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RD CONGO: Une quête violente de l’autonomie au Katanga

    By Maurice Wa ku Demba

    LUBUMBASHI, 10 avr (IPS) – Les «Maï-maï kata Katanga», un des groupes rebelles actifs au Katanga, dans le sud-est de la République démocratique du Congo (RDC), revendiquent violemment l’autonomie de cette province. Ils estiment que les retombées des riches gisements miniers du Katanga ne leur profitent pas.

    Les Maï-maï sont constitués des gens venus de plusieurs ethnies du Katanga et sont présents dans cinq territoires du nord de la province. Mais aucune statistique n’est disponible sur leur nombre. 'Maï' signifie «l’eau» et 'kata Katanga' veut dire «couper le Katanga» en swahili. Le groupe s’appelle Maï-maï parce que ceux qui l’intègrent se font asperger d’une potion magique fétiche qui les rendrait invulnérables aux balles qui glisseraient sur leur corps comme de l’eau quand on leur tire dessus.

    Quelque 350 insurgés du groupe «Maï-maï Kata Katanga» ont fait irruption le 23 mars à Lubumbashi, la capitale provinciale du Katanga. Habillés en tenues civiles, avec des bandelettes vert, rouge et blanc autour de la tête, ces insurgés étaient armés de lance-roquettes, d’une trentaine de fusils AK 47, de lances-javelots, flèches, et fétiches. Ils venaient du territoire de Kasenga, au nord de la province.«Nous sommes fatigués de l’esclavagisme, pourtant nous avons déjà été libérés», chantaient-ils, se référant à la déclaration de l’indépendance du Katanga décrétée en juillet 1960 par le défunt président de l’Etat sécessionniste du Katanga, Moïse Tshombe, qui voulait se séparer du reste du Congo-Kinshasa.

    Pour ces combattants, les richesses minières du Katanga ne profitent pas aux autochtones. Ce qui motiverait leur revendication violente de l’autonomie de cette province.

    Sur la place de la Poste à Lubumbashi, les rebelles ont déchiré le drapeau de la RDC qu’ils ont remplacé par leur propre étendard pour symboliser l’occupation de la ville. Ils ont également tenté de prendre le gouvernorat et le siège de l’Assemblée provinciale, mais sans succès.

    Mis en déroute par les Forces armées congolaises de la RDC (FARDC), les rebelles se sont rendus au quartier général de la Mission d’observation des Nations Unies pour la stabilisation du Congo (MONUSCO) après des affrontements armés. Bilan: 33 morts dont 26 insurgés, trois soldats de la FARDC et quatre civils, puis 60 blessés parmi lesquels 47 insurgés.

    Un malaise très ancien

    Les «Maï-mai kata Katanga» ne sont pas à leur première aventure. En 2010, ils avaient déjà hissé leur drapeau à la même place publique à Lubumbashi. Ils sont aussi considérés comme les auteurs de plusieurs attaques dont deux contre l’aéroport de Lubumbashi et une contre la prison d’où ils ont fait évader leur chef Gédéon Kyungu en octobre 2011.

    Les Maï-mai affirment ne pas jouir des richesses de leur province. «Pour la seule année 2012, les entreprises minières opérant au Katanga ont versé au Trésor public plus de 96 millions de dollars de redevances», affirme à IPS un cadre de ce groupe sous anonymat. «C’est l’un des exemples qui montre que nous sommes une riche province, mais le niveau de vie à l’intérieur ne reflète pas cette richesse».

    Les principales richesses minières exploitées au Katanga sont le cuivre, le cobalt et l’or.

    Les «Maï-mai kata-Katanga» devaient être entendus au même titre que le M23 et les autres mouvements rebelles très actifs dans l’est du RDC et dont certains sont soutenus par le Rwanda, déclare Alexandre Kawaya, député provincial du Katanga, membre de la majorité présidentielle qui soutient le président congolais Joseph Kabila.«Nous avons des généraux, des directeurs d’entreprises…venus des rebellions. Mais ces citoyens (les Maï-mai) ont fait autrefois le bouclier de Lubumbashi pour empêcher l’infiltration des forces étrangères. Il faut les approcher, les entendre…», confie Kawaya à IPS.

    De son côté, Fabien Mutomb, député de l’opposition, estime que l’impunité dont jouissent ces insurgés après leurs différentes attaques, prouve la complicité de l’Etat. «Toutes les enquêtes diligentées par le pouvoir n’ont donné aucun résultat», dit-il, ajoutant qu’il s’agit d’une mise en scène des animateurs des institutions publiques nationales et locales.

    Des voies de sortiePour le président de la société civile du Katanga, Jean-Pierre Muteba, «Les événements du 23 mars (à Lubumbashi) sont l’expression de la révolte». La solution réside dans le dialogue national avec toutes les forces vives de la République, affirme-t-il à IPS.

    Mais Timothée Mbuya, responsable de 'Justicia ASBL', une association sans but lucratif, a une autre opinion. «Face aux forces négatives qui ont contraint ce jour à l’errance plus de 340.000 personnes au Katanga, estimant qu’il faut remuer le levier de la violence pour se faire entendre, il n’y a pas d’autre voie de sortie que la réforme de l’armée et des services de sécurité infiltrés par des étrangers», dit-il à IPS.

    Selon Mbuya, «l’armée et les services de sécurité congolais sont devenus fragiles parce qu’ils obéissent à plusieurs ordres. Donc, si ces services sont débarrassés des éléments étrangers, ils peuvent mieux sécuriser le pays et faire face à d’éventuelles attaques, internes ou externes».

    Toutefois, le ministre congolais de l’Intérieur et de la Sécurité, Richard Muyej, déclare attendre l’aboutissement de l’enquête initiée par le gouvernement sur les événements de Lubumbashi. C’est son résultat, indique-t-il, qui déterminera les responsabilités, et les coupables seront poursuivis en justice.

    Environ deux semaines après cette attaque, le chef de l’Etat a suspendu pour «manquement grave» le général Michel Ekuchu, le commandant de la 6ème région militaire basée à Lubumbashi.«Cela ne va rien résoudre», estime Fidèle Ramazani, un cadre de la Coordination de l’organisation du référendum pour l’autodétermination du peuple katangais (CORAK), un autre mouvement rebelle dans la province.

    Selon lui, si l’Etat devient une «représentation des confrontations jamais résolues et que l’insatisfaction et le désespoir s’installent, la solution efficace et durable réside dans la refondation de l’ensemble de la structure étatique».

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