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SANTE-CONGO-BRAZZAVILLE: La gratuité du traitement ouvre l'accès à plus de malades du SIDA

    By Arsène Séverin

    BRAZZAVILLE, 23 jan (IPS) – "Ce matin (mardi), une malade a été surprise lorsque nous lui avons remis ses 5.000 FCFA (10 dollars) de contribution mensuelle, pour dire que le traitement aux ARV (anti-rétroviraux) est vraiment gratuit depuis une semaine", a déclaré mardi à IPS, Nazaire Bakala, un médecin de Pointe-Noire, la deuxième ville du Congo-Brazzaville.

    "Beaucoup de malades ne croient pas parce qu'ils ont passé de longues périodes à payer cette contribution à notre centre pour avoir accès au traitement", a indiqué au téléphone Dr Bakala, médecin au Centre de traitement ambulatoire (CTA) des malades du SIDA de Pointe-Noire. "Maintenant nous confirmons la gratuité".Il a ajouté : "Nous ne savons pas quand les stocks des ARV (anti-rétroviraux) dans notre pharmacie vont prendre fin. Pour l'heure, la Centrale d'achat des médicaments, qui est à Brazzaville, nous a approvisionné suffisamment".Les quelque 16.500 malades du SIDA au Congo-Brazzaville, dont l'état clinique nécessite un traitement anti-rétroviral, bénéficient de la gratuité des soins depuis le début de cette année.

    Le traitement gratuit a démarré au début de ce mois au Centre hospitalier et universitaire (CHU) de Brazzaville, la capitale congolaise, qui abrite un des deux CTA du pays. Avant, les patients étaient soumis à une participation financière pour accéder régulièrement au traitement.

    Annoncée par le président congolais Denis Sassou Nguesso, le 31 décembre, la gratuité du traitement en faveur des malades du SIDA est donc entrée en vigueur dans les faits. La pharmacienne du CHU, Thérèse Mboundza, a déclaré, au cours du lancement de l'opération, que les stocks des médicaments anti-rétroviraux étaient "suffisants"."Il y a assez de médicaments, c'est pourquoi nous appelons tous les malades à passer prendre gratuitement…leurs médicaments". Mais, elle a précisé qu'il s'agissait uniquement des "malades sous traitement".Selon le gouvernement, sur 120.000 porteurs du virus du SIDA, 16.500 ont cliniquement besoin d'être mis sous traitement ARV. Mais, avant la gratuité, seulement 5.361 malades étaient placés sous ARV à Brazzaville et à Pointe-Noire, les deux principales villes qui abritent les CTA de ce pays d'Afrique centrale.

    Tous les malades ne peuvent pas être mis sous traitement ARV. "Tous les patients n'ont pas besoin d'ARV. Il faut arriver à un taux CD4 inférieur à 200 pour être mis sous ARV", explique Dr Marie Francke Puruehnce, secrétaire exécutive permanente du Conseil national de lutte contre le SIDA.Le taux de CD4 mesure le niveau des cellules immunitaires chez une personne vivant avec le VIH et le SIDA. Lorsque le taux est inférieur à 200, la personne doit se mettre sous traitement ARV."Le gouvernement s'attelle à réunir les conditions d'instauration d'une gratuité du dépistage et du suivi clinique, ainsi que la réalisation du bilan d'inclusion et de suivi biologique à compter du 1er avril 2007", a annoncé, par ailleurs, le ministre de la Santé et de la Population, Alphonse Gando. "La prévention et la prise en charge du VIH/SIDA constituent, pour le gouvernement, une véritable urgence".Les 5.361 malades, qui suivaient ce traitement, payaient un montant forfaitaire de 5.000 francs CFA (environ 10 dollars) par mois pour le coût des médicaments. En dépit de quelques rares problèmes, la plupart des malades versaient jusque-là leurs contributions, selon des sources hospitalières.Les autres malades, en majorité les nantis, qui ne sont pas pris en charge par des centres médicaux privés, déboursent assez d'argent pour supporter leur traitement mensuel.

    "Nous vendons les trois boîtes des anti-rétroviraux pour le traitement mensuel à 180.000 FCFA (environ 360 dollars) et les cinq boîtes à 270.000F CFA (540 dollars). Nous vendons des produits de qualité; et nos clients sont nos malades et des gens qui ont assez de moyens financiers", a révélé à IPS, un médecin d'un centre médical privé de Pointe-Noire, qui a requis l'anonymat.

    Pourtant, les autorités sanitaires interdisent au personnel soignant de vendre directement des médicaments aux malades à l'hôpital. Mais, les médecins des centres médicaux privés ont des réseaux par lesquels ils reçoivent les ARV et les revendent aux malades nantis qui ne peuvent pas venir s'aligner à l'hôpital.D'autres soi-disant produits ARV sont vendus à travers des réseaux incontrôlés, un peu comme des médicaments de la rue et des copies pirates. "Nous sommes dans un pays où les frontières sont poreuses et plusieurs réseaux vendent les anti-rétroviraux, les faux, sous les manteaux, dans les restaurants et les cafés de Brazzaville", déplore Dr Boniface Okouya, président du Syndicat des pharmaciens du Congo.Mais les malades, qui n'ont pas d'argent pour acheter les médicaments, meurent après des complications. Les médecins expliquent que si le malade reste longtemps sans traitement, il sera difficile de le soigner, parce qu'il aurait développé une phase complexe de la maladie.

    "Nous constatons que plusieurs malades, qui se sentant forts, ne vont plus chercher leurs médicaments. Nous avons instauré dans nos conseling (conseils) la prise obligatoire des médicaments quel que soit l'état du patient", a expliqué à IPS, Thierry Maba, vice-président du Réseau national des ONG de lutte contre le SIDA.Selon des statistiques officielles, quatre pour cent des trois millions d'habitants du Congo-Brazzaville sont séropositifs. Les malades sont en majorité dans les grandes villes comme Brazzaville et Pointe-Noire, avec un taux de prévalence de plus de cinq pour cent.

    Par ailleurs, le nombre de femmes enceintes malades du SIDA est de plus en plus croissant, indiquent des ONG qui luttent contre la pandémie. Cette situation est confirmée par le Fonds des Nations unies pour l'enfance qui parle de 7.500 jeunes femmes et adolescentes de 19 à 24 ans, touchées par la pandémie.Les malades du SIDA trouvent, dans cette opération, un motif de soulagement, car ils sont nombreux à témoigner avoir été abandonnés par leurs familles.

    "Si cela peut continuer, nous serons un peu soulagés. Au début, j'ai dépensé assez d'argent pour me soigner, jusqu'à ce que je me ruine. Les parents m'ont apporté de l'aide, mais quand ils ont su que j'avais le SIDA, ils m'ont fui", affirme Georges*, un malade enregistré au CTA de Brazzaville. "Vraiment, cette mesure est un soulagement pour nous; et nombreux sont dans mon cas"."C'est vraiment extraordinaire. On me disait que le traitement du SIDA coûtait très cher. Mais là, j'ai eu la chance d'être prise en charge gratuitement. Je n'ai même pas payé mes examens de CD4, et j'ai commencé le traitement sans payer le moindre sou", témoigne aussi à IPS, Julienne*, un des quatre derniers patients mis sous ARV en janvier au CTA de Brazzaville.A Pointe-Noire, la gratuité a également été décrétée dans certains centres de dépistage volontaire qui se trouvent dans les quartiers populaires. Avant, il fallait payer environ deux dollars pour un dépistage.En 2004, la Banque mondiale avait accordé au gouvernement congolais une subvention de 19 millions de dollars pour le Projet de lutte contre le VIH/SIDA et santé. Ce projet consistait à installer des centres de dépistage dans cinq départements du pays, qui comptent les trois quarts de la population congolaise et où le taux de prévalence est relativement plus élevé.

    A Sibiti par exemple, dans le sud-ouest, aucun mécanisme de dépistage n'existe. Pourtant, c'est la localité la plus touchée du pays avec plus de 10,3 pour cent d'infectés sur ses 18.000 habitants, selon des statistiques officielles.En 2006, le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme, a donné 45 millions de dollars au Congo pour poursuivre les actions de prévention et de prise en charge des malades du SIDA pendant cinq ans.

    (* Ce sont des noms d'emprunt pour protéger l'identité des malades).

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