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SANTE-BENIN: Gérer les déchets biomédicaux pour protéger la vie des populations

    By Ulrich Vital Ahotondji

    COTONOU, 19 mars (IPS) – Aicha, 15 ans environ, vend des épices sous forme de poudre au marché Dantokpa, la plus grande place commerciale du Bénin, à Cotonou, la capitale économique. Mais, les emballages qu’elle utilise sont des flacons de sérum et de pénicilline vidés de leur contenu.

    «Ma maman va souvent trier les bouteilles au Centre national hospitalier universitaire (CNHU) ou dans certains centres de santé où nous avons des amis. On lave ensuite les bouteilles et on les remplit avec les condiments tels que les crevettes en poudre, le piment rouge, le gingembre…», déclare Aicha à IPS.Ces flacons font partie des déchets biomédicaux qui devraient subir un traitement professionnel. Raymond Da Silva, le surveillant général du CNHU, affirme: «Nous essayons de faire ce que nous pouvons en incinérant nos déchets. Mais la question des bouteilles de sérum reste un casse-tête pour toutes les formations sanitaires du Bénin».

    Il avertit aussitôt pour dire que ces flacons ne sont pas sains pour la santé humaine: «Ne prenez jamais au marché des amuse-gueule ou des épices emballées dans ces flacons. C’est à vos risques et périls».Selon un décret du 15 novembre 2002 portant gestion rationnelle des déchets biomédicaux au Bénin, est considéré comme déchet biomédical tout déchet d’origine biologique ou non résultant des activités médicales ou paramédicales.Amina Sylla, chef service gestion des déchets biomédicaux à l’organisation non gouvernementale (ONG) Bethesda, désapprouve le manque d’intérêt des centres de santé à bien gérer leurs déchets. «Dans leurs têtes, ils n’acceptent pas de sortir de l’argent pour des déchets, et pourtant nous gérons les déchets d’une quarantaine d’hôpitaux» de Cotonou et environs. Elle indique que Bethesda leur prend 200 francs CFA (environ 40 cents US) par kilogramme de déchets.Nikita Topanou, environnementaliste, président de Flambeau du progrès, une ONG locale chargée de la collecte des déchets ménagers dans la commune d’Abomey-Calavi, dans le sud du Bénin, déplore les déchets biomédicaux mélangés aux déchets ménagers lors de leur travail. «Une attitude irresponsable que nous nous employons à décourager. Nous faisons surtout de la sensibilisation pour que toutes les formations sanitaires gèrent professionnellement leurs déchets».A Porto-Novo, la capitale politique du Bénin, dans le sud-est, les centres de santé peinent à gérer professionnellement leurs déchets. Pourtant, Bethesda constate que certains centres de la ville refusent de payer pour faire enlever leurs déchets, souligne Sylla IPS.A Parakou, dans le nord-est du Bénin, le Centre hospitalier départemental (CHD) dispose d’un incinérateur qui est utilisé par plusieurs autres centres de santé de la ville. Issa Mama Djibril, directeur du CHD, explique à IPS: «Nous essayons de gérer au mieux nos déchets et sommes très utiles à tous les hôpitaux qui nous entourent. La grande difficulté est comment veiller à ce que nos agents fassent le travail dans les normes, ce qui n’est pas évident».A Hêvié, une banlieue éloignée de Cotonou, l’ONG Bethesda a acquis un vaste domaine hors agglomération pour rester conforme à la réglementation en vigueur exigeant que les établissements d’incinération soient à plus de 200 mètres dernières les habitations. Elle y convoie tous les déchets collectés dans ses hôpitaux partenaires pour procéder à leur incinération de façon professionnelle.«J’arrive à brûler huit bidons de 50 kg par jour si l’incinérateur marche bien. Mais en cas de panne, je n’en fais que trois», indique Célestin Houndjo, le gérant du site.

    Par contre à Pahou, environ 26 kilomètres de Cotonou, Bethesda a un autre site d’incinération des déchets biomédicaux, qui est en pleine agglomération parce qu’il existait avant l’installation des populations. «Nous travaillons la nuit. Dans la journée, les populations se plaignent de la fumée et des gaz qui s’échappent de l’incinérateur», explique à IPS, Yaovi Koffi, le gérant du site.

    Ces gaz peuvent se révéler très toxiques, selon Eustache Houéto, directeur du laboratoire Précis Plus. «Lorsque la combustion est incomplète, il peut y avoir du monoxyde de carbone. Or, un environnement riche en monoxyde de carbone est très pauvre en oxygène», souligne-t-il. «Les personnes vivant dans ces milieux peuvent suffoquer, développer des toux persistantes et même mourir d’asphyxie. On peut aller jusqu’à dire que le mauvais traitement des déchets biomédicaux réduit l’espérance de vie des populations».Dr Agossou Sènami, un spécialiste ORL affirme que «le traitement non adéquat des déchets biomédicaux peut provoquer un effet abrasif – lié à la muqueuse nasale. Les individus exposés vont développer des rhinites, des sinusites et même un cancer. Les liquides mal gérés entraînent rapidement des infections nosocomiales – contractées en milieu hospitalier».Conscient des défis de ce secteur, le ministère de la Santé du Bénin, à travers la Direction de l’hygiène et de l’assainissement de base, tente de jouer son rôle. «Nous faisons essentiellement de la formation, de la sensibilisation et du suivi dans les 34 zones sanitaires que compte le Bénin, avec plus de 1.000 unités sanitaires privées et publiques», ont indiqué à IPS, Pie Djivo et Achille Kangni, qui sont les points focaux de la gestion des déchets biomédicaux au ministère.Un guide de gestion des déchets biomédicaux dans la ville de Cotonou, a été produit par le Bénin en coopération avec le Canada en décembre 2008. Il recommande une clarification des rôles et responsabilités des acteurs impliqués en vue d’un bon fonctionnement du système.

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