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SAHEL: La sécheresse affecte les Camerounais des zones urbaines

    By Ngala Killian Chimtom

    YAOUNDE, 5 mars (IPS) – Sala Aminata, une ménagère originaire de la division de Logone-et-Chari, dans la région de l'Extrême Nord du Cameroun, regarde ses six enfants avec appréhension pendant qu’elle pense à comment les nourrir avec son maigre salaire.

    "J'avais l'habitude d'acheter un sac de maïs à 24,5 dollars", dit-elle. Mais aujourd’hui, il coûte 34,5 dollars, ce qui fait presque un tiers de son revenu mensuel de 101 dollars seulement. Et ce n'est pas le maïs seul qui a augmenté de prix. Un sac de sorgho rouge est passé à 28,4 dollars contre 20,4 dollars l'année dernière. "Les prix des denrées alimentaires sont à la hausse et nous sommes trop pauvres pour supporter cela", se plaint-elle.

    La hausse des prix des denrées alimentaires vient après qu’une sécheresse, l'année dernière, a détruit une grande partie des récoltes dans le Sahel – une zone aride située entre le désert du Sahara en Afrique du nord et les savanes du Soudan, au sud.

    Les populations rurales à travers la région ont commencé à manquer de nourriture depuis le début de février, six mois avant d’espérer les prochaines récoltes. Et tous les gouvernements dans le Sahel, à l'exception du Sénégal en pleine élection, ont appelé à l’aide internationale puisque 12 millions de personnes dans la région sont menacées par la faim.

    Le Programme alimentaire mondial (PAM) a prévenu que quelque 400.000 personnes pourraient être touchées par la faim dans les régions du Nord et de l'Extrême Nord du Cameroun si des vivres d'urgence ne sont pas reçus d'ici à la fin de mars. Dans une enquête réalisée sur la sécurité alimentaire dans ces deux régions, le PAM affirme qu’il faudra au moins 40.000 tonnes de vivres pour sauver les personnes menacées par la faim.

    "La production céréalière a chuté de 30.000 tonnes en 2011, par rapport à 2010", déclare Lazare Ilonga, le directeur de la sécurité alimentaire dans la Région du Nord au ministère de l'Agriculture et du Développement rural. Il impute cette baisse à la sécheresse qui a frappé la région en 2011.

    "Dans la division de Logone-et-Chari et dans d'autres parties des régions du Nord et de l'Extrême Nord, il n'y a pas eu une goutte d’eau l'année dernière; il y a eu de fines pluies seulement au début du mois d’octobre. Alors, les cultures n'ont pas reçu assez d'eau pour pousser", souligne Ilonga. Il ajoute que Garoua, une ville portuaire dans la région Nord du Cameroun, reçoit entre 500 mm et 1.000 mm de pluie chaque année. "Mais l'année dernière, il y avait des zones où les pluies ne sont pas du tout tombées".

    Ilonga ajoute que les stocks alimentaires du gouvernement, dans un entrepôt à Garoua, ont besoin d'être augmentés pour passer de six à huit tonnes avant la fin de mars afin d’éviter que les enfants souffrent de malnutrition et meurent.

    "Pour l'instant, nous avons besoin de cibler des groupes vulnérables comme les enfants qui ne peuvent pas survivre sans manger pendant plus d'une journée", a-t-il dit. Il a expliqué que les deux tonnes supplémentaires de vivres aideraient à sauver la vie des enfants et des femmes enceintes pendant que le pays attend que les agences humanitaires internationales apportent une aide alimentaire.

    La faim et la malnutrition sont endémiques dans la partie nord du Cameroun, située dans les zones agro-écologiques sahélienne et soudano-sahélienne. Cette région a souffert de crises alimentaires au cours de ces trois dernières décennies comme une conséquence des catastrophes naturelles ou causées par l'Homme.

    Une Analyse sur la sécurité alimentaire et la vulnérabilité, menée en 2007 par le PAM, a révélé qu’une faible production agricole, des niveaux d'instruction et de revenu bas, ainsi que l'insuffisance des infrastructures sont responsables de la vulnérabilité et de l'insécurité alimentaire dans cette région.

    Cette crise alimentaire qui menace soulève également des inquiétudes par rapport à la sécurité. En 2008, environ 100 personnes sont mortes dans des affrontements au Cameroun puisque les gens ici et dans les nations pauvres à travers le monde protestaient contre la hausse des prix des denrées alimentaires. "Nous devons éviter une répétition du scénario de 2008", a déclaré à IPS par téléphone, Gambo Haman, gouverneur de la région Nord.

    Le Cameroun dépense en moyenne 122 millions de dollars chaque année pour importer du riz, le sorgho et le millet. L'année dernière, les baisses dans la production de riz ont conduit à l'importation de 80.000 tonnes, évaluées à 240 millions de dollars.

    Il se peut que cela arrive un peu trop tard, mais au début de l'année, le gouvernement du Cameroun avait annoncé qu'il investirait dans le secteur agricole. Lors d'une réunion des hauts cadres du ministère de l'Agriculture et du Développement rural, le ministre, Essimi Menye, affirme qu'il est grand temps que le Cameroun fasse des progrès dans le secteur agricole.

    "Nous devons voir l’impact de l’agriculture dans notre économie", dit-il.

    Il indique qu'il est choquant d'entendre parler de Camerounais "qui ont faim alors que nous disposons d’une superficie de terres arables de 7,2 millions d'hectares".

    Mais, il y a eu très peu d’investissement dans le secteur, avec seulement 26 pour cent du total des terres arables qui sont actuellement cultivées.

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