Home » Afrique, Developpement, Economie et Travail, Environnement, Headlines, Politique, Reportage d'Afrique »

SENEGAL: Deux femmes sur les 14 candidats en lice pour l’élection présidentielle

    By Koffigan E. Adigbli

    DAKAR, 17 fév (IPS) – Deux femmes figurent parmi les 14 candidats en lice pour le premier tour de l’élection présidentielle du 26 février au Sénégal. Mais selon plusieurs analystes, ce pays d’Afrique de l’ouest, peuplé majoritairement de musulmans, n’est pas prêt à être gouverné par une femme.

    L’une de ces femmes est Amsatou Sow Sidibé, professeur de droit à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), présidente de la Convergence des acteurs pour la défense des valeurs républicaines. La deuxième femme est Diouma Diakhaté Dieng, styliste et candidate indépendante.

    Sow Sidibé, 59 ans environ, a fait un petit chemin en politique, tandis que Diakhaté Dieng y est entrée au dernier moment, sa candidature ayant même surpris plusieurs observateurs.

    Même si certains pensent que courage et genre font bon ménage et peuvent aider les deux candidates, d’autres estiment que les Sénégalais ne sont pas encore prêts à confier les rênes du pays à une femme.

    Les deux candidates sont bien conscientes de la situation des femmes et de la perception que les hommes ont d’elles, et c’est pour cette raison qu’elles entendent briser le tabou en remportant la victoire le 26 février.Sow Sidibé affirme qu’elle s’est battue pendant des décennies pour la promotion des droits des femmes et du leadership féminin, car il n’y a pas de démocratie sans participation de la moitié de la population: 52 pour cent de femmes, selon les statistiques de 2011.Dans le volet de l’éducation, elle estime qu’il s’agit de "permettre à tout jeune Sénégalais d’acquérir les compétences qui lui permettent d’avoir un travail décent, en s’insérant très tôt dans la professionnalisation", grâce à une politique de l’éducation pour tous.

    Sow Sidibé promet de combattre la cherté de la vie et de prendre en charge la santé. "Nous comptons aligner le niveau des retraites sur le coût de la vie, améliorer la prise en charge sanitaire des militaires invalides,… ou encore construire des logements sociaux", déclare-t-elle à IPS.

    "L’impunité doit cesser et la corruption doit être combattue. Beaucoup d’argent entre dans le pays et je promets, si j’accède au pouvoir, de le gérer en bonne mère de famille", dit-elle. Selon elle, "la pauvreté concerne 80 pour cent de la population, et son éradication passe par des stratégies volontaires qui ciblent les couches vulnérables".

    Selon Sow Sidibé, le Sénégal souffre de plusieurs problèmes et il est temps qu’on remette la destinée du pays à une femme pour une gestion équitable des biens et ressources. Il faut, ajoute-t-elle, donner la chance aux femmes et aux enfants, et résoudre définitivement le conflit de la Casamance, dans le sud.Diakhaté Dieng, la seconde candidate, 65 ans environ, estime que les chômeurs et les femmes ne sont pas pris en compte dans les politiques du gouvernement et qu’il faut inciter et aider les jeunes sans emploi de 18 à 30 ans à se former dans des métiers pratiques.

    Elle déclare que les difficultés du pays sont énormes, d'où la nécessité, une fois élue, de s'attaquer aux problèmes de chômage des jeunes, sans oublier le règlement définitif du conflit casamançais."Une fois aux commandes, nous devons redorer le blason de l’éducation pour tous. Les écoles seront restructurées et reconstruites, les salaires des enseignants revus à la hausse", affirme-t-elle. "La crise énergétique n’est pas en reste, où il faut maintenant compter sur les bailleurs privés afin de rassurer les abonnés et éviter les coupures intempestives que nous vivons depuis plus de cinq ans", souligne Diakhaté Dieng.

    Les opinions des Sénégalais sur ces femmes candidates sont partagées. «Nous sommes très attachés à notre tradition, on a beau parler de parité, mais diriger n’est pas dans le destin des femmes», affirme Alioune Samb, étudiant en lettres à l’UCAD.

    Par contre, son camarade, Issa Gning, affirme que c’est commettre un délit de stigmatisation que de penser de la sorte, car selon lui, les femmes connaissent mieux les besoins de la population et agissent en mères de famille. «Je n’hésiterai pas à voter pour une dame», dit-il à IPS.Astou Dieng, une sociologue à Dakar, la capitale, pense, elle aussi, que le peuple sénégalais n’est pas encore prêt à voir une femme à la magistrature suprême, car la tradition constitue une pesanteur à ne pas négliger dans les mentalités.«Ici au Sénégal, il y a toujours les problèmes de castes. Les gens considèrent encore les femmes comme des sous-hommes. Certes il y a une évolution, et c’est seulement à Dakar, mais à l’intérieur, la femme est toujours marginalisée», indique-t-elle à IPS, affirmant que la candidature du chanteur Youssou Ndour a été discréditée, tout simplement parce qu’il est un griot issu d’une classe sociale inférieure.Pour Idrissa Seck, un candidat à la présidentielle, avoir des femmes candidates prouve que le pays aspire à un réel changement. «Je souhaite bonne chance à toutes et à tous. Actuellement, nous ne souhaitons qu’une chose, le départ de Abdoulaye Wade. Si cela peut passer à travers les femmes, c’est aussi bien», déclare-t-il à IPS.Talla Sylla, membre de la coalition de l’opposition, 'Benno siguil Sénégal', a demandé à la population de voter pour les femmes. «Les femmes ont joué et continuent de jouer un rôle important dans notre société. Les deux candidates sont à soutenir. Il est vrai que chez nous, la tradition est toujours vivante, mais avec des femmes ministres, députées et autres, les gens commencent à prendre conscience», explique-t-il.

    comment closed

    Tag Cloud

    Africa Centrale Asia/Pacifico Culture, Religion, Sport East Africa Education Energy Global Affairs Orient Peace and conflict Population, Refugies Science, Technologie Southern Africa Spécial Culture,Religion et Genre Travail West Africa