Home » Europe, Headlines, Internationale, Politique, Santé »

SANTE-REPUBLIQUE TCHEQUE: Le triomphe de la castration pour les délinquants sexuels

    PRAGUE, 23 janvier (IPS) – Le gouvernement tchèque fait la sourde oreille aux appels des groupes de défense des droits de l'homme contre la pratique « dégradante » de castration chirurgicale des délinquants sexuels.

    Lors de l’annonce début janvier 2012 d’une nouvelle vague de mesures de soins de santé au sein de la législation, le Premier ministre Petr Necas a déclaré que le gouvernement tchèque ne mettrait pas fin à cette pratique controversée, arguant que la castration s’est avérée être une méthode efficace dans la prévention de la récidive chez les délinquants sexuels.

    Cependant, des groupes de défense des droits de l'Homme ont remis en question ce traitement et la Commissaire du gouvernement pour les droits de l’Homme elle-même a déclaré que cela représente un retour à une conception archaïque des sanctions infligées aux criminels et fait de la République tchèque le mauvais élève de la classe européenne.

    « D’autres méthodes de traitement ont cours partout ailleurs en Europe. Nous considérons qu’il est normal de procéder à la castration des délinquants sexuels. Mais c’est un retour en arrière, à l’instar d’une politique d’œil pour œil et dent pour dent. »

    « Si un délinquant sexuel est libre, il peut décider de subir une castration, mais cela ne devrait pas faire partie du traitement », a déclaré aux médias locaux Monika Simunkova, Commissaire du gouvernement tchèque pour les droits de l’Homme.

    La République tchèque est l’un des quelques pays à avoir recours à la castration chirurgicale pour les délinquants sexuels. Le procédé inclut l’ablation, dans les testicules, du tissu produisant les testostérones.

    En Europe, cette pratique est prohibée (ou n’a plus cours), sauf en Allemagne où la castration chirurgicale est toujours appliquée dans certains cas rares et strictement contrôlés.

    Selon les chiffres officiels, 85 personnes ont subi une castration chirurgicale en République tchèque entre 2000 et 2011. Cette méthode de traitement a été largement décriée par les organisations de défense des droits de l’Homme et plus particulièrement par le Conseil de l’Europe.

    Le Conseil clame le fait que, bien que la législation tchèque stipule qu’un consentement écrit est nécessaire pour que le délinquant confirme qu’il est prêt à subir l’intervention de son plein gré, certains prisonniers ont donné leur consentement sans savoir ce qu’ils acceptaient ou de peur que leur détention ne soit plus longue s’ils refusaient.

    Dans des rapports de 2009 et 2010, le Conseil de l'Europe qualifiait la castration chirurgicale de « dégradante », « non justifiée sur le plan médical », « invasive, irréversible et mutilante » et ajoutait que la réticence des autorités tchèques à remplacer ce traitement par « d’autres formes d’interventions était décevante et inquiétante ».

    Le Conseil a exigé un moratoire sur les castrations chirurgicales en attendant leur abolition définitive. Contacté par l’agence IPS, Patrick Muller, porte-parole du Comité pour la prévention de la torture, a réitéré les revendications du Conseil de l'Europe tout en soulignant que ce dernier était dans l’incapacité de contraindre le gouvernement tchèque à accéder à sa requête. Parallèlement, des groupes tchèques de défense des droits de l’homme ont également vivement critiqué le maintien de cette pratique.

    La Présidente du "Comité Helsinki" en République tchèque, Anna Sabatova, a déclaré après la décision devrait pousser ce pays à se plier à la demande du Conseil de l’Europe parce ce qu’il existe d’autres méthodes de traitement équivalentes, voire plus efficaces (notamment des traitements pharmacologiques ainsi que des séances de psychothérapie).

    Les groupes tchèques de défense des droits de l'Homme ont, à l’instar du Conseil de l’Europe, exprimé leurs inquiétudes concernant l’aspect « volontaire » de cette pratique. Selon eux, les délinquants sexuels placés dans des institutions psychiatriques sécurisées acceptent la castration simplement parce qu’ils souhaitent désespérément être relâchés, ce qui signifie que le consentement n’est pas du tout « volontaire ».

    Zuzana Durajova, membre de la Ligue tchèque des droits de l’Homme, a déclaré à l’agence IPS : « Il est très difficile de garantir que la personne donne vraiment son consentement volontairement, c’est ce qui nous inquiète particulièrement. Ils peuvent accepter cette intervention dans le but d’obtenir leur ticket de sortie des institutions psychiatriques. »

    Les sexologues tchèques qui traitent les délinquants sexuels sont, quant à eux, en faveur de cette procédure. Le professeur Petr Weiss, éminent sexologue tchèque, a déclaré aux médias locaux que « les chances de récidive postcastration sont d’environ 2 %. La castration diminue leurs pulsions sexuelles à un niveau qu’ils sont en mesure de contrôler ».

    Il a ajouté que les personnes qui ont subi cette intervention étaient « des sadiques, des déviants sexuels et des pédophiles » qui ont ensuite pu mener une « vie normale avec pour seule restriction une diminution de leurs pulsions. Mais c’est finalement à cause de leur libido exacerbée que beaucoup d’entre eux ont passé leur vie en prison ou en traitement psychiatrique. Je ne crois donc pas que le fait d’annihiler leurs pulsions sexuelles soit un véritable châtiment ».

    Cependant, les opposants à cette pratique affirment que les études fiables à ce sujet manquent pour prouver l’efficacité de la castration chirurgicale.

    Ales Butala, avocat spécialisé en matière de droits de l’Homme, membre de la délégation tchèque initiale du Conseil de l’Europe qui appelait le pays à mettre fin à cette pratique, a déclaré que le Conseil avait trouvé des preuves tangibles de trois cas de délinquants sexuels qui avaient subi une castration chirurgicale et qui ont commis des délits violents, dont des actes pédophiles.

    D’autres déclarent que les études sur les récidives ne sont pas fiables étant donné qu’elles sont basées sur les déclarations des délinquants eux-mêmes.

    Certains médecins (hors République tchèque) ont également remis en question l’efficacité de la castration chirurgicale. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, où la castration chimique est pratiquée sur certains délinquants, des médecins affirment que la castration chirurgicale ne garantit pas que les délinquants ne récidivent pas étant donné que leur compulsion peut être engendrée par des maladies mentales ou des problèmes d’alcool et de drogue plutôt que d’être purement sexuelle.

    Ils ajoutent que des méthodes non invasives, telles qu’une castration chimique combinée à une thérapie approfondie, sont aussi efficaces que la castration chirurgicale qui peut causer des problèmes de santé subséquents comme l’ostéo-arthrite, l’anémie et l’obésité.

    La décision du gouvernement tchèque de maintenir ce traitement est survenue à peine quelques mois après que les législations roumaines et russes n’autorisent la castration chimique pour les pédophiles. La Pologne en avait fait de même en 2009.

    Dans ces trois pays, les projets de loi ont été émis par des hommes politiques qui ont déclaré vouloir prendre des sanctions exemplaires pour les délinquants sexuels et dissiper les inquiétudes des défenseurs des droits de l’Homme sur la castration.

    La députée libérale démocrate, Alin Popoviciu, qui a soumis le projet de loi roumain, a déclaré aux médias de son pays que la législation avait été conçue pour « arrêter ces désaxés » et que les opposants à cette pratique devraient « mettre de côté leur hypocrisie ».

    Cependant, les défenseurs des droits de l’Homme ont clamé que ces personnes déviantes ne peuvent être privées de leurs droits universels parce que ce sont des délinquants sexuels. « Les droits de l’homme s’appliquent à tout le monde », a déclaré à l’agence IPS Madame Durajova.

    (FIN/IPS/2012)

    comment closed

    Tag Cloud

    Africa Centrale Asia/Pacifico Culture, Religion, Sport East Africa Education Energy Global Affairs Orient Peace and conflict Population, Refugies Science, Technologie Southern Africa Spécial Culture,Religion et Genre Travail West Africa