Home » Afrique, Developpement, Droits de L'Homme, Headlines, Politique, Reportage d'Afrique »

RD CONGO: La ferme de Lushebere pasteurise le lait au Nord-Kivu

    By Taylor Toeka Kakala

    GOMA, RD Congo, 17 oct (IPS) – La plupart des gens s’accordent pour dire que la laiterie-fromagerie de Lushebere, au Nord-Kivu, est "la meilleure de la région", affirme Charles Balume, tenancier d’un restaurant à Goma, la capitale de cette province de l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

    Avec ses pâturages vierges à perte de vue où plus de 400 vaches broutent paisiblement, la ferme de Lushebere, sur une superficie de 558 hectares dans une région verdoyante et vallonnée du territoire de Masisi, fait peau neuve.

    En juillet 2012, l’acquisition d’un nouvel équipement dans la ferme a permis à la laiterie-fromagerie non seulement de pasteuriser le lait, mais également d’accroître sa production de fromages qui est passée de cinq unités à 35 par jour. Ce fromage se vend à cinq dollars, contre trois dollars pour ce qui est produit hors ferme. La boule de fromage pèse un kilogramme et coûte donc plus cher parce qu’il est pasteurisé.

    "Aujourd’hui, notre lait est d’abord testé pour dépister toute trace de bactérie avant d’être transvasé dans de grands tanks pour être acheminé vers la fabrication du fromage", explique à IPS, l’abbé Diogène Harerimana, directeur de la ferme.

    Depuis le village de la Francophonie à Kinshasa, la capitale de la RDC, Carly Kasivita Nzanzu, ministre provincial de l’Agriculture et Développement rural du Nord-Kivu, déclarait à IPS la semaine dernière: "Je suis ici pour faire la promotion des gorilles de montagne du Parc national des Virunga et les fromages de Masisi".

    Parlant du savoir-faire de ceux qui ont géré la ferme jusqu’au début des années 1990, Nzanzu ajoute que "Ces nouvelles infrastructures feront encore de cette structure un véritable outil de développement socioéconomique pour la région de Lushebere et pour tout le Nord-Kivu".

    Le nouvel équipement permet encore de mettre le lait dans des sachets d’un litre, vendu à un dollar, dont la production quotidienne ne dépasse pas 50 litres. "Les habitants de Goma et les humanitaires œuvrant dans un rayon de 20 kilomètres (de Lushebere) s’habituent progressivement à cette nouvelle forme de conditionnement du lait", souligne Harerimana.

    "Ce qui est rare est cher et ce qui est cher est rare", estime jacques Bonana, un client qui travaille pour une agence humanitaire au camp de déplacés de Lushebere.

    Pour faire fonctionner les machines à traire et le système de transformation du lait, un technicien de l’entreprise européenne qui les a vendus à la ferme, s’y est rendu pour former les employés de la laiterie-fromagerie à la maintenance de l’équipement, en juillet dernier. "Nous fonctionnons maintenant d’une façon autonome", affirme Harerimana.

    Créée dans les années 1960 par le père Carbonel, la ferme de Lushebere a été fermée en 1993, à la suite des graves affrontements ethniques, déclenchés en mars de cette année-là à Ntoto, en territoire de Walikale, qui s’étaient étendus dans les autres territoires du Nord-Kivu: Masisi et Rutshuru, et dans celui de Kalehe, au Sud-Kivu.

    Des maisons, champs, écoles, centres de santé, marchés, et des églises avaient été incendiés, et des bétails pillés par des milices opposées. Ces événements avaient forcé les responsables de la ferme à suspendre ses activités tandis que de nombreuses familles avaient fui Masisi vers Goma et les pays limitrophes – le Rwanda et le Burundi.

    Pendant les dix années de sa fermeture, les eucalyptus de la ferme étaient abattus et coupés pour subvenir aux salaires des ouvriers qui gardaient la concession. Dans cette région, où le charbon de bois est l’unique source de combustible, les coupes d’arbres illégales se multiplient, même dans le Parc national des Virunga.

    "Neuf foyers sur dix utilisent cet or noir pour le chauffage et la cuisine", indique Emmanuel de Mérode, directeur de l’Institut congolais pour la conservation de la nature. "Depuis 2003, nous avons planté 20.000 eucalyptus pour remplacer ceux qui étaient abattus et vendus", rassure l’abbé Harerimana.

    La ferme a repris ses activités en 2003 grâce aux 33.000 euros financés par Saint Ave-Goma Entraide (SAGE), une association créée en 2002 en France pour aider à la pacification entre les ethnies de Masisi à travers les intérêts économiques partagés. Ce financement est arrivé pour la ferme par étapes comme un don sous forme d’équipements déjà achetés.

    Elle compte déjà 420 vaches, contre 2.000 en 1990 et emploie 60 personnes, dont le salaire mensuel varie de 25 à 130 dollars, contre 1.000 personnes, il y a 22 ans. SAGE a d’abord dotée la ferme d’un véhicule 4×4 pour acheminer ses produits laitiers à Goma et d’une chambre froide pour les conserver.

    Ensuite, est arrivé un financement de 61.000 euros offert par Rotary Club de Vannes, une ville de l’ouest de la France, et par Rotary International, en juillet 2012, qui a servi à pasteuriser le lait et à le mettre dans des sachets.

    Dans cette région où la suspicion et la méfiance ethniques rivalisent depuis bientôt deux décennies, Mgr Théophile Kaboy, évêque de Goma, ne cache pas son inquiétude. Il a peur du retour des miliciens de Ntoto, cette fois-ci avec des noms évocateurs: les 'Raïa Mutomboki' (qui signifie 'Débarrassons-nous des non-autochtones' en swahili) qui se battent souvent contre les 'Nyatura' ('Ecrasons et déracinons les populations dites autochtones' en kinyarwanda). Chaque milice est soutenue par des politiciens.

    comment closed

    Tag Cloud

    Africa Centrale Asia/Pacifico Culture, Religion, Sport East Africa Education Energy Global Affairs Orient Peace and conflict Population, Refugies Science, Technologie Southern Africa Spécial Culture,Religion et Genre Travail West Africa