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RD CONGO: Le viol masculin, une horreur non signalée

    By Moses Seruwagi*

    KAMPALA, 15 nov (IPS) – Ce sont des hommes qui ont perdu toute fierté et confiance en eux-mêmes et qui ont été gravement traumatisés en raison de ce qu’ils ont vécu. Au centre médical de l'Ouganda où ils sont traités, ils ont franchement parlé des crimes dont ils ont été victimes.

    "Avant, je pensais que c'était seulement les femmes qui étaient violées, mais pas les hommes. Je n’arrive pas à comprendre moi-même aujourd'hui. Je ressens la douleur tout le temps dans mon anus et la vessie. J’ai l’impression que ma vessie est remplie d'eau. Je ne me sens pas homme. Je ne sais pas si j’aurai d'enfants", a déclaré John (un nom d’emprunt), un réfugié de 27 ans originaire de la République démocratique du Congo (RDC) qui n’est que l'un des milliers peut-être de victimes de viol masculin pendant que des guerres civiles et conflits tribaux se poursuivent sans relâche en Afrique.Le 14 janvier 2009, des rebelles fidèles à l'ancien hors-la-loi congolais, le général Laurent Nkunda, ont attaqué le village de Jomba dans la province du Nord-Kivu en RDC. Là, cette milice a enlevé dix personnes, dont six garçons, et les ont contraintes à opérer des pillages avant de les amener à une base de jungle dans le Parc national des Virunga. John était parmi les personnes capturées."Nous avons été détenus pendant neuf jours. Le leader du groupe a demandé à avoir des relations sexuelles avec moi. Je ne comprenais pas ce qu'il voulait dire. Il a ordonné que je sois attaché, puis il m'a violé. Les neuf autres personnes l’ont suivi. Je me suis évanoui. Mes fesses étaient couvertes de sang. Tous les neuf jours passés dans la brousse étaient ainsi. C’était la même chose pour les autres. L'un des garçons est mort", a précisé John.Près de deux ans après son calvaire, il est l'un des dizaines d’hommes et de femmes victimes de viol à être traités dans un centre de traitement de traumatisme appelé 'Refugee Law Project' (Projet sur les réfugiés et la loi – RLP) à Kampala, la capitale ougandaise. Les victimes viennent d'un certain nombre de pays africains en proie aux conflits, notamment la RDC, le Soudan, la Somalie, l’Ethiopie, l'Erythrée et le Burundi.Le RLP a été fondé il y a dix ans; c’est un centre de sensibilisation de la faculté de droit à l'Université de Makerere, en Ouganda, où le personnel aide les victimes de viol à se remettre de leurs blessures physiques et mentales. Ce projet est unique en ce sens qu'il est largement inconnu de la communauté ougandaise et est situé sur une colline au nord de la ville appelée 'Old Kampala' où il est logé dans un bâtiment résidentiel de style colonial.Salome Atim, la responsable des questions de genre au RLP, chargée d'aider les victimes de viol masculin, a dit que depuis le début de l'année, ils ont reçu environ 30 cas de viol masculin, la plupart des réfugiés qui ont fui des zones de conflit. "Ce sont ceux qui sont ouverts. Les autres ne parlent pas, ce qui signifie qu'il pourrait y avoir un très grand nombre (de victimes)", a-t-elle indiqué.Beaucoup de garçons et d'hommes ont peur de parler parce qu'ils sont souvent taxés d’homosexuels, même par des médecins et des agents médicaux qui essaient de les aider. Les victimes de viol provenant des Etats islamiques comme la Somalie, par exemple, refusent souvent de parler parce que révéler ce qui s'est passé peut les amener à être qualifiés de criminels par la société en général.Atim a ajouté que la question de l'homosexualité – qui est tabou dans plusieurs sociétés africaines – aggrave le dilemme. Mais elle a indiqué que certaines personnes se sentent capables de parler, mais seulement après beaucoup de conseils."Les gens ne sont pas habitués à l'homosexualité et ils n'écoutent pas ces personnes. Ils pensent que la sodomie est un acte consensuel, accepté selon eux par la victime. Elles (les victimes) sont davantage stigmatisées parce qu’à l’instant où elles arrivent dans un centre de santé, on leur demande, 'donc vous êtes homosexuel?'. Alors, elles ne parlent pas. Nous les aidons à s’ouvrir doucement", a-t-elle expliqué.L’un des patients d’Atim, Pierre (un nom d’emprunt), était un élève dans une école de la ville congolaise de Bukavu. En 2004, des bandes de l'un des nombreux groupes de milices tentant de contrôler la zone ont attaqué sa maison familiale et les ont collectivement violés – lui, son père et son frère."Des hommes en uniforme sont entrés par effraction dans notre maison. Ils ont attaché les jambes et les bras de mon père. Ils ont ensuite déshabillé mon frère et m'ont dit d'avoir des relations sexuelles avec lui. J'ai refusé", a déclaré Pierre, avant de fondre en larmes.Après s'être calmé avec l'aide d'Atim, il a poursuivi. "Ils m'ont déshabillé, tenu mon pénis entre des bâtons et l'ont frappé violemment à plusieurs reprises. L'un d'eux a tenu une de mes jambes et un autre a tenu la seconde jambe et ils les ont écartées. Le reste de la bande m'a ensuite violé l’un après l’autre".Selon Atim, Pierre avait envie de se suicider quand il était arrivé au RLP; il a été depuis ce temps traité dans un centre de psychothérapie.Le viol masculin a été fréquent comme arme de guerre dans beaucoup de zones de conflit et également dans des cellules de prison. Mais puisque ces crimes ne sont pas signalés la plus part du temps, et qu’en outre l'accent est mis sur les femmes victimes, l'ampleur du problème est inconnue. Ce qu’on sait, c’est que les hommes victimes sont confrontés à de terribles difficultés à guérir.John, qui a couvert son visage avec une casquette lors de l'entretien, a affirmé qu'il a désormais du mal à marcher sur n’importe quelle distance en raison de blessures non cicatrisées. "Quand je marche sur une longue distance, le sang coule de mon anus. Lorsque je mange des aliments durs comme le manioc, j'ai des problèmes à aller aux toilettes parce que mon rectum sort lorsque je défèque", a-t-il indiqué.*Publié en vertu d’un accord avec 'Street News Service'.

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