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RD CONGO: Le paiement par les banques limite le détournement des salaires

    By Maurice Wa ku Demba

    LUBUMBASHI, 23 avr (IPS) – Le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) a décidé de payer les salaires des fonctionnaires par voie bancaire. Ce choix lui permet de récupérer, chaque mois sur l’enveloppe salariale, des reliquats qui prenaient autrefois une destination inconnue.

    Grâce à la bancarisation des paiements, le ministère congolais du Budget a évalué à 1,086 million de dollars le reliquat sur un montant de 14,077 millions de dollars, destiné à payer 93.847 agents de certains services publics à Kinshasa, la capitale de la RDC, en août 2012.

    Avant, les reliquats des paiements effectués directement sur la base de listes établies par les services de comptabilité, allaient frauduleusement à des agents fictifs, et en particulier aux faussaires qui mettaient leurs noms sur les listes de paiement.

    Le paiement par l’intermédiaire des banques ayant permis de limiter les détournements des salaires dans la capitale, les autorités congolaises ont décidé de l’étendre aux provinces de manière progressive. «Quand nous aurons couvert l’ensemble du pays, le gouvernement pourra se prononcer sur l’enveloppe globale des sommes détournées au profit des agents fictifs», avait déclaré aux journalistes, le ministre du Budget Daniel Mukoko, en août.

    Tous ceux qui sont impliqués dans le détournement des fonds de l’Etat seront poursuivis en justice, avait promis le ministre.

    Réconforté par cette promesse qu’il ne veut pas oublier, Jean-Marie Lombela, enseignant au collège saint Tharcisse de Lubumbashi, la capitale de la province du Katanga (sud-est du pays) veut des sanctions tout de suite à l’encontre des détourneurs.

    En février et mars 2012, Lombela n’avait pas touché son salaire parce que son nom ne figurait pas sur la liste de paiement. Débout à l’entrée d’une banque de la place où il attendait, le 17 avril, son salaire de ce mois, il ne cessait de revenir sur ce triste sort qui lui avait été imposé pour les deux mois précédents.

    «Je n’ai jamais compris ce qui s’est passé avec moi cette fois là», a confié Lombela à IPS. Pour lui, c’est le service de contrôle et de paie des enseignants qui aurait remplacé son nom par celui d’un agent fictif et détourné son salaire.

    Depuis février 2013, les agents de certains services publics de Lubumbashi reçoivent également leurs salaires par la banque. Les uns ont ouvert des comptes en banque pour la circonstance, les autres sont payés directement sur la base des listes établies et sur présentation d’une pièce d’identité valide, en attendant d’avoir un compte bancaire.«Une fois que la Banque centrale (du Congo) vire des fonds dans notre banque (commerciale), nous organisons un service spécial pour à la fois payer les agents des services publics et servir nos clients habituels», explique à IPS, Ernest Kumbu, un agent administratif de 'Acces Bank' à Lubumbashi. Ils sont 81.073 agents payés en février et mars au Katanga.

    Gabriel Kienge, un cadre à la succursale de la Banque centrale à Lubumbashi, a révélé à IPS que pour février et mars, sa banque a récupéré 332.000 dollars de reliquats. Il se fonde sur les rapports envoyés par les banques commerciales à la Banque centrale après le paiement des fonctionnaires. Quand l’armée, la police et les autres services seront également payés par les banques, ce chiffre augmentera, affirme-t-il.

    Toutefois, les gens qui tiennent à profiter des salaires des agents fictifs qu’ils inscrivent frauduleusement sur les listes des différents services publics, ne manquent pas d’imagination pour continuer les détournements des fonds de l’Etat.

    «Ils s’entendent avec des agents de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Ces derniers leur établissent des cartes d’électeur (tenant lieu de carte d’identité en RDC) qu’ils distribuent aux proches parents», explique à IPS, Constant Badu, secrétaire provincial de l’Observatoire du code d’éthique professionnelle (OCEP) à Lubumbashi.

    Toutefois, lorsque les services de sécurité et les banques sont vigilants, ils arrivent à déjouer les manœuvres de certains faussaires.

    En février, les informations fournies par 'Procredit Bank' aux services de sécurité ont permis de démanteler un réseau d’agents fictifs proches d’un cadre de la division provinciale des hydrocarbures à Lubumbashi. Les neuf membres de ce réseau détenaient chacun trois cartes avec sa photo, mais avec des identités différentes. Ils ont été arrêtés et emprisonnés.

    Un autre réseau avait déjà été démantelé à 'Acces Bank' à Kinshasa en août 2012. La police avait arrêté 14 faussaires qui se faisaient passer pour des agents du ministère des Affaires sociales. Ils ont avoué, au cours de l’interrogatoire, qu’un cadre de ce ministère leur aurait attribué des numéros matricules, et un agent de la CENI leur avait procuré de nouvelles cartes d’identité.«Ces réseaux maffieux, avec des ancrages au sein de l'administration publique, ont privé l'Etat des ressources importantes», a déclaré le président du comité d'exécution et de suivi du processus de paiement, Jean-Louis Kayembe, sur Radio Okapi, la radio des Nations Unies au Congo. Il faut des sanctions exemplaires, a-t-il ajouté en août lors de la présentation des faussaires à la presse.

    Pour l’instant, seuls les agents de certains services publics des grandes villes du pays sont payés par l’intermédiaire des banques. Chaque mois cependant, le système s’intensifie, l’Etat congolais étant décidé à le généraliser pour maîtriser la masse salariale et l’effectif des fonctionnaires.

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