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RWANDA: Poursuivre son chemin après 100 jours de génocide

    By Edwin Musoni

    KIGALI, 9 avr (IPS) – Bernard Kayumba, le maire du district de Karongi, dans l'ouest du Rwanda, se souvient exactement de ce à quoi ressemblait le fait d'avoir été pris dans le génocide qui a fait près d'un million de morts en 100 jours il y a 19 ans.

    Bien qu'il n'existe pas de chiffres probants sur le nombre de personnes tuées, on estime que 800.000 Tutsis minoritaires et Hutus modérés ont perdu la vie dans ce massacre qui a commencé après que l'avion transportant le président rwandais, Juvénal Habyarimana, et son homologue burundais, Cyprien Ntaryamira, a été abattu au-dessus de la capitale rwandaise, Kigali, le 6 avril 1994.

    La plupart des morts étaient des Tutsis, et une grande partie de ceux qui ont perpétré les violences étaient des Hutus. Mais selon un rapport intitulé "Ne laissez personne raconter l’histoire: le génocide au Rwanda", publié par 'Human Rights Watch' en 1999. "Beaucoup de Tutsis qui sont en vie ont survécu grâce à l'action des Hutus, soit un seul acte de courage de la part d'un étranger ou la fourniture de la nourriture et la protection pendant plusieurs semaines par des amis ou des membres de famille".

    Karongi, qui était autrefois appelé préfecture de Kibuye, a été le site de deux massacres en 1994, qui ont entraîné la mort de milliers de personnes pendant juste quelques jours.

    Beaucoup ont fui la ville pour se réfugier dans ses églises et écoles. Mais quelque 30.000 Tutsis ont fui vers les collines de Bisesero, à environ 40 kilomètres de la ville, dans l'espoir d'échapper aux violences.

    Kayumba était l'un d'entre eux. Mais alors qu’il n'y a pas un bilan officiel sur le nombre de morts là-bas, on estime que des dizaines de milliers de personnes ont été tuées dans ces collines. Kayumba a survécu.

    Il avait 19 ans à l'époque, mais il n'a pas oublié les massacres et leurs conséquences.

    "Je sais ce que signifie le fait de rater l'école, je sais ce que signifie le fait d'avoir faim soi-même. Alors, quand j’apporte de l'aide aux personnes vulnérables dans mon district (en tant que maire), je suis le plus impartial", a-t-il déclaré à IPS puisque le pays commence sa semaine de commémoration du génocide du 7 au 13 avril.

    Kayumba a dit qu'il est le maire de Karongi aujourd'hui grâce à l'aide qu'il a reçue pour ses frais d’inscription à l’université auprès du projet gouvernemental appelé le Fonds d’appui et d’aide aux rescapés du génocide (FARG).

    Ce fonds a été créé par le gouvernement en 1998 pour soutenir les quelque 300.000 survivants du génocide et bénéficie d’environ six pour cent du budget annuel du Rwanda.

    "Je suis reconnaissant en effet, parce que le FARG a fait de moi ce que je suis aujourd'hui. Le fonds a payé mes frais d’inscription à l’université. Sans lui, je ne sais pas ce que je serais devenu", a indiqué Kayumba.

    Depuis sa création, le FARG a dépensé au total 127 millions de dollars, principalement dans des frais de scolarité pour les 68.367 élèves dans les écoles secondaires et pour plus de 13.000 étudiants dans les établissements d'enseignement supérieur qu'il appuie.

    Le gouvernement rwandais n’a introduit la gratuité de l'enseignement primaire et secondaire dans le pays qu’en 2010. Et selon le Fonds des Nations Unies pour l'enfance, environ 60 pour cent de la population du pays vit en dessous du seuil de pauvreté de 1,25 dollar par jour.

    Le fonds aide aussi les survivants à accéder aux soins de santé, tout en fournissant de nouvelles maisons et une assistance sociale.

    Toutefois, il n'a pas été sans controverses. Il y a eu des informations indiquant une mauvaise gestion du fonds.

    En 2011, le journal local 'New Times' a rapporté que le FARG a été contraint d'abandonner quelque 19.000 bénéficiaires – 30 pour cent de tous les bénéficiaires de l'époque – qui ont été déclarés inéligibles.

    Il a également fait l’objet d’un examen minutieux pour la qualité de ses projets immobiliers.

    En 2011, le commissaire général aux comptes du Rwanda avait affirmé que les maisons ne valaient pas l’argent dépensé par le FARG sur leur construction. L’audit a été effectué entre 2006 et 2007 et le rapport avait également indiqué: "Un nombre important de survivants du génocide et d’autres personnes nécessiteuses ciblées qui avaient été retenues pour bénéficier de son financement, ont toujours besoin d’aide en termes d’abri puisque certaines d’entre elles n’en ont vraiment pas profité".

    Toutefois, les responsables du fonds ont affirmé que sur les 300.000 survivants du génocide, tous sauf 500 familles, avaient reçu de nouvelles maisons. Ils ont déclaré que d’ici à décembre 2013, le reste aurait leurs maisons. Les responsables du fonds ont également indiqué à IPS que sur les 40.000 maisons qui ont été construites pour les survivants, 15.000 ont été bâties avec l’argent du FARG. Le reste a été construit par les bailleurs du gouvernement, qui comprennent des ONG, des ambassades et des églises.

    "Certaines maisons étaient construites à la hâte en 1995 par des personnes de bonne volonté puisque la fourniture d’abris était une grande priorité, alors beaucoup d’attention n’était pas accordée (à la qualité du travail) des contractants", a expliqué à IPS, Théophile Ruberangeyo, le directeur général du FARG.

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