Home » Afrique, Droits de L'Homme, Headlines, Politique, Reportage d'Afrique »

SIERRA LEONE: Face au problème de grossesse des adolescentes

    By Mohamed Fofanah

    FREETOWN, 14 avr (IPS) – Le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) a lancé au début ce mois un rapport sur la grossesse chez les adolescentes en Sierra Leone, qui représente 40 pour cent des décès maternels dans le pays.

    Le rapport publié le 5 avril est sorti pendant que les autorités de santé publique re-calibrent la stratégie pour résoudre un problème qui met en danger à la fois des mères et des enfants.

    Environ 70 pour cent des adolescentes en Sierra Leone sont mariées, selon une enquête menée en 2008 par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), dans un pays où le mariage précoce est soutenu par la pratique traditionnelle.

    Le rapport de l'UNICEF intitulé "Un aperçu du monde de la grossesse chez les adolescentes en Sierra Leone", indique "qu’une grande importance est accordée aux filles qui se marient si vierges que l'âge du mariage coïncide souvent avec la première apparition des menstrues".

    S'appuyant sur une recherche menée dans quatre régions, le rapport de l'UNICEF constate que les conséquences typiques de la grossesse chez les adolescentes sont la stigmatisation sociale, les mariages instables, la pauvreté et la fin de l'éducation de la fille. L'UNICEF prévient que des données globales fondées sur des preuves, sur le phénomène, sont toujours limitées, mais le problème est devenu un sujet de préoccupation pour les éducateurs, les médecins, les politiciens et les parents.

    La pauvreté, une cause principale

    Un autre facteur cité par l'UNICEF, c’est l'extrême pauvreté, qui a fait que beaucoup d’enfants sont en train d’être laissés à eux-mêmes. Le manque d'argent pour des besoins fondamentaux comme l’alimentation ou les vêtements conduit les jeunes filles vers des rapports sexuels transactionnels.

    Kadiatu – un nom d’emprunt – vit à Mess Mess Kissy, dans la partie orientale de Freetown, la capitale du pays, avec ses trois enfants. Agée de 27 ans aujourd’hui, elle se rappelle comment elle est tombée enceinte de son premier enfant.

    "Nous étions une famille pauvre et j'avais besoin pratiquement de tout, de nourriture, de vêtements, même payer les frais de scolarité… alors j’ai rencontré cet homme qui était prêt à fournir toutes ces choses; ainsi je suis tombée amoureuse de lui", a-t-elle confié à IPS.

    Son copain avait 30 ans; elle n'avait que 15 ans à l'époque, préparant son 'Basic School Certificate Examination' (examen du BEPC). Elle a été emmenée chez le médecin avec ce qui était soupçonné d'être une appendicite – il s'est avéré qu'elle était enceinte de trois mois.

    "J’ai informé mon copain immédiatement", se rappelle Kadiatu.

    Sa réaction? "Tu dois avorter! Il faut t’en débarrasser tout simplement!"

    "L'homme – qui me comblait de cadeaux et me disait toutes sortes de mots d'amour – a nié qu'il était l’auteur de la grossesse", raconte Kadiatu. Elle a accouché, mais comme beaucoup d'autres dans sa situation, elle a abandonné l'école.

    "Je suis tombée enceinte à nouveau à 17 ans pour presque les mêmes raisons que la première grossesse. Maintenant, j'ai trois enfants, je suis toujours une mère célibataire et mon seul moyen de subsistance est de vendre à la criée des fruits au marché et de dépendre des faveurs des hommes qui me promettent l'amour", dit-elle, "mais ce qu'ils veulent réellement, c’est de coucher avec vous et fuir par la suite".

    La stigmatisation aggrave les problèmes

    En 2009, des chefs de village dans une province du nord ont adopté des règlements qui exigent que lorsqu’une écolière tombe enceinte, elle et le père doivent tous abandonner l'école. Ce projet a rapidement attiré des critiques pour avoir simplement aggravé le problème de la stigmatisation et le taux élevé d'abandon scolaire.

    Dans le district de Koinadugu, également dans le nord, l’Association des jeunes de Biriwa pour le développement a pris le sens inverse, offrant aux filles en âge d’aller à l’école, âgées de 12 à 16 ans, la chance de gagner des bourses d'études pour aller à l'université – si elles ont passé les examens réguliers effectués par une infirmière communautaire pour "prouver" qu'elles sont vierges. Cette initiative a été également vite abandonnée.

    Concevoir de meilleures réponses

    Dans un projet de rapport de l'OMS, Dr Helenlouise Taylor a souligné que peu d’adolescentes font des examens prénatals, essayant par contre de cacher leur grossesse ou d’avorter. Cela rend très difficile la détection précoce des problèmes potentiels dans un groupe à haut risque.

    Pour sa recherche, dirigée vers le développement de stratégies pour réduire le taux de mortalité maternelle en Sierra Leone, Taylor a visité 14 districts du pays, observant les conditions, interrogeant les agents de santé et utilisant un questionnaire pour recueillir des informations sur les types et les tendances de soins de santé maternelle ainsi que sur la formation et l'équipement dans les centres de santé.

    Dans les recommandations du projet de rapport pour la grossesse chez les adolescentes, Taylor dit que des mesures pour réduire les rapports sexuels forcés et l'avortement à risque, et accroître l'accès à la contraception pour les adolescents sont toutes importantes. Elle fait plusieurs suggestions importantes relatives à l'information et à la réduction de la stigmatisation sociale afin d'encourager les jeunes mères à faire usage des soins de santé disponibles.

    Elle demande instamment une révision des manières de vivre et du cours de biologie dans les programmes scolaires, ainsi que des liens plus étroits entre les écoles et les dispensaires prénatals – si possible offrant même des soins prénatals dans des écoles. Elle appelle également à une formation appropriée du personnel de santé et des enseignants afin d’aider les deux groupes à communiquer aux adolescents des informations précises et efficaces sur le contrôle des rapports sexuels et des naissances.

    Maud Droogleever Fortuyn, directrice de la protection de l’enfance à l'UNICEF en Sierra Leone, a déclaré à IPS qu’opérer des changements de comportement et d’attitudes prendra du temps.

    Elle dit que l'UNICEF appuie des organisations non gouvernementales locales qui mènent des enquêtes de base pour améliorer la compréhension du degré et la nature de la grossesse chez les adolescentes, développe des modules pour améliorer les connaissances, et travaille avec les autorités traditionnelles pour élaborer des règlements efficaces qui appuieront les mères adolescentes, spécialement pour qu’elles achèvent les études.

    comment closed

    Tag Cloud

    Africa Centrale Asia/Pacifico Culture, Religion, Sport East Africa Education Energy Global Affairs Orient Peace and conflict Population, Refugies Science, Technologie Southern Africa Spécial Culture,Religion et Genre Travail West Africa