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REFUGIES: Les Libériens ont du mal à accueillir les Ivoiriens en fuite

    By Tamasin Ford

    NIMBA COUNTY, Libéria, 22 déc (IPS) – Albertine Yahwah s’assied sur un banc en bois dur, berçant son petit bébé dans ses bras. Cette femme de 20 ans a marché depuis la Côte d’Ivoire avec ses deux enfants et son mari pour atteindre cette petite ville de l’autre côté de la frontière au nord du Libéria.

    Elle a fait le long et pénible trajet dans ses pantoufles, à travers des forêts et par-dessus des ponts brisés, en évitant les grandes routes. Cela lui a pris trois jours. Epuisée et affamée, la jeune mère explique pourquoi elle s’est enfuie de sa maison et du pays qu’elle aime."Dans mon village, pendant le vote, les gens de Gbagbo venaient nous forcer à voter pour eux, ensuite les gens de Ouattara venaient vous forcer à voter pour eux. C’est pourquoi j’ai eu peur et que je suis venue", dit-elle.Albertine vient de Danane, le centre du nord détenu par les rebelles d’Allassane Ouattara. L’ancien Premier ministre a été déclaré nouveau président aux élections de novembre avant que les tribunaux renversent le résultat.Le président en exercice Laurent Gbagbo qui a le soutien du sud chrétien, a fait une revendication opposée de la victoire, mais le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté une résolution visant à reconnaître officiellement Ouattara comme président. Le pays est maintenant divisé, avec deux présidents qui essaient de revendiquer le pouvoir.L’armée et les forces de sécurité soutiennent Gbagbo alors que Ouattara a le soutien des anciens rebelles, des Nations Unies, des dirigeants africains et de l’Occident."Si vous votez pour Gbagbo, et il ne gagne pas, ils vous feront du mal, ou si vous votez pour Alassane et il ne gagne pas, c’est la même chose", déclare Albertine. La jeune mère et sa famille ne savent que trop ce que c’est que d’être témoin oculaire d’une guerre. Il y a huit ans, des milliers de personnes sont mortes pendant le conflit entre le nord musulman détenu par les rebelles et le sud chrétien contrôlé par le gouvernement.Certaines parties de sa ville natale ont été complètement détruites dans les bombardements. Ils sont maintenant en fuite, pris de panique, en pensant que les violents combats que la plupart ont connus en 2002 pourraient se répéter. Au moins 20 personnes sont déjà mortes dans les affrontements à Abidjan, ravivant les craintes selon lesquelles le pays pourrait retomber dans une guerre civile."J’ai eu peur de marcher sur la route principale", déclare Albertine. "Nous n’avions rien mangé [depuis trois jours]. Lorsque nous traversions [la frontière], les gens ont eu pitié de nous et ils nous ont donné à manger".Le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) indique que le nombre officiel est proche de 4500 et que ce dernier est en hausse. Mais d’autres ONG (organisations non gouvernementales), le Conseil danois des réfugiés et 'Equip Liberia', déclarent que depuis que le combat a éclaté dans certaines parties du pays, les contrôleurs de la frontière sont envahis par des Ivoiriens qui essaient de se rendre au Libéria. La plupart, disent-ils, sont des femmes, des enfants et des personnes âgées et qu’ils sont plus de 5000. Ils séjournent chez des familles libériennes, au lieu de camps de réfugiés."Depuis l’arrivée des Ivoiriens, les choses sont difficiles", déclare Samuel Woleh, chef de famille de 10 enfants à Karnplay, ville voisine. Woleh héberge cinq Ivoiriens dans la petite cabane en terre battue de sa mère. "L’année dernière, nous n’avions pas du tout fait un champ, donc les choses deviennent très difficiles. Avant leur arrivée, nous préparions six mesures de riz par jour, maintenant, nous en préparons 10", dit-il.Le Libéria est en train de se remettre encore de 14 années de guerre civile. Le pays ne produit pas suffisamment de nourriture pour nourrir sa propre population, donc un afflux de réfugiés, surtout pendant la saison des fêtes, pèse sur les villes et les villages de la région frontalière."La politique du Libéria n’est pas d’être en position de servir de camp", déclare George Francis Iwa du Conseil danois des réfugiés. "Si leurs parents et amis viennent de la Côte d’Ivoire, ils doivent être au début en mesure d’amortir le choc mais la capacité est très limitée", dit-il.

    Le HCR et le Programme alimentaire mondial déclarent qu’ils ont de provisions et de fournitures suffisantes pour 10 mille réfugiés au maximum.A une heure de Karnplay, le long d’une piste poussiéreuse et sinueuse se trouve Kissiplay, une petite ville qui a juste une école et qui ne possède pas de clinique. Depuis que les Ivoiriens ont commencé à fuir, la région a plus que doublé en densité."Ici, la situation est qu’il n’y a pas de nourriture. Le peu de nourriture que nous avons ici est celle que nous partageons avec la population", affirme Peter Duo, le chef local de Kissiplay. "Nous n’avons pas de toilettes ni d’eau potable de bonne qualité non plus. Ici, toute la population a faim", ajoute-t-il.Plus d’un millier de réfugiés ivoiriens sont entassés dans les petites cabanes en terre battue de la ville. Les familles libériennes ont offert le peu de place qu’elles ont à leurs voisins désespérés. Ils ont été aussi dans une situation similaire pendant la guerre civile du Libéria.Bien qu’on soit en train de rendre disponible la nourriture et les fournitures, une autre inquiétude est l’eau potable et la ressource humaine dans les cliniques de la région. "Nous avons informé le HCR que nous sommes en train de connaître un afflux de patients, que nous avons donc besoin de soutien supplémentaire", déclare J. Romax Zizi Jr, le chargé du centre de santé de référence de la région."Ces patients sont surtout ici à cause du paludisme, des infections aiguës de la voie respiratoire qui sont liées à la toux et aux infections sexuellement transmissibles", ajoute-t-il.'Equip Liberia', une ONG qui gère la plupart des plus petites cliniques situées le long des régions frontalières, déclare que son personnel est en train de signaler aussi une augmentation du nombre de patients. Les organisations humanitaires et le gouvernement libérien sont en train de travailler dur pour soutenir les réfugiés ivoiriens.Le gouvernement libérien affirme qu’il ne renverra pas les gens en Côte d’Ivoire et qu’il a des projets pour remédier à la situation si elle s’intensifie. La nourriture et les fournitures sont en train d’être transportées depuis les magasins des villes pour être distribuées aux régions frontalières. Mais si la violence se propage en Côte d’Ivoire, l’incidence sur les pays voisins serait grave.

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