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SANTE-COTE D’IVOIRE: Des soins gratuits aux populations éprouvées par la crise

    By Fulgence Zamblé

    ABIDJAN, 14 juin (IPS) – Le gouvernement a décidé de prolonger la gratuité des soins de santé aux populations éprouvées par la crise postélectorale en Côte d’Ivoire. La première opération, qui a duré plus d’un mois – du 1er mai au 5 juin – a permis de soulager des milliers de personnes, selon les autorités sanitaires.

    "Une évaluation de la première phase est en cours pour déceler les éventuelles insuffisances. Mais face à l’engouement et à la forte demande de prestations, il était nécessaire de poursuivre la gratuité des soins", explique à IPS, Ousmane Aïdara, chargé de communication au ministère ivoirien de la Santé.

    Au Centre hospitalier et universitaire (CHU) de Treichville, une commune du sud d’Abidjan, la capitale économique, l’affluence, qui avait fortement baissé ces derniers jours avec la fin de la première période de gratuité, a repris. Dans les couloirs qui mènent des salles d’attente aux salles d’hospitalisation et de consultations, le personnel médical a du mal à se frayer un chemin, a constaté IPS.

    Fatou Diabaté, 36 ans, une ménagère accompagnée de ses trois enfants, est arrivée à pied de Campement, un quartier précaire de la commune de Koumassi (sud d’Abidjan), situé à environ 3,5 kilomètres de Treichville. Ses enfants âgés de deux ans à sept ans ont le visage partiellement couvert de furoncles qui sont, selon les médecins, des boutons enflammés se trouvant sous la peau, et encombrés de pus.

    "C’est une maladie récurrente chez mes enfants et je n’avais pas les moyens de les soigner. Mais aujourd’hui, nous bénéficions d’un traitement régulier, ce qui a estompé quelque peu le mal", indique-t-elle à IPS. "La consultation ainsi que les médicaments m’ont été offerts".

    Soulagée, Diabaté affirme: "Pour nous autres, il est encore impossible, dans ce contexte difficile, d’avoir à l’idée de se battre au quotidien pour assurer la pitance de la famille, et en même temps penser à des cas de maladie". Elle dit ne pas pouvoir s’acheter une plaquette de Paracetamol, qui ne coûte pourtant que 200 francs CFA (environ 0,44 cent US). Elle souhaite donc une prolongation à long terme de la gratuité des soins.

    De son côté, Daouda Soro, 42 ans, menuisier à Adjamé (centre d’Abidjan), déclare avoir perdu ses économies pendant la crise, après avoir été obligé d’évacuer en urgence sa femme et ses quatre enfants dans le nord du pays. Ces dernières semaines, il souffrait régulièrement de paludisme, mais ne pouvait se rendre à l’hôpital parce son activité ne tourne pas encore à plein régime pour lui procurer suffisamment d’argent.

    "Je suis resté au lit deux jours durant, sans le moindre traitement. C’est quand j’ai été informé de la gratuité des soins que je me suis rendu au centre de santé", raconte-il à IPS. "Les infirmiers m’ont d’abord fait des perfusions et à la sortie, j’ai reçu un lot de médicaments. Maintenant, je viens à la consultation pour me rassurer que je suis totalement guéri".

    Bertin Adjoumani, 29 ans et sans emploi, souffre d’une hernie depuis trois mois. En dépit d’un réveil très matinal, il n’a pu trouver que la dixième place dans une longue queue d’environ 75 personnes venues en consultation. Il espère qu’on lui fera une intervention chirurgicale parce qu’il souffre beaucoup.

    Sans grands moyens, Adjoumani se contentait de traitements à base de plantes traditionnelles pour calmer les douleurs périodiques de son mal. Maintenant, il peut se faire soigner à l’hôpital. "J’ai reçu l’assurance que tout allait bien se passer. Et l’important, c’est que je ne débourse aucun centime", se réjouit-il.

    "Nous faisons l’effort de satisfaire tout le monde. Seulement, les choses ne se présentent pas aussi facilement", déclare Amélie Kouamé, aide-soignante au CHU de Treichville. Elle souhaite que les autorités "trouvent un mécanisme pour renflouer les caisses des hôpitaux et centres de santé car une partie du personnel est rémunérée grâce aux frais des consultations. Or depuis que la gratuité des soins est entrée en vigueur, cette catégorie n’a pas perçu de salaire", confie Kouamé à IPS.

    Le directeur général de l’hôpital général de Koumassi, Narcisse Alla Koffi, relève que dans les hôpitaux, "il y a souvent une rupture de médicaments, surtout ceux destinés aux traitements de pathologies fréquentes comme le paludisme".

    Il énonce par ailleurs d’autres difficultés qui pourraient contrarier l’opération. "Avec les nombreuses prestations et consultations, le personnel commence à être à bout de souffle… et puis, il y a de faux malades qui viennent ici pour faire des stocks de médicaments", indique-t-il.

    Selon Koffi, cet hôpital, qui avait l’habitude de recevoir entre 25 et 30 patients par jour, est désormais confronté à 200, voire 300 consultations. L’hôpital compte une douzaine de médecins dont six généralistes.Aminata Dosso, infirmière en chef dans cet hôpital, explique que des pathologies liées aux conséquences de la crise sont aussi diagnostiquées. "C'est au cours de nos consultations que nous sommes parvenus à détecter le choléra, avec 48 cas pour trois décès la semaine dernière (8 juin)". Les tas d'immondices n'avaient pas été ramassés dans la zone durant la crise postélectorale, indique-t-elle.

    "A Abobo (nord d'Abidjan), nos collègues font face également aux cas de béribéri (maladie due à la malnutrition) qui a déjà causé la mort d'une dizaine de personnes et provoqué la paralysie d'autres habitants de la commune. Pendant la crise, une grande partie de la population ne se nourrissait que de riz, sans d'autres aliments vitaminés", ajoute Dosso.Dans une déclaration datée du 8 juin, l’organisation on gouvernementale (ONG) internationale 'Save the Children' a salué la suppression du paiement, par les usagers, des frais de santé "qui a permis aux personnes les plus vulnérables d’avoir accès au traitement".

    L’ONG a appelé les autorités ivoiriennes à supprimer de façon permanente ces frais et fait un plaidoyer pour l’introduction graduelle d’un système de santé universel gratuit.

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