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RD CONGO: Tout un village privé d’eau potable

    By Emmanuel Chaco

    MPASA, RD Congo, 12 août (IPS) – Des femmes et des enfants meurent des maladies des «mains sales» et des hémorragies dues aux infections issues des eaux des rivières à Mpasa, petit village situé à la sortie-est de Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo (RDC).

    Pourtant, la RDC regorge du tiers des réserves mondiales d’eaux et l’entreprise nationale de production et de distribution d’eau (REGIDESO) peut potentiellement fournir jusqu’à 366,6 millions de mètres cubes par an à la population, en l’absence d’eau fournie par l’Etat.Un technicien de la REGIDESO, qui a requis l’anonymat, a expliqué à IPS que l’incapacité pour le pays à fournir de l’eau potable à tous les Congolais participe du fait que seule l’entreprise d’Etat est légalement autorisée à produire et à distribuer l’eau potable en RDC. Pour cet agent, le manque de performance de cette entreprise est la conséquence directe d’une absence de concurrence dans le domaine.

    Loti vers 1990 pour abriter quelques dizaines de familles sinistrées par le débordement de la rivière Makelele à Kinshasa, Mpasa abrite environ 30.000 habitants dont le tiers est constitué de jeunes de moins de 18 ans, selon Richard Lingwe, une autorité administrative de la localité.

    Deux ou trois enfants y meurent tous les mois à cause de l’absence totale d’eau potable, estime le centre de santé des sœurs de la congrégation Notre Dame du Bon et Perpétuel Secours (BPS), les premiers habitants de la place. Trois ou quatre mères d’enfant meurent également par mois des suites d’hémorragies dues aux infections sexuelles résultant du manque de soins intimes appropriés et de l’utilisation des eaux impropres puisées dans les rivières. Mais, il n’existe pas de chiffres exacts sur ces décès.Au cœur du village, sur l’avenue Sainte Lucie à côté de la paroisse portant le même nom, sœurs Maria de la Salette et Imelda Negro, deux religieuses âgées d’environ 65 et 70 ans, ont construit une borne-fontaine où environ 100 personnes, mères de familles, jeunes filles et garçons, se bousculent au quotidien pour obtenir chacun 20 litres d’eau de ménage à raison de 20 francs congolais (environ 0,02 dollar).Au total 37 autres bornes-fontaines, dont est parsemée une petite partie de Mpasa, ont été construites par la Coopération technique belge (CTB) avec l’appui de l’ambassade de Belgique en RDC. Mais elles ne peuvent fournir de l’eau qu’à environ un quart seulement de la population à raison de 25 litres d’eau à 50 FC (0,05 dollar).Ces bornes-fontaines ont été réalisées en 2008 et tirent l’eau du principal forage construit par la CTB avec l’appui de l’ambassade de Belgique en RDC au cours de la même année.«Ces forages sont de rares sources où la population peut venir se procurer l’eau potable à un coût accessible, même si on est obligé de faire la queue pendant longtemps», affirme Aimée Fidèle Kasela, une mère de cinq enfants de moins de 15 ans. Kasela est une des rares mères ayant été à l’école et ayant un minimum de moyens pour se procurer régulièrement l’eau à la borne-fontaine payante et s’offrir le service d’un porteur pour transporter l’eau jusqu’à domicile.Mbenga Kitoko, un habitant du village depuis deux ans, est un de ceux qui se font payer 200 FC (environ 0,2 dollar) par cargaison d’environ 100 litres, quelle que soit la distance à parcourir. Mais il ne peut gagner plus de 600 FC par jour (moins d’un dollar) car les distances sont longues et il n’est pas assez fort.

    Mpasa est un village où la pauvreté est dominante, où il n’existe aucune école publique et où l’illettrisme bat le record, affirme Lingwe à IPS. Alors, rien d’étonnant que la population n’ait pour tout recours que les eaux des rivières, du reste salées et impropres à la consommation, renchérit la sœur Negro.

    En une demi-journée, près de la rivière «Tala Ngaï» ('regarde-moi' en Lingala, une langue parlée dans l’ouest de la RDC), IPS a décompté environ 300 personnes : femmes, jeunes filles et garçons. Certaines femmes ont affirmé qu’elles y viennent chaque jour pour se laver et puiser de l’eau de ménage. Elles ne peuvent accéder aux bornes-fontaines payantes, faute d’argent ou en raison de leur éloignement.

    Un sceau sur la tête et un bidon rempli d’eau à la main, Deborah, 12 ans, révèle à IPS : «Je viens ici tous les jours pour puiser de l’eau et j’en profite pour me laver. Je me lave une fois par jour». A côté d’elle, Jimmy, 13 ans, fait le même exercice au quotidien. Tous deux, depuis qu’ils étaient plus petits, parcourent environ 20 kilomètres à pied chaque jour pour venir chercher de l’eau à la rivière «Tala Ngaï» et pour s’y laver afin d’économiser le peu d’eau qu’ils peuvent rapporter à la maison.«En plus du fait que très peu de gens peuvent se laver plus d’une fois, nul ne peut utiliser plus de 10 litres pour se laver», souligne à IPS, Louis Yimba, un habitant de la localité et membre de l’Association pour le développement de Mpasa. D’un geste de découragement, il déplore «l’indifférence totale de l’Etat et de la société civile face à la misère de la population de Mpasa».

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