Home » Afrique, Developpement, Droits de L'Homme, Headlines, Politique, Reportage d'Afrique »

RD CONGO: Les organisations paysannes fustigent la dernière loi agricole

    By Emmanuel Chaco

    KINSHASA, 22 fév (IPS) – La dernière loi agricole votée par le parlement de la République démocratique du Congo (RDC) «ne protège pas les exploitants parce qu’elle prévoit une possibilité de nous exproprier des terres», affirment des fermiers membres de la Fédération des organisations paysannes du Congo (FOPAC).

    «Nous venons de lancer un grand plaidoyer en faveur de la modification de cette loi auprès du gouvernement. Nous comptons étendre ce plaidoyer auprès du nouveau parlement et voir la modification de cette loi être inscrite à l’ordre du jour de ses sessions», a déclaré Paluku Mivimba, président de la FOPAC et responsable de la cellule de plaidoyer au Parlement sur cette loi promulguée par le chef de l’Etat en décembre 2011.Le nouveau parlement congolais a été investi le 16 février, à l’issue de la proclamation des résultats provisoires des élections législatives du 28 novembre 2011.

    Mivimba explique à IPS: «Plusieurs articles de ce texte créent une insécurité dans la possession des terres pour les communautés paysannes parce qu’ils excluent toute possibilité pour celles-ci de devenir propriétaires des terres qu’elles exploitent pourtant depuis de longues années».«Ce texte dispose que l’Etat peut arracher des terres aux pauvres paysans. C’est une forme de "zaïrianisation" déjà vécue et décriée lors de l’expropriation des champs d’expatriés coloniaux au bénéfice des Congolais dont certains n’avaient pas la capacité de les mettre en valeur», affirme Alphonse Nkuli, membre de la Fédération des entreprises congolaises. Il estime que cette mesure avait «fait chuter la production agricole nationale et engendré la pauvreté».

    Cette politique de la "zaïrianisation" a eu lieu en 1973 sous le régime du Maréchal Mobutu et a consisté en la nationalisation de certains biens appartenant aux anciens colons blancs, dont les terres qui ont été distribuées aux proches du régime n’ayant aucune expérience en matière agricole, dit-il.Par la suite, la plupart des terres nationalisées ont été vendues à d’autres acquéreurs puisque les premiers bénéficiaires n’avaient pas les capacités de les exploiter. Il y a même eu, vers le Sud-Kivu, dans l’est de la RDC, d’autres Blancs qui ont racheté à des Congolais des terres nationalisées en 1973.Mais, la loi actuelle concerne tous les exploitants agricoles en général. Roger Pholo, chargé de la communication à la Confédération paysanne du Congo, déclare à IPS que «cette loi ne sécurise pas les paysans financièrement pauvres et dont les terres peuvent être arrachées au bénéfice d’exploitants plus nantis ou au bénéfice de grandes entreprises de production agricole».Mamie Makuze est une femme juriste et exploitante d’une superficie de cinq hectares sur le Plateau de Bateke, entre les provinces de Kinshasa et du Bandundu, dans l’ouest du pays. Elle explique à IPS: «L’article 35 de cette loi affaiblit les petits producteurs et les paysans qui n’ont pas d’argent. Il affirme que l’Etat octroie les concessions agricoles par rapport à la capacité financière des demandeurs qui doivent être à même de supporter la charge de leur mise en valeur».«A cet article s’ajoute un autre qui met en danger la production familiale de subsistance. Il s’agit de l’article 41 qui dit que si l’occupant ne commence pas la mise en valeur des terres agricoles dans les 18 mois à dater de la signature du contrat d’occupation provisoire, l’Etat est en droit de reprendre ces terres et les attribuer à quelqu’un d’autre», indique-elle.Selon Makuze, «L’inquiétude est donc fondée pour les petits exploitants, et les paysans, souvent sans moyens, courent le risque de se faire arracher les terres acquises pourtant, pour la plupart, dans le cadre d’une succession familiale et transmises de génération à génération sans documents officiels».«La grande partie de ces paysans n’ont pas été à l’école et sont peu informés sur cette loi», souligne Pholo.Tel est le cas de Jeanne Botuli, une maraîchère à Kisantu, un village du Bas-Congo (ouest du pays), qui affirme que «cela fait plus de dix ans que notre groupe de mamans maraîchères produit des légumes comme des amarantes, des carottes et des oignons sur ces quelques plates bandes de quelques mètres carrés seulement». Elle ajoute: «Même si nous n’avons pas de contrat de location de terre, depuis longtemps, nous sommes reconnues par les autorités de la province qui n’ont plus le droit de venir nous enlever nos champs».«Les craintes vont dans tous les sens», admet le ministre de l’Agriculture, Norbert Basengezi Kantintima, rassurant que la "zaïrianisation" n’aura pas lieu en RDC. Il déclare à IPS: «Le petit paysan est très protégé par la loi à travers les conseils agricoles ruraux qui existent dans chacune des provinces pour assurer le suivi du plan de développement agricole par province. Et les paysans en font partie».Pour Kantintima, «la présence des représentants des producteurs, associations de producteurs, syndicats paysans au sein de tous les conseils agricoles implantés même au niveau de chaque territoire et de chaque secteur, est une mesure participative qui leur permet de ne pas laisser l’Etat prendre des mesures en leur défaveur».Toutefois, Mivimba estime qu’il «faut mettre en place des comités de gestion des terres, surtout en milieu rural où la plupart des exploitants ignorent leurs droits et n’ont pas été à l’école. Ces comités devront renforcer le plaidoyer des paysans».Les conseils agricoles sont des organes prévus dans la loi. La création des comités de gestion est une proposition des paysans pour renforcer les conseils qui semblent ne pas fonctionner correctement du fait qu’ils dépendent du gouvernement qui ne leur donne pas les moyens nécessaires, explique-t-il.Selon Jean-Baptiste Lubamba, du Centre national pour le développement et la participation populaire, une ONG basée à Kinshasa, la capitale, environ 80 pour cent de la population congolaise vit de l’agriculture de subsistance.

    comment closed

    Tag Cloud

    Africa Centrale Asia/Pacifico Culture, Religion, Sport East Africa Education Energy Global Affairs Orient Peace and conflict Population, Refugies Science, Technologie Southern Africa Spécial Culture,Religion et Genre Travail West Africa