Home » Afrique, Developpement, Economie et Travail, Headlines, Politique, Reportage d'Afrique »

SANTE-AFRIQUE DU SUD: Les décès liés au VIH ralentissent l’économie

    By Kristin Palitza

    LE CAP, 3 fév (IPS) – S'il n'y avait pas le VIH/SIDA, l'Afrique du Sud aurait 4,4 millions d’habitants de plus qu'aujourd'hui, la taille d'une grande ville. Ce ralentissement significatif de la croissance démographique est en train de freiner la croissance économique et entraîne des problèmes sociaux, préviennent des chercheurs.

    De nouvelles données publiées par l’organisation 'South African Institute for Race Relations' (Institut de recherche sur les relations raciales en Afrique du Sud -SAIRR) montrent que l'Afrique du Sud devrait théoriquement compter 55 millions de citoyens cette année. Mais elle ne dispose que d'une population de 50,6 millions d'habitants.

    D’ici à 2040, la population du pays aurait été de 77,5 millions d’habitants sans le SIDA – 24,1 millions de personnes de plus que les projections pour cette année.

    "La baisse de la croissance démographique a un impact négatif sur l'Afrique du Sud, parce que le groupe le plus touché par le VIH et le SIDA est âgé de 15 à 49 ans, et constitue la partie la plus productive de la population", explique Thuthukani Ndebele, un chercheur du SAIRR pour les données publiées le 23 janvier.

    "Si cette tranche d'âge continue de mourir tôt, nous verrons un impact social et économique aigu dans tout le pays", prévient-il. L’Afrique du Sud perdait rapidement une grande partie de sa main-d'œuvre et de ses compétences, ce qui a conduit à la perte de la productivité.

    Cette analyse de l'institut – qui est basée sur des statistiques provenant de la 'Actuarial Society of South Africa' (Société actuarielle d’Afrique du Sud) et du 'South African Institute for Future Research' (Institut sud-africain de recherche sur l'avenir) – montre que près d'un tiers de tous les décès en 2011 étaient liés au SIDA. D’ici à 2025, cette proportion devrait augmenter pour atteindre davantage 121 pour cent de décès dus au SIDA qu’il y en avait en 2000, selon le SAIRR.

    Les experts économiques ne doutent pas que cela ralentisse la croissance économique. "Une épidémie comme celle-ci, qui touche une large proportion de la population, a indéniablement un impact économique négatif", confirme David Hornsby, un chercheur au Département des relations internationales à l'Université de Witwatersrand à Johannesburg. "Elle limite le nombre de personnes instruites et qualifiées qui participent à la production, à l'esprit d'entreprise, à l'innovation et au développement".

    Le SAIRR prédit en outre que le nombre total de personnes vivant avec le VIH/SIDA atteindra six millions en 2015, ce qui est le double du nombre enregistré en 2000. "Cela devrait être une alerte sérieuse pour l'Afrique du Sud. Ce serait une grave crise pour le développement économique et social du pays d’atteindre un nombre aussi élevé d'infections et de décès liés au VIH", explique Hornsby.

    Non seulement le VIH/SIDA réduit l'espérance de vie et augmente la mortalité, mais il est aussi largement responsable de problèmes sociaux plus grands tels que la création des orphelins et les ménages dirigés par des enfants. En 2009, environ deux millions d'enfants sud-africains avaient perdu un ou les deux parents, selon le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF).

    "Près d'un tiers de la population d'Afrique du Sud, soit 31 pour cent, a moins de 15 ans aujourd'hui", souligne Dr Siobhan Crowley, chargé de la survie et du développement de l'enfant à l'UNICEF. "Cela signifie un grave déséquilibre de la population. Et le gouvernement sud-africain a du mal à fournir l'appui dont ces jeunes ont besoin, en termes d'éducation, de protection sociale et de santé".

    Le grand nombre d'orphelins dans cette tranche d'âge, ainsi que de ménages dirigés par les grands-parents a commencé à créer un niveau élevé de dépendance du système de protection sociale, ce qui demande une part toujours plus grande du budget national du pays.

    Des organisations sud-africaines de protection sociale confirment la persistance de niveaux croissants de misère due au VIH/SIDA. "Le nombre de familles nécessiteuses, les personnes qui sont incapables de satisfaire leurs besoins les plus fondamentaux, augmentent constamment", prévient Bernice Roeland, directrice de l’organisation non gouvernementale 'AIDS Response' (Réponse au SIDA), basée au Cap.

    Elle s'inquiète du fait que sans un effort concerté pour éviter de nouvelles infections à VIH et traiter les infections existantes plus efficacement, la charge future sur le système de protection sociale d'Afrique du Sud deviendra bientôt insupportable.

    "Des questions telles que la protection sociale, la santé, la sécurité alimentaire, la pauvreté et le logement sont toutes étroitement liées entre elles", explique Roeland. "Si les investissements à long terme dans notre population, en particulier dans nos enfants, ne sont pas très suffisants, le système social pourrait finir par s'effondrer".

    Les chercheurs du SAIRR disent qu'ils sont particulièrement préoccupés par l'augmentation de la charge que le VIH/SIDA aura sur le système de santé publique. Selon la Banque mondiale, l'Afrique du Sud a dépensé presque neuf pour cent de son produit intérieur brut sur la santé en 2009 – presque le double du montant que la plupart des pays développés affectent au secteur. Ce pourcentage pourrait augmenter encore plus dans un proche avenir.

    "Neuf pour cent est un montant important. Il se peut que les budgets de la santé augmentent encore plus, si les gouvernements veulent empêcher le VIH/SIDA d’avoir un impact davantage plus négatif sur l'économie qu'il l’a déjà", affirme Ndebele, indiquant que parce que les personnes séropositives vivent plus longtemps grâce au traitement salvateur avec une médication anti-rétrovirale, elles font également de fortes dépenses sur les soins de santé avant leur décès.

    "Les décès dus au SIDA coûtent donc au gouvernement beaucoup d'argent. Ce n'est pas comme mourir dans un accident de voiture", souligne Ndebele.

    comment closed

    Tag Cloud

    Africa Centrale Asia/Pacifico Culture, Religion, Sport East Africa Education Energy Global Affairs Orient Peace and conflict Population, Refugies Science, Technologie Southern Africa Spécial Culture,Religion et Genre Travail West Africa