Home » Afrique, Developpement, Economie et Travail, Environnement, Headlines, Reportage d'Afrique »

SIERRA LEONE: Bien creuser l’affaire du minerai de fer

    By Meena Bhandari

    FREETOWN, 30 déc (IPS) – La forêt tropicale de Gola en Sierra Leone demeure un centre de discorde puisque la communauté locale a l'intention de traduire en justice son chef ces jours-ci au sujet d'un bail foncier controversé de 50 ans avec une compagnie d’exploitation minière.

    Les membres de la chefferie de Tonkia prétendent que la terre de leurs ancêtres de 'Bagla Hills', dans la forêt tropicale de Gola, a été illégalement cédée par leur chef à la compagnie 'Sable Mining' du Royaume-Uni en avril.

    Les compagnies d’exploitation minière ont longtemps convoité cette terre pour ses potentialités de minerai de fer comme gisement minier à 'Bagla Hills', qui ont été estimées à 150 milliards de dollars.

    Le Fonds monétaire international estime qu'en raison de cette ressource naturelle, la petite économie de Sierra Leone connaîtra l’un des taux de croissance les plus élevés du monde – un taux sidérant de 51,4 pour cent en 2012, sur l’activité légale du minerai de fer et les exportations.

    Mais la communauté des Tonkia demeure furieuse au sujet de cet accord.

    "Le chef est le gardien de la terre – il ne peut pas la vendre", a déclaré à IPS, Alfred Williams, un membre de l’Association des descendants de Tonkia. Williams affirme que la communauté locale ne savait rien de la vente jusqu'à ce qu'elle paraisse dans la presse locale suite à la déclaration de la compagnie 'Sable Mining' à la Bourse de Londres.

    La compagnie 'Sable Mining' a publié en mai un communiqué annonçant son rachat des 80 pour cent de 'Red Rock Mining', qui avait apparemment acheté le bail de 206 kilomètres carrés de 'Bagla Hills' auprès du chef suprême local des Tonkia.

    Mais le bail est devenu davantage plus controversé puisque Ernest Bai Koroma, le président du pays, a déclaré en décembre que les 75.000 hectares de la forêt tropicale sont une zone protégée et un parc national. Ce type de forêt est l'un des 25 zones prioritaires mondiales de la biodiversité.

    Le gouvernement a également lancé une enquête sur ce qu'ils décrivent comme une vente illégale de terre.

    Kate Garnett, de l’Unité gouvernementale de la conservation forestière et de gestion de la faune, déclare que 'Bagla Hills' "est un exemple prouvant que les collectivités locales trompent le Sable Mining". Le gouvernement a publié une déclaration indiquant que toute vente de 'Bagla Hills', ainsi que toute exploitation minière dans la forêt tropicale, sont illégales.

    Le directeur des mines du gouvernement, Jonathan Sharkar, a affirmé que le ministère des Ressources minérales n'a jamais négocié avec la compagnie 'Sable Mining Africa'.

    "Sable Mining n’a jamais demandé une concession d’exploitation minière dans ce pays – nous n’avons aucune relation avec eux", déclare Sharkar. Il souligne également que tous les droits fonciers sont seulement des droits de surface – tous les minéraux sont détenus par le gouvernement.

    Un porte-parole anonyme de 'Sable Mining' a confirmé qu'ils ne détiennent pas de permis d'exploitation disponible pour 'Bagla Hills'.

    'Sable Mining' n'aurait pas fait de commentaires sur les droits fonciers et a renvoyé IPS vers ses déclarations au début de cette année. Ces déclarations affirment que des documents fonciers, conférant la propriété de 'Bagla Hills' à 'Sable Mining', ont été inscrits au registre foncier. Cependant, le gouvernement nie cela.

    Mais l’affaire domine toujours les émissions-débats de ce pays ouest-africain. Cela a conduit à une manifestation locale, et en septembre, le ministre résident du pays, William Juana Smith, a demandé aux journalistes de s'abstenir de diffuser des reportages porteurs "de conflits potentiels". Il avait menacé de prendre des mesures sérieuses contre toute personne qui le faisait.

    Mais la question demeure volatile car elle concerne les moyens de subsistance de la communauté. La communauté des Tonkia avait mené, autrefois, une bonne vie par l’exploitation de l’or dans la forêt, la vente de bois, l'agriculture et par la chasse. Cela s’arrêtera maintenant à cause du bail, affirme Williams.

    "Pendant que le chef devient riche, les gens de Tonkia demeurent pauvres et lésés, sans écoles, hôpitaux ni emplois. Les jeunes ont besoin de travail – certains d'entre nous disent à travers les mines, d’autres disent à travers la réserve de Gola", affirme Williams.

    Augustine Sannoh, du mouvement de la société civile, de East Kenema, affirme que le chef a mobilisé une petite bande d’individus favorables à l’exploitation.

    "Il continue de galvaniser des appuis – même si il y a une poursuite judiciaire en cours. Le problème est que la population locale lutte pour voir les avantages financiers du Park national de la forêt tropicale de Gola", selon Sannoh. "Vous pouvez maintenant chercher du bois de chauffage et pêcher seulement pour la consommation personnelle. Vous pouvez faire des produits à base de miel ou de rotin pour vendre, mais ces activités sont moins économiques que la chasse et l'exploitation minière. C’est toujours un gros contentieux local".

    Williams affirme également que comme promis, le Programme forestier de Gola (GFP), qui gère le parc national, doit encore aider les gens à trouver des moyens de subsistance alternatifs.

    Guy Marris du GFP dément cela. "Nous avons soutenu avec des routes, des ponts, des caniveaux et des centres médicaux", dit-il. Marris explique que le GFP reconnaît que fournir des moyens de subsistance alternatifs à la communauté est une stratégie clé pour la préservation des forêts.

    Des plans sont en cours pour divers projets, y compris le commerce du carbone, "qui pourrait faire gagner des dizaines de millions de dollars", ainsi que le développement de petites entreprises, et l'écotourisme.

    "C'est un processus, il prendra du temps, mais entre-temps, nous sommes mandatés pour représenter le gouvernement – aucune exploitation minière n’est permise ni pour les individus ni pour les entreprises", explique Marris.

    Garnett affirme cependant que les communautés croient encore que l'exploitation minière transformera leurs vies. "Il existe de nombreux exemples où seule la destruction de l'environnement a été laissée derrière", ajoute-t-il.

    Natalie Ashworth, du groupe de surveillance de Global Witness, indique que les gens ont une attente irréaliste de ce que l'exploitation minière peut leur offrir.

    comment closed

    Tag Cloud

    Africa Centrale Asia/Pacifico Culture, Religion, Sport East Africa Education Energy Global Affairs Orient Peace and conflict Population, Refugies Science, Technologie Southern Africa Spécial Culture,Religion et Genre Travail West Africa