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RD CONGO: Le gouvernement s’oppose à la cessation du statut de réfugié rwandais

    By Taylor Toeka Kakala

    GOMA, RD Congo, 22 avr (IPS) – La République démocratique du Congo (RDC) estime que le moment d’appliquer la clause de cessation du statut de réfugiés aux Rwandais – exilés en RDC – n’est pas encore venu, et s’oppose à son application prochaine, a déclaré Richard Muyej, ministre congolais de l’Intérieur.

    La clause de cessation du statut de réfugiés aux ressortissants rwandais à travers le monde, est fixée au 30 juin 2013. La clause ne concerne que les réfugiés ayant fui le Rwanda par vagues entre 1959 et 1998. Elle demande aux pays d’asile d’y adhérer, et aux réfugiés de choisir entre le rapatriement volontaire, l’intégration dans le pays hôte ou la demande individuelle pour l’obtention du nouveau statut du réfugié.

    La RDC appliquera la clause "après la mise en œuvre de l’accord tripartite et de ses modalités pratiques en vue de permettre à tous les réfugiés rwandais ayant opté pour le rapatriement de rentrer dans la dignité et la sécurité dans leur pays d’origine", a affirmé Muyej qui s’exprimait, le 18 avril à Pretoria, devant une conférence africaine de ministres de l’Intérieur.

    Muyej dirigeait la délégation congolaise qui participait, dans la capitale sud-africaine, à une conférence réunissant 11 ministres de l’Intérieur des Etats africains qui ont accueilli des réfugiés rwandais ayant quitté leur pays entre 1959 et 1998. La conférence était organisée par le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), sous la direction d’Okoth-Obbo, directeur régional du bureau Afrique.

    "L’accord tripartite signé à Kigali, le 17 février 2010, et ses modalités pratiques signées à Goma, le 30 juillet 2010, n’ont jamais été mis en œuvre par une commission tripartite réunissant la RDC, pays d’asile, la République du Rwanda, pays d’origine, et le HCR", a ajouté le ministre congolais.

    En tirant les leçons de l’invocation de la clause de cessation du statut de réfugiés angolais au 30 juin 2012, la RDC exige d’abord une stratégie globale pour une solution durable au rapatriement de "127.537 réfugiés identifiés dans le pays", a indiqué Muyej.

    La position de la RDC face à la clause conforte la diaspora rwandaise réunie à Bruxelles, du 19 au 20 avril, pour interpeller le HCR et les pays d’asile et leur demander de réfléchir sur la protection des réfugiés rwandais.

    "Le statut de réfugié ne constitue en aucun cas une situation viable à long terme", affirme à IPS, Gervais Condo, président du parti Congrès national rwandais (CNR) aux Etats-Unis, qui a aussi présidé la conférence internationale de Bruxelles sur les réfugiés.

    "Mais, les réfugiés ne peuvent non plus rentrer au pays aussi longtemps que les causes qui les ont poussés en exil n’ont pas disparu", ajoute Condo, un proche du général Kayumba Nyamwasa, ancien chef d’état-major de la Force de défense rwandaise, aujourd’hui en exil en Afrique du Sud, et président-fondateur du CNR.

    L'exil de nombreux autres anciens dignitaires rwandais, comme Gérard Gahima, ancien procureur général du Rwanda, Théogène Rudasingwa, ex-ambassadeur du pays à Washington, le procès de Victoire Ingabire, l’opposante candidate de son parti à l’élection présidentielle de 2010, ainsi que le non-respect de la liberté d’expression et de réunion au Rwanda sont des faits qui ne rassurent pas les réfugiés.

    "L’Europe ne considère pas le Rwanda comme un pays sûr pour y rapatrier les réfugiés. Plusieurs personnalités l’ont fait savoir", souligne Condo, se référant aux conclusions la conférence de Bruxelles.

    Mais, le Rwanda et le HCR affirment que l’accueil des réfugiés de la période 1959-1998 ne sera plus justifié après le 30 juin 2013. Assurant que ce pays des Grands Lacs est devenu sûr, le pouvoir rwandais demande l’invocation – contre les réfugiés et demandeurs d’asile – de la clause de cessation prévue par la Convention de Genève de 1951.

    Depuis juillet 1994, à l’arrivée du Front patriotique rwandais (FPR) au pouvoir – après le génocide -, jusqu’en février 2013, le HCR a rapatrié quelque 3,5 millions de réfugiés au Rwanda.

    En octobre 2009, le président rwandais Paul Kagame avait convenu avec Antonio Guterres, le haut-commissaire de l’ONU pour les réfugiés, de mettre fin à la situation des réfugiés au 30 juin 2011. Mais, face à la mobilisation des réfugiés et des organisations non gouvernementales, le Rwanda et le HCR ont décidé de travailler avec toutes les parties jusqu’au 30 juin 2013.

    "Ce n’est pas un privilège de rester toujours réfugié alors que le pays est déjà pacifié", a déclaré, en mars à Kigali, Séraphine Mukantabana, une ancienne réfugiée au Congo-Brazzaville depuis le génocide de 1994, rapatriée en mai 2011, et actuellement ministre en charge des réfugiés rwandais.

    "Nous encourageons le rapatriement volontaire, car beaucoup de réfugiés auront de problèmes pour l’intégration dans les pays hôtes. Et ceux qui vont demander un statut de réfugié individuel n’auront plus de raison pour convaincre le HCR", ajoute Mukantabana qui était présidente des réfugiés rwandais au Congo-Brazzaville.

    Pour pallier la situation, le Rwanda compte délivrer des passeports nationaux aux Rwandais qui vont rester dans les pays d’asile après le 30 juin 2013.

    Le HCR exhorte toutes parties à résoudre cette question comme pour les réfugiés sierra-léonais en 2008, ou angolais et libériens en 2012.

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