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SANTE: Des Ivoiriens s’occupent d’une odeur nauséabonde européenne

    By Robbie Corey-Boulet

    ABIDJAN, 26 sep (IPS) – Nouma Camara, un couturier de 40 ans, se souvient de s’être réveillé le 20 août 2006 par une odeur qu'il a décrite comme quelque chose de catastrophique, à Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire.

    Sa maison dans le village d’Akouédo, à Abidjan, se trouve à côté d'un grand dépotoir à ciel ouvert où des déchets toxiques avaient été déversés la nuit précédente. Presque immédiatement, les symptômes ont commencé à apparaître: nausée, maux de tête, irritation des yeux, des ampoules qui se forment sur la partie de sa peau qui était exposée.

    Sa femme, qui portait une grossesse de huit mois à l'époque, avait fui vers un village dans le nord du pays, préoccupée par la sécurité de leur enfant. Camara avait finalement quitté aussi pendant un bref moment.

    "Nous ne pouvions pas rester ici parce que nous ne voulions pas sentir cette odeur nauséabonde", a-t-il déclaré à IPS, se référant à ce qui, selon d'autres victimes, ressemblait à un mélange d'ail, de gaz et d’œufs pourris.

    Six ans plus tard, des ampoules se forment encore régulièrement sur ses mains, l’éloignant des vêtements qui sont dans sa boutique pendant des jours. Bien que d’importantes sommes d’argent aient été allouées à l’indemnisation dans le cadre des accords relatifs au déversement de déchets toxiques sur 18 sites différents de la capitale économique de cette nation d’Afrique de l’ouest, Camara est l'une des nombreuses victimes qui n'ont jamais reçu un seul dollar.

    Les autorités ivoiriennes ont dit que la décharge de déchets toxiques par Trafigura, la firme multinationale basée en Europe qui a créé ces déchets, a fait au moins 15 morts et poussé plus de 100.000 habitants d'Abidjan à rechercher un traitement médical.

    Le mardi 25 septembre, 'Amnesty International' et 'Greenpeace International' ont publié les résultats d'une enquête conjointe de trois ans, qui tente de raconter toute l'histoire du scandale.

    Le rapport a recommandé que le Royaume-Uni poursuive des enquêtes criminelles contre Trafigura et a exhorté la Côte d’Ivoire à revoir un accord de 2007 pour 200 millions de dollars avec la firme, qui lui garantissait l'immunité contre des poursuites dans le pays.

    Audrey Gaughran, directrice Afrique de 'Amnesty International', a affirmé à IPS qu'elle croyait que le rapport a fourni "une image si solide que nous pensons que cela est possible en dehors d'une étude épidémiologique sur seulement la façon dont les victimes ont été touchées". Il indique également les voies dans lesquelles les programmes d'indemnisation n’ont pas atteint les objectifs fixés.

    Un long voyage à AbidjanLe rapport a décrit le chemin tortueux de ces déchets depuis les Emirats Arabes Unis à Abidjan en passant par l'Europe, et accuse Trafigura d'avoir exploité la faiblesse dans l’application du droit international pour essayer de s'en débarrasser. Mais Gaughran a déclaré que cela ne constituait pas une excuse pour que les crimes qui ont été commis restent impunis.

    "Ce qui s'est passé ici est que les lois internationales n’ont pas été bien appliquées parce que nous avions affaire à un acteur qui se déplaçait de juridiction en juridiction et de pays en pays", a souligné Gaughran. Ce sur quoi nous travaillons, c’est la pleine responsabilité afin que les victimes reçoivent l’indemnisation à laquelle elles ont droit".

    Selon le rapport, Trafigura a soumis de grandes quantités d'une essence non raffinée appelée 'naphta de cokéfaction' à un processus de génération de déchets appelé lavage caustique. Elle a ensuite tenté de décharger les déchets dans diverses localités en Europe puis au Nigeria avant qu’une filiale ne s’associe avec une société nouvellement agréée pour les décharger à Abidjan.

    Les déchets ont été déversés dans au moins 18 sites différents à travers la ville, y compris près des maisons et des écoles.'Amnesty International' et 'Greenpeace International' ont déclaré que bien que Trafigura n'ait pas déversé les déchets elle-même, elle a joué un rôle qui "n'a jamais fait l'objet d'une procédure judiciaire complète".

    Dans une réponse envoyée à 'Amnesty International' et plus tard sur le site web de la multinationale, Trafigura a affirmé que le rapport contient "d’importantes inexactitudes et déformations".

    Elle a déclaré également que le rapport "simplifie à l’excès les questions juridiques difficiles, les analyse sur la base d’hypothèses mal fondées et tire des conclusions sélectives qui ne reflètent pas convenablement la complexité de la situation des procédures judiciaires".

    "Les tribunaux dans cinq juridictions ont examiné différents aspects de l'incident, et des décisions ainsi que des accords ont été pris. Il est tout simplement faux de suggérer que les problèmes n'ont pas bénéficié d’un examen judiciaire scrupuleux", a indiqué Trafigura.

    La firme a contesté en outre les totaux des victimes dénombrées par le gouvernement ivoirien, affirmant que les déchets pouvaient avoir causé seulement des "symptômes de grippe et d'anxiété de faible niveau".

    Les malheurs de l’indemnisation

    Trafigura est d’accord que la mise en œuvre des programmes d’indemnisation a été parfois "regrettable". En 2007, Trafigura et la Côte d’Ivoire avaient conclu un accord selon lequel la société verserait environ 200 millions de dollars pour le dédommagement et le nettoyage tout en bénéficiant d’une immunité contre les poursuites.

    Mais Gaughran a déclaré qu’un programme gouvernemental de répartition a dû être arrêté pour des "allégations d'irrégularités", et on ne savait pas clairement si toutes les victimes identifiées par le gouvernement avaient reçu de paiements.

    En 2009, Trafigura avait accepté de verser 45 millions de dollars pour régler une plainte déposée par 30.000 victimes au Royaume-Uni, mais la répartition a été de nouveau corrompue – cette fois dans un scandale qui a conduit à la démission, en mai 2012, du ministre ivoirien de l'Intégration africaine, Adama Bictogo. Quelque 6.000 victimes dans cette affaire n'ont pas reçu l'argent qui leur était dû, selon le rapport.

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