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SAHEL: "Une année catastrophique" car une crise de la faim menace la région

    By Kristin Palitza

    NOUAKCHOTT, 17 fév (IPS) – Sur les huit gouvernements dans le Sahel – une zone aride située entre le désert du Sahara en Afrique du nord et les savanes du Soudan au sud – sept ont pris la décision sans précédent de déclarer des urgences puisque 12 millions de personnes dans la région sont menacées de faim.

    Le Burkina Faso, le Tchad, le Mali, le Niger, la Mauritanie, le Cameroun et le Nigeria ont tous appelé à l’aide internationale pour éviter une nouvelle crise de la faim sur le continent. Seul le Sénégal, qui organisera les élections présidentielles à la fin de ce mois, s’est abstenu d’annoncer une urgence, en grande partie pour des raisons politiques.

    "C’est une année catastrophique. La sécheresse est forte. Nous avons besoin d’une intervention rapide pour éviter une famine", prévient Ahmed Weddady, un directeur national au ministère de l’Eau et de l’Assainissement de la Mauritanie – le pays qui dispose de la plus faible quantité d’eau potable au monde – qui a connu la pire baisse des récoltes dans la région. Un tiers de sa population souffre déjà d’une grave insécurité alimentaire.

    Après qu’une sécheresse a détruit une grande partie des récoltes dans le Sahel l’année dernière, les populations rurales à travers la région ont commencé à manquer de nourriture au début de février. C’est-à-dire six bons mois avant d’espérer les prochaines récoltes.

    Mais les pays riches du monde, affligés par des crises financières et venant juste de dépenser des millions de dollars dans l’aide d’urgence durant la famine survenue en Somalie l’année dernière, mettent du temps à répondre aux appels. A peine la moitié des 650 millions de dollars, dont les Nations Unies seules ont besoin, a été promise. D’autres agences humanitaires disent qu’elles manquent également de fonds.

    Le piège: plus les donateurs attendant longtemps, plus des vies seront perdues et plus il sera coûteux d’aider, déclare José Luis Fernandez, coordonnateur régional des catastrophes de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture. "C’est la leçon que nous avons tirée en Somalie. Nous n’avons pas de temps à perdre. Nous devons mobiliser le soutien maintenant".

    Il faut 10 à 20 fois plus de temps pour acheminer des vivres par pont aérien dans une zone touchée que de les envoyer par bateau. De même, il coûte 80 dollars par jour pour traiter un enfant malnutri, alors qu’il coûterait seulement un dollar par jour pour prévenir la malnutrition chez l’enfant si cet argent était investi d’avance dans des programmes de développement.

    Le problème dans le Sahel est que justement, de tels programmes de développement à long terme existent à peine. La région souffre de sécheresses cycliques qui ont conduit à une faiblesse de la résistance au sein de la population. Même dans une année "normale", la moitié de tous les enfants de moins de cinq ans – les plus vulnérables – souffrent de malnutrition chronique. Cela signifie que le pas à franchir pour atteindre une crise de la faim de grande envergure est petit.

    Les changements climatiques, combinés avec la croissance démographique, la pauvreté aiguë, un accès faible des pauvres aux services de base, le changement des types de migration et une faible gouvernance, la concurrence pour les ressources rares et le potentiel des conflits se sont intensifiés dans une région où la majorité est dépendante de l'agriculture pluviale et du bétail pour survivre.

    C'est pourquoi les experts en développement insistent sur le fait que l'aide d'urgence ne peut qu’aider le Sahel dans le court terme, alors que des programmes structurels à long terme sont nécessaires pour aider la région à créer la résistance aux sécheresses récurrentes.

    "De tels programmes devraient comprendre des investissements dans le développement agricole, la santé et les services de protection sociale, l'eau et l'assainissement ainsi que l'adaptation aux changements climatiques", a indiqué Johannes Schoors, directeur national de l’organisation internationale CARE au Niger, où davantage de gens souffrent de la faim du fait de la sécheresse.

    Même si tous les fonds nécessaires ont été promis, la fourniture d’une aide humanitaire sera difficile et complexe. Le Sahel est une vaste région tentaculaire, où beaucoup de villages se situent dans des endroits reculés et inaccessibles, faisant d’elle est un casse-tête du point de vue de la logistique pour distribuer de la nourriture et d’autres vivres.

    "Parce que les gens vivent très dispersés, la logistique est compliquée et coûteuse. Les distances pour atteindre les personnes touchées sont énormes, les routes dans un état très mauvais et parfois inexistantes", souligne Schoors.

    Ce qui rend la situation encore pire, c'est la récente recrudescence des violences dans la région. En janvier, des combats ont éclaté entre l'armée du Mali et des rebelles touaregs nomades qui veulent une patrie souveraine, tandis que le Nigeria est confronté à des violences perpétrées par la secte islamiste Boko Haram, combinées avec les opérations en cours menées par Al-Qaïda au Maghreb islamiste, un groupe régional d'Al-Qaïda.

    Selon le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), qui tente d'apporter une aide vitale aux enfants gravement malnutris dans la région, les premiers camions de ravitaillement ont été empêchés d'atteindre les zones d'insécurité alimentaire au Niger, qui est frontalier avec le nord du Nigeria.

    "Il devient de plus en plus difficile d'atteindre les gens qui sont dans le besoin. Nous sommes confrontés à des difficultés similaires dans le nord du Mali. Nous présageons une période de grande instabilité dans la région", s'inquiète Félicité Tchibindat, conseillère régionale pour la nutrition en Afrique occidentale et centrale à l’UNICEF.

    Les conflits ont poussé beaucoup de personnes à fuir leurs maisons. Au moins 22.000 réfugiés avaient afflué vers la Mauritanie, le Burkina Faso et le Niger au début de février, traversant la frontière pour entrer dans des zones les plus exposées à l'insécurité alimentaire dans ces pays.

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