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REPORTAGE-SYRIE-KURDES: Ces Kurdes qui retrouvent une liberté grâce à la crise en Syrie

    Karlos Zurutuza

    GIRKE LEGE, 26 août (IPS) – Suite à une vague de protestations durant la fin de juillet, le président syrien Assad a décidé d'alléger son contrôle sur la région kurde du pays. Les dirigeants kurdes locaux affirment désormais contrôler plus de la moitié de la zone, y compris les points de passage à la frontière syro-irakienne.

    Un contrebandier demande 200 dollars (160 euros) mais Jewan négocie pour pouvoir lui payer la moitié. Cela reste trop élevé pour ce jeune kurde syrien de 26 ans mais il ne peut plus attendre. Beaucoup de gens veulent quitter la Syrie mais Jewan veut y entrer. Il se trouve en Irak, près de la frontière avec la Syrie et la Turquie, à plus de 1.000 kilomètres de la capitale Damas.

    Jewan habite en Irak et cela fait déjà trois ans qu'il n'a plus revu sa famille. « La dernière fois, j'ai été arrêté et torturé pendant 27 jours uniquement parce que j'étais membre d'une organisation de jeunesse », dit-il en compagnie de son passeur. « Après ça, mes parents ont dû payer 2000 dollars (1600 euros) à la police pour que je sois libéré. ​​J'ai fui la Syrie vers le Liban via la Turquie et j'ai ensuite décidé de revenir dans la région du Kurdistan en Irak. »

    PKK

    Après quelques minutes, nous sommes aveuglés par les lampes de poche des « peshmergas », les soldats de l'armée du Kurdistan irakien. Nous pouvons suivre la lumière sur quelques centaines de mètres de là pour rejoindre le poste frontière syrien. A mi-chemin, nous rencontrons une camionnette pick-up qui roule sans lumière. Ces voyageurs se présentent comme des combattants du PKK, des rebelles kurdes luttant contre la Turquie. Nous devons aller avec eux, mais pas avant que d'autres voyageurs nous rejoignent dans l'obscurité.

    « C'est tout ce que j'ai », déclare Asma, la cinquantaine, en montrant son sac sur le siège avant. «J'ai fui il y a 32 ans le même lopin de terre, alors que j'étais en train d'allaiter ma fille. Elle ne verra plus jamais sa ville natale, car elle est morte en luttant contre la Turquie dans les montagnes. »

    Sur la route, nous rencontrons Rafik, le frère de Jewan. Il a attendu à cet endroit pendant des heures. Ils s'embrassent une fois sur la joue gauche et trois fois sur la joue droite comme le veut l'usage local. « Le route vers la maison est sécurisée, vous n'avez pas à vous inquiétez," assure-t-il.

    Jewan fait partie de ces 40 millions de Kurdes qui vivent dispersés entre la Turquie, l'Iran, l'Irak et la Syrie. En Syrie, les Kurdes représentent entre deux et quatre millions de personnes. Il n'y a pas de chiffre disponible sur le nombre de Kurdes qui retournent vers la Syrie. Certains disent qu'il n'y a qu'un petit nombre qui retourne vivre dans le pays mais il est difficile de faire une estimation aussi longtemps que la région n'est pas stable.

    Arabisation

    Il y a peu de circulation sur la route. Parfois, on allume un flambeau à l'épaule. « Une grande partie de cette terre était la nôtre, mais Assad les ont donné à des familles arabes du sud », explique Jewan. « Cette région est également riche en or », ajoute-t-il.

    L'avènement au pouvoir du parti Baath en 1963 a conduit à l'arabisation de toute la Syrie. Les Kurdes, le deuxième groupe ethnique du pays, ne pouvait plus parler leur langue. De nombreux Kurdes n'étaient même considérés comme des citoyens. Certains ont été déportés et des occupants arabes ont commencé à vivre dans leur région.

    Maintenant, les couleurs kurdes – le vert, le rouge et le jaune – ont retrouvé une place sur les murs peints. A Girke Lege, c'est le drapeau kurde qui flotte dans les airs. « La zone est totalement sous notre contrôle », a déclaré l'un des combattants à l'entrée de la ville.

    Il n'est plus question de conclure un traité avec Assad, précise Saleh Muslim, le président du Parti de l'Unité démocratique, le principal parti kurde dans le pays. « Nous sommes le deuxième groupe ethnique de la Syrie et Damas ne peut tout simplement pas faire face à un autre front dans le pays."

    Beaucoup de gens pensent que le régime syrien agite la menace d'une région kurde autonome pour élargir le conflit à la Turquie.

    Musique

    Girke Lege ne ressemble pas aux autres villes syriennes. Il n'y a pas de destruction mais juste de la musique, des maisons de thé et des magasins partout. Les partis politiques qui étaient auparavant dans la clandestinité gardent à présent leurs bureaux publics ouverts jusque tard la nuit. Contre toute attente, les Kurdes semblent avoir retrouvés la liberté au milieu de cette crise.

    « J'avais entendu parler de la situation, mais je n'arrive toujours pas à croire ce que je vois », a déclaré Jewan transporté de joie alors qu'il peut à nouveau acheter un cadeau pour sa famille avec de l'argent syrien.

    Sa mère peut difficilement retenir ses larmes quand elle embrasse son fils. L'arrivée de Jewan l'a surpris. Mais Jewan aussi était surpris de revoir son oncle et sa tante de Damas, ils ont apparemment fui la violence. « Il y a vingt ans, nous sommes allés à Damas à la recherche d'une vie meilleure », explique sa tante Alian. « Aujourd'hui, nous ne savons pas si nous pourrons un jour y retourner vivre ».

    (FIN/IPS/2012)

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