Home » Afrique, Developpement, Droits de L'Homme, Headlines, Politique, Reportage d'Afrique »

RD CONGO: Le silence favorise la montée des violences sexuelles dans l’ouest

    By Emmanuel Chaco

    KINSHASA, 9 juil (IPS) – L’ignorance de la loi et la peur pour les victimes de dénoncer leurs bourreaux, encouragent les violences sexuelles à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo (RDC) et à Matadi, la principale ville de la province du Bas-Congo, dans l’ouest du pays.

    Cette affirmation découle du résultat des enquêtes menées respectivement à Kinshasa par l’Association africaine des droits de l’Homme (ASADHO), et à Matadi par la police nationale, et publiées début-juillet.

    «Des jeunes filles sont régulièrement violées dans les écoles dans le silence total des autorités et de la justice», affirme un rapport intitulé «L’école et les violences sexuelles en RDC: l’information passe avant tout», publié le 6 juillet à Kinshasa par l’ASADHO. Ce rapport fait état de plus ou moins 100 cas de viols entre avril et juin, sur les 45 écoles enquêtées, notamment dans les communes de N’Sele, Kimbanseke et N’djili.

    Selon Dora Zaki, avocate et vice-présidente de l’ASADHO, «il y a encore plusieurs cas non dénoncés à cause de la peur pour les victimes et de l’ignorance de leurs droits. L’ignorance est la première cause du silence qu’affichent toutes les victimes souvent intimidées par les enseignants et autres autorités scolaires qu’il faut désormais surveiller et sanctionner lorsqu’ils sont accusés».

    Zaki a indiqué à IPS que «les enseignants et les autorités hiérarchiques usent de leur autorité pour abuser des filles ignorantes de leurs droits dans les milieux scolaires de Kinshasa». Elle estime que «pour lutter efficacement contre les violences sexuelles dans les milieux scolaires, il est urgent de sensibiliser les élèves sur leurs droits notamment en vulgarisant les deux lois sur les violences sexuelles».

    Ces deux lois datent de juillet 2006 et apportent deux innovations: elles punissent la zoophilie et érigent le viol sur une personne masculine comme infraction alors que naguère, le viol n’était possible que sur une personne de sexe féminin. Ces lois établissent des procédures d’urgence pour juger ces violences et enlèvent toute possibilité, pour les accusés, de bénéficier des privilèges et immunités ni de passer par des règlements à l’amiable pour éviter un procès.

    Romain Mindomba, vice-président national de l’Association congolaise pour l’accès à la justice, déclare à IPS: «Le gouvernement devrait mettre en place un mécanisme de sensibilisation des élèves à travers les écoles, et même des autorités des écoles sur toutes les formes des violences sexuelles prévues et punies par la loi ainsi que sur les lourdes sanctions auxquelles s’exposent les auteurs de ces violences».«Il est important de pousser les élèves à dénoncer toute personne qui les harcèle pour avoir des relations sexuelles avec eux. Mais l’amélioration des connaissances d’éventuelles victimes renforcera leurs capacités à dénoncer et à porter plainte devant la justice», souligne Mindomba.«La difficulté, c’est que lorsqu’un enseignant est accusé, il n’y a jamais de preuve ni de témoin réel», déclare Dieudonné Baderha, directeur de l’école secondaire privée Nakiyinga à Kinshasa.

    Et il ajoute à IPS: «Après avoir chassé un enseignant de mathématiques l’année passée, la direction (de l’école) s’est rendu compte qu’elle a été trompée par l’élève qui prétendait être victime et qui croyait se venger d’un enseignant qu’elle croyait ne l’aimait pas du fait qu’elle ne réussissait pas dans son cours».

    Cependant, «de plus en plus, il y a des cas de violences sexuelles contre de jeunes élèves et qui sont rapportés au parquet. En moyenne, le parquet ici reçoit entre 10 et 15 plaintes par semaine», indique Thiery Sabi, premier substitut du procureur de la République au parquet de grande instance de Gombe à Kinshasa. «Parmi les cas rapportés, figure le viol d’une fillette de 10 ans en juin 2013 par un avocat qui a été arrêté et qui est en détention à la prison centrale de Makala», ajoute-t-il.

    Mado Mpezo, une commissaire principale à la Police nationale chargée de la protection de l’enfant et de la femme ainsi que des violences sexuelles en RDC, alerte sur les «cas de violences sexuelles de plus en plus fréquents dans la ville de Matadi». Elle rapporte que dans «la nuit du 27 au 28 juin 2013, un homme d’environ 50 ans a violé une fille de 14 ans» et que «pour le mois de juin seulement, une quarantaine de cas de viols ont été enregistrés dans cette ville».

    Joint par IPS, Maker Mwangu, le ministre congolais de l’Enseignement primaire, secondaire et professionnel, déclare: «Le gouvernement est conscient de l’urgence avec laquelle il doit agir pour mettre fin à ces dérapages». Il ajoute que des concertations ont été organisées par le ministère avec les députés membres de la Commission socioculturelle de l’Assemblée nationale en mai 2013, sur les solutions à proposer «pour améliorer la protection des élèves contre les violences sexuelles».

    comment closed

    Tag Cloud

    Africa Centrale Asia/Pacifico Culture, Religion, Sport East Africa Education Energy Global Affairs Orient Peace and conflict Population, Refugies Science, Technologie Southern Africa Spécial Culture,Religion et Genre Travail West Africa