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RD CONGO: Les pourparlers de Kampala se jouent désormais à New York

    By Taylor Toeka Kakala

    GOMA, RD Congo, 27 sep (IPS) – Des combats ont repris, jeudi, entre les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et le mouvement rebelle M23, à Kahunga, à 80 kilomètres au nord de Goma, dans l’est de la RDC. Les affrontements ont duré une vingtaine de minutes, faisant, selon l’ONU, deux morts parmi les rebelles et un militaire FARDC.

    Entre-temps, les négociations entre le M23 et le gouvernement de la RDC, qui n’avancent pas, ont quitté Kampala, la capitale ougandaise, pour New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies.

    Pendant ce temps, les rebelles du M23 butent contre "la liste [du gouvernement] des 78 commandants, assimilés et hommes de troupes…, sur un total estimé à plus ou moins 1.700 personnes non éligibles à l’intégration" au sein des FARDC.

    Pour le gouvernement congolais, Kampala a montré ses limites. L’ONU doit maintenant désamorcer la bombe pour éviter un nouvel échec à ces négociations remontant au 9 décembre 2012, à la suite d’une brève prise de la ville de Goma, la capitale du Nord-Kivu, dans l’est de la RDC, par les troupes du M23.

    "La RDC a déposé sur la table du médiateur ougandais une proposition sérieuse pour créer les conditions afin que la guerre s’arrête. Tous les points soulevés par le M23 sont rencontrés [pris en compte]…

    ", a déclaré François Mwamba, chef de la délégation gouvernementale.

    "Kinshasa n’a jamais accepté les pourparlers de Kampala. Il croit aujourd’hui que le code de leur déverrouillage pourrait sortir de New York. Mais pour nous, Kampala reste un espoir de paix durable", a indiqué à IPS, Amani Kabasha, porte-parole du M23.

    Comme preuve, Kabasha affirme que toute la délégation du M23 à Kampala est sur place. "Une façon de laisser la porte ouverte à une reprise éventuelle des négociations", qui durent déjà près d’une année.

    Mais en marge de son Assemblée générale, l’ONU a exigé, le 23 septembre, le respect de l’accord-cadre d’Addis-Abeba, signé le 24 février par 11 pays de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) pour mettre fin à deux décennies de conflit dans l’est de la RDC.

    Le 25 septembre, le président congolais, Joseph Kabila, y dénonçait plutôt "les agressions sans fin" de son voisin, le Rwanda.

    Sommés de parvenir rapidement à un arrangement dans deux semaines – du 9 au 22 septembre – les négociateurs des deux parties – Kinshasa et M23 – passent à côté de l’essentiel, affirme Juvénal Munubo, membre de la Commission de défense et sécurité à l’Assemblée nationale de la RDC.

    "Avec un bilan mitigé et des résultats maigres, Kampala a traité le problème, mais ne l’a pas résolu. New York est non plus la solution. Il faut clore ce dossier, même sans un accord, et reverser les griefs formulés par le M23 dans un vrai dialogue national où tous les groupes armés sont invités", ajoute-t-il à IPS.

    Mais selon Godefroid Ka-Mäna, président de 'Pole Institute', un institut interculturel de la région des Grands Lacs, basé à Goma, "Kinshasa fait de la surenchère en présentant cette fameuse liste des éléments rebelles non éligibles à l’intégration au sein des FARDC".

    Pour cette liste reçue le 19 septembre au bureau du chef de la Mission de l’ONU en RDC (MONUSCO), le gouvernement justifie sa position par les raisons suivantes: récidivisme dans des rébellions successives, commission des crimes de guerre et crimes contre l’humanité, et indexation, par des sanctions nominatives, de la communauté internationale pour violations graves des droits humains.

    Parmi ces commandants rebelles épinglés sur la liste, Innocent Zimurinda, Innocent Kayina, Bizimungu Masozera et Bosco Mberabagabo sont identifiés comme des sujets rwandais, a indiqué Lambert Mende, porte-parole du gouvernement congolais, lors d’un point de presse, le 19 septembre à Kinshasa.

    Selon la note adressée au chef de la MONUSCO et dont IPS a reçu une copie, trois autres rebelles sont d’anciens militaires rwandais: Sultani Makenga, le chef d’état-major du M23, a été sergent dans l’Armée patriotique rwandaise, devenue Forces de défense rwandaise (RDF); Baudouin Ngaruye a été instructeur dans les RDF – comme Bosco Ntaganda, transféré à la Cour pénale internationale en mars dernier -; et Patrick Safari, un caporal des RDF.

    "Le gouvernement est allé aux négociations de Kampala puisqu’il s’est retrouvé le dos au mur après la chute de Goma [le 20 novembre 2012]. Aujourd’hui, il refuse ces mêmes pourparlers puisqu’il se retrouve en position de force", déclare Ka-Mäna à IPS.

    "En prenant en compte toutes les questions des belligérants, Kampala reste l’unique voie pour trouver de solution à la crise qui déchire l’est du pays depuis plus de deux décennies", affirme-t-il.

    Intégrer les rebelles au sein des FARDC, c’est prendre le risque d’y intégrer "une très grande partie de l’armée rwandaise", estime Omar Kavota, vice-président et porte-parole de la société civile du Nord-Kivu. Selon lui, "les Congolais ne dépassent pas 10 pour cent au sein de ce mouvement rebelle".

    "L’armée doit en finir avec la spirale amnistie, réintégration puis nouvelle rébellion", souligne-t-il à IPS. Il fait allusion à l’intégration des anciens éléments du Rassemblement congolais pour la démocratie dans l’armée, devenus après membres du Congrès national pour la défense du peuple, desquels ceux du M23 sont issus en grande partie.

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