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RD CONGO: Plusieurs élèves partagés entre l’école et un travail payé

    By Anselme Nkinsi

    KINSHASA, 12 oct (IPS) – Agrippé à la portière d’un muni-bus de transport public, Gires Manoka, un adolescent de 16 ans, crie en invitant les passagers potentiels à monter à chaque arrêt de bus à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo (RDC).

    Interpellé par un passant sur ce qu’il fait à cause de son âge, Monoka réplique: «J’étais en deuxième secondaire l’année passée et je n’ai eu personne pour me payer les frais de scolarité. Je ne peux faire autrement, je me débrouille et c’est cette activité qui fait vivre ma famille».

    En RDC, des milliers d’adolescents, à l’instar de Manoka, se débrouillent pour subvenir à leurs besoins. Bon nombre d’entre eux ont abandonné l’école et vendent à la criée des papiers mouchoirs, des bonbons chocolat, de la crème glacée, voire des arachides aux passants à travers la ville de Kinshasa.

    Boniface Mbalu, un parent, explique à IPS: «La situation économique difficile contraint les jeunes écoliers dont les besoins en argent ne cessent de croître à travailler à mi-temps et aller à l’école. Les moins habilles cessent d’étudier pour chercher l’argent». Il ajoute que «l’école n’est pas gratuite et les parents pauvres n’arrivent pas à acheter les uniformes et autres fournitures».

    Mbalu affirme que l’école est devenue plus commerciale qu’un lieu d’instruction, soulignant qu’il faut avoir de l’argent pour faire étudier les enfants et pour faire face à de nombreuses exigences.

    Dr Paul Basikila, chef de bureau du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) à Kinshasa, déclare que cette agence prend des mesures nécessaires pour améliorer la qualité de l’enseignement et aider les enfants à fréquenter l’école. «Ces mesures seraient plus efficaces si elles s’accompagnaient de la suppression des frais de scolarité que le gouvernement avait annoncée».

    «L’UNICEF a lancé au début de cette année scolaire 2012-2013, dans la province du Kasaï-Occidental (centre du pays), une campagne de sensibilisation pour l’inscription de 40.000 enfants dont 18.000 filles à l’école primaire. Nous avons également sensibilisé les parents dont les enfants ont atteint l’âge de scolarité», dit-il à IPS.

    Cécile Tshiyombo, membre du Syndicat des enseignants du Congo, souligne que le problème de l’éducation en RDC est complexe. «Ces enfants laissés à la débrouillardise et qui travaillent pour gagner de l’argent comme les adultes n’ont plus envie de reprendre le chemin de l’école. Ils deviennent déjà des responsables avant l’âge et cela est anormal», explique-t-elle à IPS.

    Tshiyombo pense que bon nombre d’enfants hésitent à aller à l’école parce que l’enseignement n’est plus attrayant. «Le diplôme que l’Etat congolais délivre à la fin des études (secondaires et universitaires) ne conduit nulle part. Si des bacheliers doivent vendre des bonbons ou de l’eau glacée pour gagner leur vie, que feraient les tout petits qui voient leur avenir sacrifié?», demande-t-elle.

    Cireur de chaussures depuis l’âge de 11 ans, Joseph Paulusi, qui a 16 ans aujourd’hui, déclare à IPS: «J’ai fréquenté l’école jusqu’en sixième primaire. Suite au décès de mon père et comme ma mère ne parvenait pas subvenir à mes besoins scolaires, j’ai opté pour le métier de cireur». Il ajoute: «C’est cette activité qui me permet d’aider ma mère. Avec les revenus de mon travail, 15.000 francs congolais par jour (environ 16 dollars), elle nourrit toute la maison».«Le gouvernement congolais est bien conscient de la situation des milliers d’enfants ayant abandonné l’école. C’est dans ce cadre qu’il a initié une enquête nationale sur la situation des enfants et adolescents en dehors de l’école (EADE 2012)», déclare Déogratias Nendumba, secrétaire national de l’étude.

    Nendumba reconnaît que des milliers d’enfants évoluent en dehors de l’école par manque des moyens chez les parents, à cause de la guerre ou de l’exode rural. Tous ces facteurs occasionnent de nombreuses absences et poussent les élèves à l’abandon, souligne-t-il.

    L’enquête a démontré que de nombreux enfants rencontrent des problèmes au foyer et cherchent à voler de leurs propres ailes. Au total 34.856 enfants enquêtés, dont 25.547 filles, ont fréquenté l’école en 2011-2012 dans le pays avant d’abandonner pour plusieurs raisons liées à la pauvreté des parents.«Ces enfants ont le droit d’être pris en charge par la société pour leur permettre de s’épanouir comme des adultes. C’est un paradoxe s’ils doivent prendre en charge leurs familles. Ceux qui étudient sont souvent découragés et démotivés lorsqu’on les chasse régulièrement des cours pour non-paiement des frais de scolarité», explique-t-il à IPS.

    Selon les statistiques de la direction de la planification et des statistiques scolaires, pour l’année scolaire 2011–2012, le nombre d’élèves inscrits dans toute la RDC s’élevait à 3.158.193 élèves dont 624.720 filles. Ces chiffres couvrent la population des enfants scolarisés dans les écoles maternelle, primaire, secondaire et professionnelle.«Face à la dégradation de a qualité de la vie, nous craignons qu’il y ait moins d’élèves qui terminent l’année scolaire en cours (2012-2013)», s’inquiète Mathieu Kembe, agent de la direction de la planification.

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