Home » Afrique, Developpement, Droits de L'Homme, Headlines, Politique, Reportage d'Afrique, Santé »

RD CONGO: Manger du poisson demeure un luxe au Kasaï-Oriental

    By Donat Muamba

    MBUJI-MAYI, RD Congo, 21 sep (IPS) – «Je me contente de petits poissons ou tout simplement de légumes locaux. Les poissons frais coûtent extrêmement cher, au moins cinq dollars pour un petit rien», affirme Annie Musadi, une veuve mère de huit enfants à Mbuji-Mayi, une ville du centre de la République démocratique du Congo (RDC).

    De son côté, Marie Paul Kabedi, une jeune femme mariée, déclare à IPS qu’elle ne s’arrête jamais sur le point de vente des poissons frais qui, selon elle, sont réservés aux patrons et aux gens riches.

    Mbuji-Mayi où très peu de gens consomment du poisson, est la principale ville de la province du Kasaï-Oriental, dans le centre de la RDC, qui est peuplée de plus de six millions d’habitants, selon le ministère provincial de l’Intérieur.

    Selon les rapports du ministère provincial de la Pèche portant sur les quatre dernières années, la production moyenne de poissons ne dépasse pas 400 tonnes par an. Pourtant, les besoins de la population varient entre 250.000 et 270.000 tonnes.«La pêche est pratiquée à Lukalenge, Luamuela et Ciala, des localités situées à moins d’une heure de route vers l’est de Mbuji-Mayi, ainsi qu’à Lusambo, à environ 300 kilomètres au nord», indique Roger Tshilombo, ministre provincial de la Pêche.

    Les espèces capturées souvent sont les alystes, tilapias, cyntharnus, clarias, lates nyloticas, anguilles et les sardines. Et «12.229 pêcheurs ont été recensés en 2010», affirme Tshilombo à IPS. Ils font la pêche dans les rivières Lubilanji, Lukalenge et Muya.

    «Beaucoup de nos pêcheurs ont vieilli et travaillent de façon artisanale», déclare Roger Ntambwa, président de l’Union des associations de pêcheurs du Kasaï-Oriental (UAPEKOR). Il déplore un manque d’équipements et de recyclages pour les pêcheurs.

    Bruno Kabangu, 68 ans, pêcheur habitant Ciala, explique à IPS qu’il est au chômage depuis trois semaines à cause de sa pirogue endommagée par des trous. Il ne peut plus s’en servir pour aller pêcher dans des eaux profondes.

    «Moi, je n’ai que deux hameçons et je pratique la pêche à la ligne, j’ai envie de faire plus que ça, mais les moyens me manquent», affirme Mukendi wa Mandevu, 28 ans, rencontré au bord de la Muya.

    La commercialisation se fait par l’entremise des femmes revendeuses qui achètent les poissons sur les sites de production pour les revendre en ville.«Il m’arrive souvent de fixer le double ou le triple de mon prix d’achat initial», admet Josiane Ntumba, une des revendeuses de poissons au petit marché de Kanyanya à Mbuji-Mayi. «Ici, chaque revendeuse fixe ses prix comme elle veut», dit-elle à IPS.

    Kalanga Mua Mbuyi, une autre revendeuse de poissons, indique qu’elle détermine ses prix en fonction de la parure des clientes potentielles, qui, selon elle, est un signe apparent de leur richesse supposée.

    Dans plusieurs localités, la pêche est une exploitation familiale et les techniques du métier sont transmises de père en fils. «Je travaille avec mon fils cadet de 15 ans que j’initie. Il m’aide à tenir et à raccommoder les filets… Je vois qu’il aime ce métier», raconte à IPS, Pierre Balufu, un pêcheur de 62 ans.«Si les pêcheurs sont appuyés, la production augmentera et la sécurité alimentaire sera améliorée», affirme Célestin Mbaya, vice-président de l’Union des consommateurs au Kasaï-Oriental.

    «Le comble est que la pêche est considérée comme une activité secondaire», s’inquiète-t-il, regrettant que la plupart des jeunes préfèrent aller gagner rapidement de l’argent dans l’exploitation des minerais.

    Le budget provincial des cinq dernières années accorde moins de cinq pour cent au secteur de l’agriculture, de la pèche et de l’élevage. Et ce budget déjà modique, est faiblement exécuté, selon Tshilombo.

    Mbaya estime que si le gouvernement provincial fournissait aux pêcheurs des intrants tels que des pirogues, moteurs, filets…, la production augmenterait et les prix des poissons baisseraient sur le marché.

    «Lors de la célébration de la Journée internationale du pêcheur le 24 juin 2012, le gouverneur de la province nous avait remis 1.400 dollars», affirme Ntambwa, indiquant qu’avec ce fonds, l’UAPEKOR avait acquis un congélateur pour la conservation de leurs produits.«En 2010, Caritas avait organisé une formation en gestion financière au profit des pêcheurs et la FAO avait distribué quelques filets de pêche», rappelle Ntambwa à IPS. «Toutefois, cette dotation reste dérisoire car les poissons meurent encore de vieillesse dans nos rivières», déclare-t-il, raccommodant ses vieux filets au bord de la Lukalenge.

    Faute d’intrants, certains pêcheurs recourent aux moustiquaires imprégnées d’insecticides utilisés comme des filets de pêche. Ces moustiquaires étaient distribuées en 2011 par l’Association de santé familiale pour lutter contre le paludisme en RDC.

    «D’autres pêcheurs encore, des femmes notamment, se servent des feuilles du tephrosia, une plante toxique dont l’effet tue les poissons d’eau douce», affirme à IPS, Théophile Kalombo, un enseignant habitant un quartier longeant la rivière Lubilanji.

    Mais, selon le médecin Marie-Albert Tshizemba, l’effet nocif pour les poissons est annihilé facilement par la cuisson et ne peut avoir des conséquences sur la santé des consommateurs. Toutefois, ajoute-t-il, il faut éviter de manger des poissons moins bien cuits.

    Ntambwa, qui redoute l’extinction de certaines espèces à cause de l’usage des outils non appropriés, exhorte les autorités et les pêcheurs à règlementer la pêche en interdisant les pratiques dangereuses.

    Tshilombo préconise le respect du calendrier provincial de la pêche, qui va de mai à septembre, et d’octobre à décembre. «Pour cela, le gouvernement provincial envisage d’organiser des séminaires de recyclage», dit-il à IPS, sans indiquer de date.

    Arthur Kazadi, président provincial du Foyer de développement agricole, une association locale, demande aux députés de se battre pour augmenter le budget de la pêche pour les années à venir.

    Mais Alidor Numbi, un député provincial, ne partage pas cet avis, appelant plutôt le gouvernement central de Kinshasa à respecter le principe de la décentralisation consacré par la constitution de la RDC.

    comment closed

    Tag Cloud

    Africa Centrale Asia/Pacifico Culture, Religion, Sport East Africa Education Energy Global Affairs Orient Peace and conflict Population, Refugies Science, Technologie Southern Africa Spécial Culture,Religion et Genre Travail West Africa