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SANTE-INDE: L’avortement massif des filles en Inde menace l’équilibre démographique

    UTTAR PRADESH, 26 octobre (IPS) – (Al Jazeera) – En Inde, l’accès aisé à l'échographie et la préférence traditionnelle pour les garçons ont conduit à l’avortement massif des filles au sein de la population. La pratique est si répandue que l'équilibre entre les hommes et les femmes dans ce pays est à présent menacé.

    En 2011, l'Inde compte seulement 914 filles de moins de six ans pour 1000 garçons dans la même catégorie d’âge. En 2001, le pays comptait 927 filles pour 1000 garçons. L’écart est aujourd’hui le plus important depuis l'indépendance du pays en 1947.

    « Chaque jour, je reçois des gens pour une demande d'avortement », déclare le gynécologue Neelam Singh. Le docteur Singh a un bureau situé dans l'Uttar Pradesh, soit l'État le plus peuplé de l'Inde. Dans une population de 200 millions personnes, il y a 10 millions d’hommes en plus que les femmes. « Les parents pensent qu'il est important d’avoir un fils dans la famille. Ils veulent conserver le nom de famille. Pour moi, c'est la forme la plus méprisable de discrimination envers les filles ».

    « L'Inde doit faire face à une série de facteurs qui conduisent à l'infanticide et à l'avortement sélectif », explique Valérie Hudson, professeur de sciences politiques à l'Université de Brigham Young. Elle cite la dot que les filles doivent payer à leur futur mari comme la principale raison de cette discrimination. Le mariage d'une fille peut ainsi coûter une fortune à une famille. « C'est la raison pour laquelle une fille est presque perçue comme une voleuse dans des familles riches ». La question de l'héritage et l'espoir que le fils prendra soin de ses parents pendant leur vieillesse contribuent aussi à la préférence pour les garçons.

    Malgré tout cela, l'Inde affiche toujours une meilleure situation que la Chine en matière d’équilibre démographique où l’on compte 100 femmes pour 121 hommes. Mais en 2020, on estime que 15 à 20 % des hommes dans certaines régions de l'Inde ne trouveront pas de femmes. « Dans le Pendjab, il y a des villages entiers sans fille de moins de cinq ans », affirme le démographe Rohini Pande Prabha. « Dans certains districts, il n'y a que 700 filles pour 1000 garçons ».

    Les troubles sociaux

    La pénurie de femmes peut conduire à des problèmes sociaux. « Si 15 % des jeunes hommes adultes ne peuvent pas former de famille, ils peuvent se sentir éliminés du système », explique Hudson. Les hommes pauvres sont les grands perdants de cette situation. « Les données historiques démontrent une influence claire de ce déséquilibre sur les taux de criminalité, de violence et de rébellion contre l'Etat ».

    Le gouvernement indien a réalisé un recensement en 1991 en arrivant à la conclusion qu’il était nécessaire de légiférer pour interdire l’avortement effectué sur une simple préférence sexuelle. « La loi est stricte mais les gens trouvent des moyens pour la contourner », déclare Mohammad Asif qui travaille pour Plan India. « Ils cherchent d'autres hôpitaux loin de la maison et procèdent à l’avortement en donnant une fausse adresse. Il y a des failles dans la loi et l'administration devrait agir contre des cliniques illégales équipés de matériel échographique ».

    Mais tous les experts ne considèrent pas le succès de l'imagerie médicale comme le plus grand coupable de l’avortement des filles. « L’échographie est seulement la façon la plus moderne de choisir un fils. Dans les zones rurales de l’Uttar Pradesh et du Bihâr, il à peu près autant de garçons que de filles qui sont nés. Mais si vous regardez ce qui se passe entre zéro et six ans, vous voyez que les filles sont négligées dans les familles. Elles sont par exemple moins susceptibles d’être vaccinés, elles ne sont pas amenées à l'hôpital en cas de problème et sont souvent mal nourries », explique Pande.

    Amélioration

    Dans certaines régions de l'Inde il y a une amélioration notable de l’équilibre démographie. « Le Tamil Nadu est l'un des rares Etats où il y a des progrès », relate Sharada Srinivasan, professeur à l'Université de York au Canada. Cet Etat fédéré utilise une combinaison de punition et de récompense pour maintenir l’équilibre. Les couples qui avortent sont de plus en plus pénalisés, tandis que les couples qui préfèrent une fille sont financièrement récompensés.

    Même sur le marché du travail, on remarque l’influence d’une telle politique. « Auparavant, les femmes ne pouvaient travailler qu’à la maison ou dans les fermes familiales. La mondialisation a fait que les femmes ont commencé à travailler dans le secteur bancaire, dans l’industrie de haute technologie et dans les usines industrielles », commente Asif.

    Il reste néanmoins difficile de changer des traditions profondément enracinées, disent les experts.

    (FIN/IPS/2011)

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