Home » Afrique, Developpement, Droits de L'Homme, Economie et Travail, Headlines, Politique, Reportage d'Afrique »

SAHARA OCCIDENTAL: Pas de percée à l’horizon

    By Analyse de Mustapha Elouizi

    RABAT, 11 sep (IPS) – L’affaire du Sahara occidental s’enlise: pas de solution à l’horizon, c’est l’impasse. Le Maroc veut rompre avec le représentant personnel du secrétaire général des Nations Unies, Christopher Ross. Mais Ban Ki-Moon le maintient. Le Polisario menace de reprendre les armes.

    Depuis mai 2012, les négociations sont bloquées entre les deux parties belligérantes, le Maroc et le Polisario.

    Les observateurs ont cru que le dernier entretien téléphonique – avant fin-août – entre le roi Mohammed VI et le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon, avait désamorcé, une fois pour toute, la crise. Ce n’est pas le cas. Rabat a certes laissé entendre, quelques jours après, qu’elle a bien tourné la page du retrait de confiance en l’émissaire de l’ONU.

    Mais le représentant du royaume marocain à l’ONU, Mohamed Loulichki, a déclaré à l’hebdomadaire 'Jeune Afrique', au début de ce mois, que «le problème du Sahara a besoin d’un nouveau médiateur». Qui croire à travers ces différentes déclarations?

    Pour Mustapha Naïmi, universitaire spécialiste du conflit du Sahara qui dure depuis 1975, «il n’y a pas de conflit de fond entre l’ONU et le Maroc. C’est sûr, l’émissaire onusien ne partira pas, au moins jusqu’à la fin de son mandat, lequel ne va certainement pas être prorogé». Mais, poursuit-il, «le Maroc veut surtout souligner la partialité du représentant personnel…», ajoutant que l’ONU «a saisi le message et affirmé qu’il n’y a pas de changement au niveau de sa mission au Sahara».

    Ali Anouzla, journaliste spécialisé sur ce dossier, estime, au contraire, que l’annonce par le Maroc du retrait de sa confiance en Ross est «une grave erreur de la part de la diplomatie marocaine et que Rabat en paye les pots cassés», indiquant que «le secrétaire général était clair et net, son représentant personnel sera maintenu dans son poste».

    De toute façon, explique Naïmi, «les Nations Unies n’ont jamais opté, dans le passé, pour cette possibilité (faire partir un représentant personnel), elles ne le feront pas aujourd’hui, mais attendront la fin du mandat de Ross, pour garder la face».

    Par des canaux officieux, Ban a transmis à Rabat son mécontentement de la position marocaine. D’autant plus que «l’ONU n’a jamais reçu de correspondance officielle mettant en cause la prestation du représentant personnel», soulignent des sources diplomatiques marocaines.

    Dans un communiqué de l’ONU publié le 25 août, suite au coup de fil avec le roi, Ban indique que «l’ONU n’envisageait pas de modifier les termes d’exercice de sa médiation qui a pour objectif la promotion d’une solution politique mutuellement acceptable à ce différend». Il ajoute: «Mon envoyé personnel et mon nouveau représentant spécial rempliront, dans les limites du cadre précis tel que fixé par le Conseil de sécurité, leurs mandats relatifs à l’avancement du processus de règlement de la question du Sahara».

    Parallèlement, le Polisario, qui lutte pour l’autodétermination du peuple sahraoui, bat ses tambours de guerre. Sa direction annonce qu’elle est prête à reprendre les armes. Réel ou juste un chantage? Certains observateurs estiment que ces menaces sont sérieuses, les autres pensent qu’il s’agit de simples manœuvres politiques.

    Dans un entretien accordé en août dernier au journal basque espagnol 'Gara', le chef du Polisario, Mohamed Abdelaziz, a déclaré que «face aux obstacles dressés contre le processus des négociations, nous retournerons à la lutte armée, et de manière plus ardente».

    Mounia Rahimi, une experte dans l’affaire du Sahara, pense que ces menaces sont «sérieuses et ne rentrent pas dans le cadre de la consommation diplomatique et ce, depuis que Rabat a proposé son plan d’autonomie».

    Auteur d’un livre intitulé «Le conflit du Sahara occidental, dans la stratégie du département d’Etat américain», Rahimi, chercheuse en sciences politiques et stratégiques, affirme que «le cessez-le-feu ne signifie aucunement la fin de la guerre… puisque le Polisario n’a jamais abandonné la thèse de l’indépendance du Sahara».

    Mais, l’universitaire Naïmi ne partage pas cette opinion, estimant que «le Polisario n’est pas à sa première menace. La chanson est rabâchée chaque fois que l’ONU est saisie sur un point pareil, mais il est pratiquement impossible de retourner aux armes, sinon ce sera dans une guerre maroco-algérienne». Et il ajoute: «Même les Etats-Unis sont très inquiets de la circulation des armes dans la région du Sahel, et du rôle du Polisario dans ce marché».

    Même avis chez Anouzla, seul journaliste marocain ayant été autorisé à couvrir le dernier congrès du Polisario. Pour lui, «le retour aux armes est une décision algérienne, mais il faut noter que ni les conditions d’Alger, ni la conjoncture régionale et internationale ne permettent actuellement de penser à cette piste, ce qui en fait une simple manœuvre».

    Et comme d’habitude, les deux parties montent, entre deux phases de négociation, sur le cheval des droits humains. Sur ce point, Naïmi et Anouzla sont d’accord que le Maroc a encore du chemin à faire, admettant que le rapport préliminaire de la Fondation Robert Kennedy n’a pas totalement tort. Le rapport, publié début-septembre, accable le Maroc, l’accusant de commettre des «exactions et des violations des droits humains contre des activistes indépendantistes sahraouis». Mais, le Maroc estime que le rapport manque de «visions objectives».

    Naïmi et Anouzla ajoutent que le Polisario est mal placé pour donner des leçons de respect des droits humains. La reprise des négociations n’est probablement pas pour demain.

    comment closed

    Tag Cloud

    Africa Centrale Asia/Pacifico Culture, Religion, Sport East Africa Education Energy Global Affairs Orient Peace and conflict Population, Refugies Science, Technologie Southern Africa Spécial Culture,Religion et Genre Travail West Africa