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RD CONGO: Les viols de jeunes filles à Mushie restent encore impunis

    By Emmanuel Chaco

    KINSHASA, 10 août (IPS) – Seize mères de familles à Mushie, un territoire de la province du Bandundu, dans l’ouest de la République démocratique du Congo (RDC), se plaignent de nombreux viols perpétrés sur leurs filles très jeunes et dénoncent l’impossibilité pour elles d’obtenir justice.

    «En une semaine, nous avons enregistré plus de 12 cas de viols sur de très jeunes filles parmi lesquelles celles âgées de six ans seulement. Les auteurs sont des adultes et tous des civils», affirme l’abbé Jean Okutu, prêtre de la paroisse Sacré Cœur de Mushie.Marina Tunkulu, une habitante de Mushie et mère d’une fille de huit ans violée, a déclaré à IPS que «malgré les soins suivis au dispensaire de la paroisse Sacré Cœur, ma fillette continue à se plaindre des douleurs dans son organe génital et au bas-ventre». Elle ajoute: «Il nous faut aller dans une plus grande formation médicale pour être sûres que nous n’aurons pas de conséquences à assumer plus tard. Mais nous n’avons d’argent».Pour Emilie Kapita, mère d’une autre jeune fille de 10 ans violée, «il faut une mesure très forte pour protéger les jeunes filles de Mushie. Il faut aussi que les identités de toutes les victimes soient scrupuleusement protégées pour leur garantir une croissance sans frustration et pour leur donner la chance de se marier un jour». Elle souligne à IPS: «L’Etat devrait même les délocaliser ou les faire étudier à l’étranger à ses frais pour leur assurer la protection contre les moqueries et la méfiance des autres jeunes de leur âge».Selon André Mvunzu, procureur général de Bandundu, la province a mis en place un programme de lutte contre l’impunité des violences sexuelles. «Douze auteurs des viols récemment répertoriés à Mushie ont été arrêtés et sont actuellement détenus au cachot du parquet secondaire de la place. Ils seront jugés et les décisions du tribunal seront pédagogiques pour tous», déclare-t-il à IPS.Mais l’abbé Okutu qui doute de l’efficacité de la justice de Bandundu, explique que «le plus grand problème pour les victimes et leurs familles, c’est qu’il n’est pas possible d’obtenir la condamnation des auteurs de ces viols». Selon lui, «il existe un parquet secondaire à Mushie, mais qui ne fonctionne pas faute des magistrats. Le seul magistrat qui y est, ne peut pas couvrir toutes les plaintes».Le parquet secondaire de Mushie est un sous-bureau du parquet de grande instance de la ville de Bandundu, mais qui se trouve à environ 500 kilomètres. Il est institué pour rapprocher un peu la justice des justiciables, mais sans ressources.En plus, explique l’abbé Okutu, «les familles des victimes sont pauvres pour couvrir les frais de justice. Je prends en charge les soins de santé pour la plupart des victimes». Il affirme à IPS: «J’ai aussi mené un plaidoyer pour voir la justice se prononcer sur ces cas de viols. Il y a deux jours, le procureur général de Bandundu a envoyé un deuxième magistrat pour seconder le seul qui est ici».Pour Jacques Katchelewa, chef du projet non gouvernemental «Promotion de l’égalité des sexes et la sécurité alimentaire» basé dans le territoire de Mushie, «la crainte est de voir les familles recourir à des arrangements à l’amiable puisqu’il n’y a pas de justice institutionnelle, ce qui est contre la loi relative à la répression des violences sexuelles».

    «La seule manière d’obtenir justice pour les victimes et leurs familles est de renforcer le tribunal de paix. A Mushie, le tribunal de paix n’a qu’un seul juge qui ne peut, à lui seul, siéger et décider sur les cas de violences sexuelles. Il faut renforcer l’équipe de juges», souligne-il à IPS.«Lorsqu’on entend le procureur général s’exprimer à la radio ici, on a l’impression qu’il ne connaît pas comment fonctionne son administration judiciaire. Parmi les 12 présumés auteurs des viols qu’il affirme être en détention, huit se sont évadés, parmi lesquels les deux hommes qui ont violé ma fille», affirme Jean Noël Nzundu, un habitant de Mushie.Pour Nzundu, «il faut d’abord renforcer la sécurité du cachot pour être sûr que les détenus ne vont pas continuer à fuir, puisque ce n’est même pas la première fois qu’on signale des évasions dans ce cachot».«C’est la population qui doit aider le gouvernement à lutter contre toutes les différentes formes de criminalité qui font rage dans la province. Il faut plus de vigilance. Chaque citoyen a l’obligation de dénoncer les cas qu’il connaît. C’est la seule manière de faire peur aux criminels», estime Jean Kamisendu Kutuka, gouverneur de la province du Bandundu.Selon Jean Paul Nyumba, conseiller au cabinet du ministre de la Justice et des Droits humains, "c'est aux justiciables qui sont en difficulté qu'il appartient d'écrire au ministre et au Conseil supérieur de la magistrature pour les mettre au courant de leurs difficultés afin d'obtenir justice et que des magistrats soient déployés à Mushie".Toutefois, ce conseiller, qui est aussi avocat, regrette qu'"à l'intérieur du pays, il y ait manque de magistrats pendant que plusieurs magistrats restent même sans fonction à Kinshasa", la capitale congolaise.«Mais il faut rester réaliste. Les difficultés de fonctionnement de la justice sont les mêmes sur l’ensemble du pays», reconnaît Joseph Ntayondezandi Mushagalusa, avocat et ancien procureur général de la République en RDC.Par exemple, explique Mushagalusa à IPS, «avec le recrutement, en mars 2012, de 2.000 nouveaux magistrats seulement, la magistrature congolaise ne compte que 4.000 membres. Avec près de 80 millions d’habitants, on a un magistrat pour 20.000 habitants» en RDC.«Ceci, sans compter qu’il y a des magistrats qui n’exercent pas, comme ceux qui sont permutés et qui, pour des raisons matérielles et logistiques non résolues, n’ont jamais rejoint leurs postes d’affectation ou les ont abandonnés», ajoute-t-il.

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