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RD CONGO: Les albinos ne sont pas des êtres mystiques

    By Donat Muamba

    MBUJI-MAYI, RD Congo, 22 jan (IPS) – "Jusqu’à présent, nous ne connaissons pas le nombre exact des albinos, mais on les voit plus en circulation qu’il y a 10 ans", déclare Théodore Kaseya, un agent de la Division des affaires sociales au Kasaï-Oriental, dans le centre de la République démocratique du Congo (RDC).

    "L’opinion populaire considère que les albinos auraient, de par leur nature, un pouvoir magique", affirme Monji Cibanza, un anthropologue basé à Mbuji-Mayi, la capitale provinciale du Kasaï-Oriental. "Je condamne cette attitude négative de la société vis-à-vis des albinos. Ce sont des personnes humaines à part entière, et non pas des êtres magico-mystiques", dit-il à IPS.

    Toutefois, "ce sont des personnes malades par nature et constituent une minorité qu’il faut protéger", indique Dr Melchias Mukendi, expliquant que leur peau blanche est dépourvue de mélanine qui nous protège contre les rayons du soleil. C’est ainsi que chez certains, la peau est galeuse, parsemée de plaies…, ce qui les rend encore plus vulnérables, ajoute-t-il.

    A Mbuji-Mayi, il n’existe pas de centres hospitaliers pour traiter des cas spécifiques de l’albinisme, souligne à IPS, Sylvain Makanda, un albinos infirmier. "Pour notre peau, il existe par exemple des lotions anti-soleils, mais qui sont rares".

    Les albinos s’estiment socialement marginalisés et stigmatisés.

    "Quand j’étais élève, je ne savais pas bien déchiffrer les écrits au tableau à distance. Souvent, je demandais à l’enseignant d’agrandir les caractères. Mes condisciples trouvaient en cela un dérangement", raconte Philo Nseya. Il faisait chaque fois recours aux notes de ses camarades après, pour éviter de les gêner pendant les cours.

    Cette attitude négative à l’égard des albinos remonte aux temps anciens. "L’albinos était un enfant non désiré", rappelle Cibanza. Il ajoute que même aujourd’hui, faire un enfant albinos dans un couple de peau normale, constitue la cause de certains cas de divorce ou de polygamie.

    Getou Mukanya, une femme albinos mariée habitant Tshilenge, à 30 kilomètres de Mbuji-Mayi, affirme que son mariage a duré seulement cinq ans. En 2009, son mari l’a abandonnée avec ses trois enfants albinos. "Mon mari a coupé tout contact avec moi", dit-elle à IPS. Sa belle-famille la menaçait de mort simplement parce qu’elle faisait des enfants albinos. Et en 2012, elle a été expulsée de la maison.

    En 2010, Kabongo, un adolescent albinos de 12 ans avait été retrouvé mort et démembré par un 'trafiquant de la chair des albinos' à Tshiminyi, un quartier de Mbuji-Mayi.

    Arrêté, le criminel avait reconnu devant la police judiciaire que son activité consistait à tuer des albinos, ou déterrer les ossements des albinos morts pour vendre, à l’étranger, certaines parties de leurs corps. "Cela me procurait des milliers de dollars", avait-il avoué, sans préciser combien.

    Ce cas de meurtre avéré avait choqué plus d’une personne, dont Bernard Kasanda, évêque catholique de Mbuji-Mayi. Il a initié un projet de 40.000 euros pour "améliorer les conditions de vie des albinos de son diocèse".

    Depuis 2012, le Centre d’éducation à la vie de Mbuji-Mayi exécute ce projet, et 30 albinos y ont été formés. Les modules ont porté sur l’estime de soi et la gestion des activités génératrices de revenus. Ceux qui sont formés sensibilisent d’autres albinos et des non-albinos sur "l’acceptation de ces personnes créées aussi à l’image de Dieu", selon Kasanda.

    Selon Israël Kajingu, président de l’Association des albinos du Kasaï-Oriental, la sensibilisation a déjà touché plus de 8.000 personnes de la capitale provinciale et d’autres villages.

    L’objectif n’est pas d’abord de leur donner l’argent, mais de les pousser à l’amour du travail pour une autonomie financière, explique Isidore Bamanayi, directeur du centre.

    Par exemple, Olivier Kanyinda, un des albinos formés dans le centre, vient de monter son atelier de mécanique. "Je peux gagner au moins 15 dollars US par jour, et ça me fait du bien", déclare-t-il à IPS. Il affirme qu’il est désormais fier de sa peau et ne se fait plus de souci comme avant. Kanyinda voudrait que ses six frères et sœurs albinos suivent son exemple et vivent positivement. Il est issu d’une famille de 11 enfants de même mère, dont six sont albinos.

    D’autres albinos formés font la photographie, tiennent des restaurants, élèvent des porcs… La saison agricole d’août prochain, ils comptent se lancer dans les champs collectifs, annonce Kajingu. "Toutefois, il se pose un problème de financement", ajoute-t-il, indiquant que l’association a besoin d’environ 150.000 dollars pour concrétiser ce projet.

    Eddy Badibanga, ministre des Affaires sociales par intérim, reconnaît que le gouvernement provincial n’a jusqu’ici aucune politique d’accompagnement de cette catégorie de citoyens victimes de discrimination, de stigmatisation et de violence dans la société. Pour cela, il encourage l’initiative du diocèse de Mbuji-Mayi pour son projet novateur.

    Charles Basekayi, un avocat, s’appuie sur la Déclaration universelle des droits de l’Homme, pour fustiger la stigmatisation dont sont victimes les albinos, notamment dans des familles pauvres où ils sont parfois accusés de sorcellerie ou privés de certains droits.

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