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RD CONGO: Le verdict rendu à Fizi rassure la population et la société civile

    By Baudry Aluma

    BUKAVU, 23 fév (IPS) – La Cour militaire, qui a jugé onze militaires pour les viols d’une cinquantaine de femmes commis début-janvier à Fizi, dans la province du Sud-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), a reconnu les accusés coupables de crimes contre l’humanité, à la satisfaction des défenseurs des droits humains.

    Un groupe de soldats mènent, dans la nuit du 1er au 2 janvier 2011, une expédition punitive contre la population de Fizi centre, une cité située à 240 kilomètres au sud-ouest de Bukavu. Une cinquantaine de femmes violées et des centaines d’hommes blessés fuient dans la forêt, d’autres sont fait prisonniers. Le drame irrite tout le monde et le procès, qui a commencé depuis une dizaine de jours, a rendu son verdict le 21 février.

    La Cour militaire siégeant en Chambre foraine à Baraka dans l’affaire des onze militaires des Forces armées de la RDC (FARDC), a prononcé des peines de servitude pénale principale allant de 10 à 20 ans contre neuf des prévenus. Vingt ans contre quatre accusés dont le colonel Kibibi, avec radiation de l’armée, 15 ans contre deux autres prévenus, et 10 ans contre les trois derniers.Un accusé a été acquitté, tandis que pour le onzième prévenu – un mineur – la Cour militaire s’est déclaré incompétente, demandant au ministère public de transférer son dossier au tribunal pour enfants.Ce procès en première instance, très attendu par la communauté nationale et internationale, avait commencé le 10 février 2011 à Baraka, à 200 kilomètres au sud d’Uvira, dans le Sud-Kivu. La Cour militaire avait dix jours pour rendre son jugement. Les condamnés ont cinq jours pour interjeter appel de leur jugement.La Mission des Nations Unies pour la stabilisation du Congo (MONUSCO) a contribué aussi à l’organisation de ce procès, notamment en acheminant, à l’aide de sa flotte aérienne, les 11 prévenus de leur centre de détention initial (Uvira) au lieu du procès à Baraka. Soixante personnes, qui devaient participer à ce procès, ont également rejoint Baraka grâce aux efforts de la MONUSCO.Le verdict a été rendu devant une foule venue nombreuse, et en présence du gouverneur du Sud Kivu province, Marcellin Cishambo qui avait le déplacement de Baraka. Il a déclaré, le 21 février dans une conférence de presse à Bukavu, que tous ces militaires condamnés étaient en route pour Bukavu, la capitale du Sud-Kivu, où ils vont purger leur peine à la prison centrale.

    «En plus de leur détention, ces militaires vont suivre un traitement psychologique. Un violeur est un malade. Des gens ne doivent pas prendre l’armée pour un dépotoir où on entre puisqu’on s’embête chez soi», lâche-t-il devant des journalistes.

    Interrogé par IPS, Cishambo prône le retour aux critères objectifs de recrutement, tout en déplorant que la RDC ait privilégié l’intégration systématique des miliciens des anciens groupes armés dans l’armée nationale en reformation au nom de la paix et après un brassage. Il réaffirme la volonté de son gouvernement de mettre fin à l’impunité et aux viols.

    «Ce n’est pas la première fois que l’Etat congolais organise des procès pour juger les auteurs des violences sexuelles», rappelle-t-il. En octobre 2010, la Cour militaire avait condamné 13 éléments des FARDC dans un procès tenu en Chambre foraine dans le territoire de Walungu.La prison centrale de Bukavu construite depuis l’époque coloniale, qui accueille ses 11 nouveaux pensionnaires, est déjà bondée. «Erigé pour recevoir 300 pensionnaires, ce pénitencier en héberge aujourd’hui plus de 1.100», se plaint Dercy Muley, le secrétaire exécutif du Réseau des associations des droits de l’Homme au Sud-Kivu.

    Et le ministre provincial de la Justice, Sadock Biganza, ajoute à IPS que 40 pour cent des détenus de cette prison sont des militaires.

    La société civile a été pour beaucoup dans la sensibilisation de la population de Fizi excédée par ces viols.

    Le vice-président du bureau de la coordination de la société civile du Sud-Kivu, Descartes Mponge, affirme à IPS: «Ce verdict a le mérite de nous éviter la résurgence des violences entre tribus de la contrée qui se regardent en chiens de faïence depuis des années». Pour lui, il était clair que ce sont des militaires qui sont mis en cause et non leurs appartenances ethniques.

    Muley félicite la Cour militaire du Sud-Kivu pour la célérité avec laquelle elle a rendu le verdict de Fizi. «Nous attendons maintenant la reprise, dans les mêmes conditions, des procès des défenseurs des droits humains et journalistes assassinés à Bukavu», indique-t-il.

    Le vice-président du Réseau provincial des droits de l’Homme au Congo, Dieudonné Sango, ajoute: «Nous voulons les voir tous en prison et mettons les autorités devant leur responsabilité sur une éventuelle évasion de ces condamnés de Fizi», avertit-il.

    Le lieutenant-colonel Vianney Kazarama, porte-parole de l'armée pour les opérations 'Amani leo' (la paix aujourd’hui) au Sud-Kivu, se réjouit également du verdict. «C’est un exemple qui va faire tache d’huile. La politique de tolérance zéro sera appliquée pour tout fauteur», dit-il à IPS.

    Pour sa part, l’ambassadeur des Etats-Unis, James Entwistle, a déclaré au cours d’une conférence de presse, le 22 février à Bukavu: «Nous encourageons le gouvernement de la RDC à prendre les mesures nécessaires pour aider les victimes et traduire tout auteur de viol en justice».

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