Selon Mikindo, "Le Rwanda n’a visé que les cinq millions de dollars mis par les Etats-Unis à la disposition de toute personne pouvant donner des informations conduisant à l’arrestation de ce général".

    De son côté, Gaston Musemena, proche collaborateur du président congolais Joseph Kabila, et député à l’Assemblée nationale, indique que "la RDC avait utilisé Ntaganda puisqu’elle avait besoin de la paix. Au moment où il était allé loin de ses prérogatives, la seule solution pour le chef de l’Etat était de le lâcher". Il ajoute à IPS: "Même si Ntaganda fait des révélations, ce pays restera un et indivisible".

    Pour sa part, Chrysostome Kwede, avocat à Kisangani (nord-est de la RDC), déclare à IPS: "Si l’arrestation de Ntaganda n’est pas une mascarade, elle doit mettre mal à l’aise certaines autorités congolaises impliquées dans ses crimes. Ntaganda va faire des révélations qui vont souiller quelques têtes à Kinshasa et Goma…

    "

    Mais, la guerre fratricide au M23 semble avoir poussé le général Ntaganda à vouloir se rendre à la CPI où il était recherché depuis 2006 pour des crimes commis notamment en 2002-2003 dans le district de l’Ituri, dans l’est de la RDC. Il avait été chef d’état-major du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) de l’ancien général rebelle Laurent Nkunda. La CPI a émis deux mandats d’arrêt Contre Ntaganda en 2006 et en 2012.

    Le gouvernement congolais reconnaît qu’il avait promu Ntaganda général en le réintégrant dans les Forces armées de la RDC, conformément aux accords du 23 mars 2009, mais aussi pour aider à pacifier le Kivu. Mais, il était soupçonné, par la suite, d’être derrière la nouvelle rébellion du mouvement M23 en avril 2012, qui avait pris Goma, la capitale provinciale du Nord-Kivu, en novembre.

    Le gouvernement congolais était en pourparlers depuis trois mois avec le M23, en Ouganda, lorsque le mouvement s’est scindé en deux factions rivales, le 24 février, donnant lieu à de violents combats qui ont forcé plus de 12.000 personnes à quitter leurs maisons et villages à la mi-mars, selon les Nations Unies. Ces combats avaient fait au moins 15 morts et une centaine de maisons détruites.

    La faction fidèle au général Ntaganda – dirigée par Jean-Marie Runiga – a été délogée, le 16 mars, de ses dernières positions par l’aile du général Sultani Makenga, et ses dirigeants se sont réfugiés au Rwanda.

    Les rebelles du M23-Runiga sont, depuis le week-end dernier, au camp de Nkamira, un site de transit pour réfugiés congolais dans l’ouest du Rwanda. Ils sont environ 640 combattants et cadres du M23-Runiga, avec leurs principaux chefs: Runiga, président, et le général Baudouin Ngaruye, chef d’état-major.

    L’aile Makenga du M23 Makenga, qui est actuellement seul maître dans la zone congolaise adossée au Rwanda et à l’Ouganda, avait annoncé, dans un communiqué du 16 mars, la fin des objectifs militaires, dont l’un était la capture de Ntaganda pour le transférer à la CPI.

    Depuis le 9 décembre 2012, de laborieux pourparlers de paix, sous la médiation ougandaise étaient en cours à Kampala, dans le cadre de la Conférence internationale de la région des Grands Lacs.

    Mais, alors que Kinshasa se préparait à la signature, le 15 mars, d’un accord avec la rébellion dans la capitale ougandaise, le M23-Makenga a nié son implication dans un communiqué du 13 mars. "Notre Mouvement affirme haut et fort ne pas être saisi ni par la facilitation ni par le gouvernement de Kinshasa à ce sujet".

    Et le retour en RDC, le 17 mars, de la délégation gouvernementale fait frissonner de peur le Nord-Kivu. Puis, les combats ont repris entre les deux factions du M23 jusqu’à la fuite de Ntaganda et Runiga au Rwanda.

    "Avec la désintégration du M23, la possibilité d’un accord de paix s’éloigne davantage", déclare à IPS, Goyon Milemba, président du réseau pour la réforme du secteur de la sécurité au Nord-Kivu.

    Approuvant la nécessité d’une attitude ferme vis-à-vis du M23, Godefroid Kä Mana, coauteur d’une "lettre ouverte" de 20 personnalités, adressée, le 15 janvier, au secrétaire général des Nations Unies remettant en question la présentation unilatérale des événements dans l’est du Congo, estime que "se focaliser sur une seule rébellion fait occulter le rôle d’autres milices".

    "La responsabilité de Kinshasa dans la circulation des armes aux Kivu est connue de tous. Un groupe armé est une 'force négative' le jour et devient, la nuit, une 'force positive' d’appui au gouvernement", affirme Kä Mana qui est président de 'Pole Institute', un centre interculturel dans la région des Grands Lacs.

    "Avec une bonne gouvernance, la guerre cessera faute de carburant qui sert de justification aux rébellions", déclare Kä Mana à IPS.

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