Home » Afrique, Developpement, Economie et Travail, Headlines, Reportage d'Afrique »

SENEGAL: Des milliers de producteurs vivent du maraîchage

    By Souleymane Faye

    DAKAR, 29 août (IPS) – Dans la zone des Niayes, une bande de terre située sur la côte-ouest du Sénégal, des milliers de producteurs gagnent leur vie en pratiquant des cultures maraîchères. Mais la spéculation foncière menace l’avenir du maraîchage.

    Ibrahima Mbengue interrompt de temps à temps son entretien avec IPS pour surveiller le pesage, par des jeunes, de dizaines de paniers de mangues. «Cette année, nous avons vendu 100 tonnes de mangues sur le marché national et autant à l’étranger, à raison de 125 francs CFA (25 cents US) le kilogramme sur le marché local et 200 FCFA (40 cents) à l’étranger», indique Mbengue, président de la Fédération des producteurs maraîchers des Niayes (FPMN).Créée en 1994, la FPMN revendique 2.250 membres qui ont exploité quelque 6.000 hectares en 2011, selon Mbengue.

    Le maraîchage se porte tellement bien que «les producteurs des Niayes brassent énormément d’argent, des milliards. Beaucoup d’étrangers, des Guinéens surtout, travaillent dans les périmètres maraîchers. Les gens construisent des maisons en dur avec les revenus tirés du maraîchage», déclare à IPS, Abdoulaye Barry, journaliste spécialisé en agriculture et basé à Dakar, la capitale sénégalaise.Dans les Niayes, qui concentrent l’économie maraîchère de la région de Dakar, la production est passée de 78.094 tonnes en 2009 à 261.000 tonnes en 2011, soit une hausse de 234 pour cent, annonce le journal gouvernemental 'Le Soleil', dans son édition du 21 août 2012.Les maraîchers des Niayes ont exploité 5.098 hectares en 2009 et 8.700 hectares en 2011, soit une hausse de 71 pour cent des surfaces emblavées, indique ce journal, citant l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD).En 2011, ils ont produit 750.000 tonnes de fruits et légumes, selon l’ANSD, qui estime que leur chiffre d’affaires a atteint 215 milliards de FCFA en 2011 (430 millions de dollars), soit une hausse de 27,5 milliards (55 millions de dollars) sur celui de 2010.

    Selon l’ANSD, 41 pour cent de la production maraîchère sénégalaise en 2011 provient des Niayes.L’oignon, avec 87.500 tonnes produites en 2011, représente 33,4 pour cent de la production maraîchère de Dakar. La tomate représente 19,2 pour cent, avec 50.000 tonnes. Le chou se classe troisième avec 35.000 tonnes, soit 13,4 pour cent, selon l’ANSD.

    Malgré la hausse de la production depuis 2009, «il nous manque des structures d’appui technique encadrées par l’Etat, pour nous informer régulièrement du marché international», relève Mbengue.La production augmente d’année en année, sans que les producteurs soient compétitifs sur le marché international des fruits et légumes.

    «La production maraîchère dépasse largement la consommation nationale et les produits sont périssables. Certains producteurs vendent parfois à perte, ne maîtrisant pas le marché international», explique-t-il à IPS.

    Barry partage cet avis: «Les maraîchers sénégalais ne se sont pas bien préparés pour être compétitifs sur le marché international. Les filières ne sont pas bien organisées. Le degré d’organisation du transport, du conditionnement et de la commercialisation de la production est faible, artisanal même», ajoute-t-il.La production est telle que «le marché local est souvent approvisionné de manière surabondante, ce qui grève carrément les prix», selon Sidy Guèye, un ingénieur industriel, coordonnateur de la FPMN à Sangalkam, une commune rurale concentrant plusieurs villages de maraîchers.

    L’oignon, par exemple, est vendu parfois par les producteurs à des prix dérisoires, 100 FCFA (20 cents) ou 175 FCFA (35 cents) le kilogramme, mais le prix peut grimper aussi à 400 FCFA (80 cents) sur le marché local, explique Madiagne Dièye, un commerçant dakarois.

    Les producteurs font trois ou quatre saisons par an, exploitant des terres familiales pouvant atteindre cinq hectares, tandis que certaines associations de producteurs ont des périmètres de «plusieurs centaines d’hectares», selon Guèye.«Ici, les populations sont économiquement à l’aise. Dans d’autres régions du pays, les populations vivent de manière précaire», dit-il à IPS, à propos du poids économique du maraîchage à Sangalkam.

    Dans les Niayes, «90 voire 95 pour cent des exploitants ont acquis leurs terres par héritage. D’autres ont acquis les leurs par la volonté des autorités compétentes en matière de gestion foncière», ajoute Guèye.

    Le maraîchage est tellement important dans l’économie sénégalaise que le gouvernement l’a intégré à l’ensemble Agriculture et agro-industries de la Stratégie de croissance accélérée, mise en œuvre depuis quelques années par les pouvoirs publics et le secteur privé, pour réaliser des taux de croissance élevés.

    Les Niayes, proches de la capitale sénégalaise, sont l’objet d’une intense spéculation foncière. «De grands messieurs achètent les terres aux producteurs, sans les exploiter», dénonce Woré Gana Seck de l’ONG 'Green Sénégal', qui intervient dans l’agriculture. Le «plaidoyer» contre cette forme d'«accaparement des terres» doit être soutenu, souligne-t-elle à IPS.

    Barry pense que l’Etat devrait laisser les Niayes exclusivement aux maraîchers et affecter d’autres espaces pour l'habitation, dans des endroits moins propices au maraîchage et aux spéculateurs fonciers.

    comment closed

    Tag Cloud

    Africa Centrale Asia/Pacifico Culture, Religion, Sport East Africa Education Energy Global Affairs Orient Peace and conflict Population, Refugies Science, Technologie Southern Africa Spécial Culture,Religion et Genre Travail West Africa