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RD CONGO: Les femmes rurales s'informent plus à la radio au Kasaï oriental

    By Léon Rutherford Kanku*

    MBUJI-MAYI, RD Congo, 7 mars (IPS) – Depuis les dernières élections en République démocratique du Congo (RDC), certaines villageoises à Ngandajika, au Kasaï oriental, ont pris l'habitude d'écouter la radio le matin pour s'informer. Ce qui suscite la critique de celles et ceux qui estiment que leur place est au champ.

    La crise postélectorale en RDC a changé le comportement de certaines femmes des milieux ruraux après leur participation massive aux élections de novembre 2011. Dans certains villages du territoire de Ngandajika, à 90 kilomètres à l’est de Mbuji-Mayi, chef-lieu de la province du Kasaï oriental, il n'est plus rare de voir des femmes accrochées, le matin, à un poste de radio et suivre les informations sur les chaînes locales.Désormais, ces femmes villageoises manifestent le besoin d’être informées en temps réel au même titre que les hommes, en particulier lorsqu’il s’agit d'émissions politiques en langues locales."Au lieu de recourir toujours aux hommes pour être informée de l’évolution de la politique du pays, je suis les informations en langues locales que l’on diffuse sur nos chaînes. Cela a changé ma façon de voir les choses politiques de la RDC", affirme Astrid Kabedi, une femme paysanne du village de Bena Mpiana. "Je suis en mesure d’aborder et de discuter les questions politiques de l’heure avec mon époux, avec beaucoup moins de peine qu'auparavant".

    La diffusion de nombreux programmes en tshiluba, la langue locale la plus parlée dans le Kasaï, leur permet de mieux faire la différence entre vraies et fausses nouvelles. Conscientes de la nécessité de s’intéresser à ce qui se passe dans le milieu où elles vivent, les femmes considèrent de plus en plus que la politique n’est pas seulement l’affaire des hommes.

    Certaines informent même leur mari. P. Muikan, présidente de l’ONG Femmes et démocratie, témoigne: "Mon mari revient du travail fatigué. Comme son retour de service coïncide avec la fermeture de certaines chaînes, vers 22 heures, il n’a pas le temps de suivre la radio. C'est donc moi, sa femme, qui lui fournit les informations"."Auparavant", poursuit-elle, "il remettait en cause ce que je lui disais et cette marginalisation me faisait très mal. Mais il a fini par comprendre que beaucoup de nouvelles que je lui donnais étaient vraies".

    Les mentalités résistentAvant le processus électoral, la plupart des femmes de ce territoire, grenier agricole de la province, ne s’intéressaient pas à la radio, mais seulement à leurs champs et à leurs enfants. La politique était traditionnellement l’affaire des hommes.

    Toutefois, cette émancipation féminine suscite de virulentes critiques dans le milieu.

    Les paysannes qui ne s'informent pas accusent ainsi de paresse celles qui suivent tôt le matin la radio 'Ditunga' (chaîne communautaire d’une ONG du même nom), avec ses émissions de sensibilisation, d’éducation civique ou de débat politique.

    Les autres femmes leur reprochent de ne plus aller au champ aux meilleures heures (entre 6 et 8 heures du matin), ce qui aurait des effets négatifs sur la production agricole. Et bien des maris font de la résistance, ce qui provoque parfois des troubles dans les familles.Joseph Makonda, enseignant d’une école primaire de la place, s'oppose fermement aux hommes qui, selon lui, laissent leur épouse perdre leur temps à suivre la radio au détriment des activités champêtres. "Ma femme et moi sommes convenus que chacun programme le temps des informations. Elle va au champ tôt le matin et moi je m’en vais au service. Chacun de nous fait un effort pour ne pas violer les consignes".

    Cet arrangement entre époux ne souffre d’aucune entorse, selon Makonda. La sanction serait sans appel: "Si elle pose des gestes contraires à cet accord, c’est elle qui en tirera les conséquences. Je la répudierai si elle commence à aller à l’encontre de mes décisions", affirme-t-il.

    *(Léon Rutherford Kanku est journaliste pour Syfia, une agence de presse basée à Montpellier. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre l’agence de presse InfoSud et IPS).

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