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RD CONGO: Les maladies des plantes menacent la sécurité alimentaire au Kivu

    By Baudry Aluma

    BUKAVU, RD Congo, 11 août (IPS) – Des maladies attaquent le bananier et le manioc dans les deux Kivu et prennent de l’ampleur, menaçant la sécurité alimentaire dans cette région orientale de la République démocratique du Congo (RDC), affirme la ministre provinciale de l’Agriculture du Sud-Kivu, Gisèle Batembo.

    Pour parer à cette situation, les paysans apprennent des techniques appropriées en vue de réduire le mal, a-t-elle ajouté à un atelier de sensibilisation et de recherche de solution pour ces maladies des plantes, le 6 août à Katana, une bourgade située au nord de Bukavu, la capitale provinciale du Sud-Kivu.

    Batembo qui se dit inquiète, avait donné l’alerte, depuis fin-mai, dans son rapport du premier semestre 2012 distribué à la presse, selon lequel le bananier est menacé par le wilt bactérien, et le manioc par la mosaïque et la striure brune. Ces maladies ravageuses des plantes sont de souches ougandaises, indiquait le rapport.Le gouverneur de la province du Sud-Kivu, Marcellin Cishambo, avait confirmé ces inquiétudes devant des journalistes en juin, avec des statistiques troublantes. «Le wilt bactérien du bananier est arrivé par le territoire de Kalehe au nord de Bukavu, et progresse vite. Cette maladie met en péril les bananeraies dans quatre des huit territoires de la province», avait-il déclaré.

    «Le territoire de Kalehe est le plus attaqué avec une incidence avoisinant 50 pour cent de dévastation, celui de Kabare, en l’occurrence dans sa partie nord, frôle les 25 pour cent, tandis que Idjwi a un taux compris entre 10 et 25 pour cent, et Walungu avec un taux évalué entre 10 à 20 pour cent», a-t-il ajouté.Le wilt bactérien se manifeste par le flétrissement des feuilles du bananier et le jaunissement précoce de la banane, selon le professeur Jean Walangululu, doyen de la Faculté des sciences agronomiques à l’Université catholique de Bukavu.

    Le manioc est attaqué par le Virus de la mosaïque est-africaine du manioc (East African Cassava Mosaic Virus) dont le vecteur principal est une minuscule mouche blanche appelée Bemisia et difficile à contrôler, explique-t-il, ajoutant que la maladie se propage aussi par éparpillement végétatif de la plante. Alors, les feuilles tachetées se déforment, réduisant ainsi la croissance des plantes et des rendements, souligne Walangululu.Selon l’ingénieur agronome Daniel Rutegeza, chef de la cellule de production végétale à l’inspection provinciale de l’agriculture, l’échange de matériel de plantation entre paysans constitue l’un de facteurs majeurs de la propagation de ces maladies.

    Rutegeza indique que la production totale des bananes au Sud-Kivu est de 455.360 tonnes pour l’année 2009 sur une superficie de 98.979 hectares, tandis que celle du manioc est évaluée à 4,077 millions de tonnes sur 323.478 hectares. Selon ces statistiques qui sont les plus récentes, 299.593 familles cultivent la banane et 905.478 ménages font du manioc sur une population du Sud-Kivu estimée à plus de quatre millions d’habitants, ajoute-t-il à IPS.Les visites dans les champs montrent l’ampleur des dégâts causés par les maladies des plantes, provoquant une plus grande importation de maniocs et de bananes du Rwanda voisin, ainsi qu’une augmentation de leurs prix depuis un an. Selon Prudent Mpama, secrétaire exécutif de l’Association des armateurs sur le lac Kivu, un régime de bananes est passé de deux à sept dollars en moins d’une année.

    La mosaïque du manioc n’épargne aucun des huit territoires de la province, affirme Cishambo à IPS, indiquant qu’elle s’est introduite au Sud-Kivu en 2000 et que des efforts ont été déployés pour la combattre, notamment par la vulgarisation de la plantation des boutures saines.

    Selon Cishambo, cela n’a pas empêché que l’ampleur de sa dévastation passe de 80 à 100 pour cent, constituant ainsi une menace sérieuse pour la sécurité alimentaire dans toute la province. Il a signalé également la présence néfaste de la striure brune de manioc, plus redoutable que la mosaïque, mais dont la propagation, actuellement en étude, n’atteint pas encore des proportions inquiétantes.Le gouverneur du Sud-Kivu a édicté 10 règles clé que la population doit observer pour endiguer la propagation de ces maladies, notamment l’interdiction de toute circulation et introduction, dans le Sud-Kivu, de tout matériel de plantation de bananier et de manioc, venant aussi bien des pays voisins du Sud-Kivu que des territoires de la province voisine du Nord-Kivu où ces maladies sont également signalées.

    Tout déplacement d’un matériel doit être conditionné par la détention d’un certificat phytosanitaire délivré par l’inspecteur de l’agriculture et ce, après avis favorable du Service national de certification des semences (SENASEM).Les techniciens du SENASEM recommandent la désinfection, par le feu ou l’eau de Javel, des matériels après la coupe de chaque pied malade. Ils conseillent de lutter contre la divagation des bêtes dans les bananeraies et conditionnent toute fourniture de boutures de manioc à une autorisation expresse du SENASEM et de l’Institut national d’études et recherches agronomiques, deux organismes officiels.Pour lutter contre le wilt bactérien, au Nord-Kivu, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), expérimente une nouvelle approche appliquée en Ouganda. Selon Rutegeza, ce traitement exige que les producteurs enlèvent les bourgeons mâles tous les deux jours. Quelque 150 producteurs de bananes ont été formés en avril 2012 à l’utilisation de cette approche ougandaise à Bweremana, dans le territoire de Masisi (Nord-Kivu), dit-il.Mike Robson, spécialiste des maladies des plantes à la FAO, qui a facilité les échanges techniques entre les parties ougandaise et congolaise, annonce que les premiers résultats de l’application de cette méthode sont attendus en octobre 2012, avant de l’introduire éventuellement au Sud-Kivu.Nzanzu Kasuvita, ministre provincial de l’Agriculture du Nord-Kivu, a reconnu qu’il y a encore du travail, notamment dans la sensibilisation de tous les acteurs et les partenaires dans lutte pour la sécurité alimentaire, la banane étant le deuxième aliment le plus consommé dans les deux Kivu après le manioc.La guerre entre l’armée régulière de la RDC et des mutins du Mouvement du 23 mars 23 (M23), qui touche certaines localités du Nord-Kivu depuis avril, risque d’entraver la résolution de ce problème des maladies des plantes et celui de la menace sur la sécurité alimentaire, déplore-t-il.

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