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RD CONGO: Le maintien de la paix ignore les solutions locales

    By Rousbeh Legatis

    NATIONS UNIES, 16 sep (IPS) – Malgré l'expertise et des stratégies locales existantes en République démocratique du Congo (RDC) pour construire des structures de renforcement de la paix au niveau communautaire, les débats officiels et la couverture médiatique continuent de se concentrer surtout sur les interventions militaires.

    "Les acteurs locaux travaillent dans l'isolement et leurs actions ne font pas partie d'un processus global de maintien de la paix en RDC. Leurs recommandations et leur travail sur le terrain ne sont pas pris en compte", a déclaré à IPS, Eric Malolo du Réseau Haki na Amani (RHA), un réseau local d'organisations de la société civile.

    En tant que coordonnateur du RHA, Malolo travaille dans la Province Orientale, dans le nord-est. Le RHA a été fondé en 2004 comme une réponse directe aux tensions ethniques entre les communautés Hema et Lendu dans la région de l'Ituri, en RDC.

    Son objectif est d'aider à réconcilier ces deux tribus et à régler les conflits fréquents par rapport à la terre, avec des initiatives d'appui au dialogue au niveau communautaire.

    Les "Barzas" – de grandes réunions communautaires organisées par le RHA – se sont avérées être un outil très utile, permettant aux populations locales de développer une meilleure compréhension des dimensions des conflits locaux et de la façon dont ils sont perçus par les différents groupes vivant dans la même communauté.

    "La plupart des problèmes identifiés lors de ces rassemblements ne trouvent pas nécessairement de solution, mais la chose principale est de laisser les communautés s'exprimer et entrer dans un processus de coexistence intercommunautaire pacifique", a expliqué Malolo.

    Non seulement les habitants travaillent et vivent dans les communautés touchées qui ne sont pas suffisamment impliquées dans les efforts de maintien de la paix en cours dans ce pays d'Afrique centrale, ils manquent souvent également d’un appui politique.

    Dans le contexte des conflits liés aux biens et à l’identité, a souligné Malolo, les politiciens sont généralement élus parce qu'ils ont fait campagne sur une plateforme de protection des intérêts de leur propre communauté ethnique.

    "Un conflit intercommunautaire latent constitue ce qui explique la présence de ces politiciens extrémistes", a-t-il déclaré. "Pour ne pas risquer ces votes, ils entravent de manière décisive le processus de réconciliation en cours entre communautés".

    "Même le personnel administratif reçoit les instructions des politiciens d’arrêter le processus de résolution du conflit commencé par quelques acteurs locaux. Ou en d'autres termes, les efforts initiés par les acteurs locaux sont souvent bloqués par des politiciens qui ne sont pas d'accord avec ce genre de changement", a-t-il ajouté.

    La plupart des experts s'accordent à dire que pour être efficace, le maintien de la paix exige des processus et des structures entrelacés qui fonctionnent depuis la base jusqu'au niveau national – en particulier dans des sociétés profondément fragmentées et traumatisées comme la RDC.

    Mais un coup d'œil sur l'élaboration officielle des politiques semble prouver le point de vue de Malolo. Le nouvel Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération (PSC) pour la RDC, un accord signé par 11 chefs d'Etat africains à Addis-Abeba en février, ne porte "aucune mention de la société civile locale et il n'était pas préparé avec une implication quelconque de ces acteurs locaux", a indiqué à IPS, Maria Lange, directrice nationale de 'International Alert' en RDC, une organisation caritative basée à Londres.

    "Le comité de surveillance interne créé par le gouvernement de la RDC pour la mise en œuvre des engagements nationaux, dans le cadre du PSC, n’inclut pas des représentants de la société civile – ils sont limités à un comité de suivi parallèle qui n'a aucun pouvoir de décision", a-t-elle souligné.

    Un accent militaireMême si l'accord de paix représente une étape importante, Aloys Tegera du 'Pole Institute' – un institut interculturel de la région des Grands Lacs – regarde avec scepticisme l'approche militaire soutenue par la communauté internationale.

    La création en mars par le Conseil de sécurité des Nations Unies de sa "première force 'offensive' de combat" de 3.000 hommes, aux côtés des 20.500 casques bleus déjà dans le pays, a été saluée par l'élite politique et a suscité des attentes parmi les Congolais "qui ne peuvent pas être satisfaites", a indiqué Tegera à IPS.

    Les gens sont obligés d'apprendre que de façon réaliste, une solution politique est la seule voie à suivre, a déclaré le directeur des recherches de ce groupe de réflexion, 'Pole Institute' basé à Goma, au Nord-Kivu, dans l’est de la RDC.

    "Quand j'ai lu le discours militaire actuel de nombreux Congolais, j'ai cependant peur de dire que 20 ans de souffrances et de guerres ne nous ont pas appris grand-chose", a-t-il affirmé.

    Pour Tegera, le conflit est enraciné dans un "triangle mortel" de "l'identité, la terre et le pouvoir".

    Où trouver les facteurs de conflit les plus critiques – à l'intérieur ou à l'extérieur du pays – à quel point préoccupent-ils et comment les aborder sont encore des questions controversées. Ce qui est clair, c'est qu'une myriade d'acteurs locaux, régionaux et internationaux poursuivent leurs propres intérêts, et font recours à la violence comme un instrument pour y parvenir.

    Cela est souvent effectué par des acteurs armés locaux tels que les milices et les groupes rebelles, qui sont le plus souvent caractérisés par un manque d'idéologie politique, a déclaré Suliman Baldo du Centre international pour la justice transitionnelle (ICTJ) basé à New York.

    "Ce sont des créations fictives de toute personne qui intervient et principalement de ces voisins très gourmands", a affirmé à IPS, le directeur du programme Afrique d'ICTJ.

    Au niveau de la communauté et des provinces, dans une atmosphère de violences localisées, ces groupes ont pris le dessus, rejetant les chefs traditionnels qui seraient plus disposés à résoudre les conflits "traditionnellement", c'est-à-dire, par le dialogue et le compromis avec d'autres groupes.

    "La violence devient un moyen d'expression lorsqu’il n'existe aucun cadre de référence. Il n'y a aucun Etat pour régler des différends entre la population, il n'existe aucune autorité traditionnelle pour modérer les tendances à la violence et trouver des solutions et des résolutions pour les problèmes au sein ou entre les différents groupes", a expliqué Baldo.

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