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SOMALIE: Dangereux d’exercer le métier de journaliste dans le pays

    By Abdurrahman Warsameh

    MOGADISCIO, 30 avr (IPS) – Lorsque le journaliste Mohamed Ibrahim Rageh a été abattu par des assaillants inconnus devant son domicile à Mogadiscio, la capitale somalienne, le 22 avril, son nom a été ajouté à une liste de quatre journalistes qui ont été tués dans ce pays de la Corne de l'Afrique depuis janvier.

    En 2012, 18 journalistes ont été tués à travers le pays, selon les chiffres de l'Union nationale des journalistes somaliens (NUSOJ, son sigle en anglais).

    Mais malgré les efforts du gouvernement somalien, qui au début de cette année, a proposé une récompense de 50.000 dollars pour toute information menant à l'arrestation et la condamnation des personnes impliquées dans l'assassinat de journalistes, des analystes estiment que la Somalie ne peut pas protéger ses responsables, encore moins les journalistes.

    Abdirashid Hashi, le directeur adjoint de l'Institut du patrimoine pour les études de politiques, basé à Mogadiscio, un institut à but non lucratif de recherche et d’analyse des politiques, déclare qu'il n'y a pas beaucoup de choses que le gouvernement somalien peut faire pour les médias.

    "Franchement, je ne pense pas que le gouvernement fera, ou est capable de faire, quelque chose de spécial pour n’importe quel groupe professionnel, comme les journalistes. Il ne peut rien faire pour ses députés, ses fonctionnaires ou les agents des services de sécurité nationale qui sont tués au jour le jour à Mogadiscio. Le gouvernement ne peut qu'améliorer la sécurité générale", indique Hashi à IPS.

    Le 14 avril, 30 personnes ont été tuées dans des attentats à la bombe près du palais de justice de Mogadiscio. Et en mars, un attentat à la voiture piégée visant le chef de la sécurité de Mogadiscio, Khalif Ahmed Ereg, a été perpétré près du palais présidentiel, tuant 10 personnes, dont un journaliste. Ereg n'a pas été blessé. Le groupe islamiste Al-Shabaab lié à Al-Qaeda a revendiqué les deux attaques.

    Bien que ce groupe extrémiste islamiste n'ait pas revendiqué la mort de journalistes dans la ville, il soutient que ceux qui travaillent pour les médias publics sont "des cibles privilégiées".

    Rageh, qui travaillait pour les chaînes publiques Radio Mogadiscio et la Télévision nationale de Somalie, a été abattu de plusieurs balles pendant qu'il se tenait debout devant le portail de sa maison dans le district de Dharkenley, à l'ouest de Mogadiscio.

    Il est mort immédiatement, devant sa famille. Il n’y a eu aucune arrestation.

    Son ami et collègue, Mohamed Nur Amiin, raconte à IPS: "Nous ne savons pas à qui sera le tour et qui nous cible. Je quitte ma maison tous les jours ne sachant pas si je rentrerai en sécurité. Et ma famille non plus ne sait pas (si je reviendrai)".

    Selon Reporters sans frontières, une organisation non gouvernementale (ONG) qui protège les droits des journalistes, la Somalie est "l'un des endroits les plus dangereux au monde pour les journalistes".

    Un journaliste basé dans la ville de Galkayo, dans le centre de la Somalie, qui a requis l'anonymat parce qu'il craint pour sa vie, déclare à IPS au téléphone: "Nous plaçons notre confiance en Allah parce que nous ne savons pas qui nous tue et pourquoi nous sommes ciblés. Et c'est la pire partie de la situation".

    Mais Hashi affirme que le manque de ressources adéquates, un personnel du gouvernement à peine compétent et l'absence d'institutions de sécurité efficaces freinent les efforts du gouvernement d’améliorer la sécurité dans le pays.

    Il estime que l'insécurité fait "partie intégrante" de la situation en Somalie et que les médias "doivent essayer de faire de leur mieux pour rester en sécurité puisqu’ils sont laissés à eux-mêmes, comme la plupart d'entre nous".

    Mais le meurtre de Rageh a entraîné des appels renouvelés pour une enquête sur les assassinats de journalistes dans le pays. Selon la NUSOJ et d’autres organismes internationaux de défense des droits des médias, y compris le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), plus de 50 journalistes ont été tués en Somalie depuis 1992.

    "Le gouvernement a fait une promesse ferme pour dénicher les auteurs qui ciblent les journalistes, et le moment est venu d'honorer cet engagement en assurant que les responsables du décès de Mohamed (Rageh) rendront des comptes", a déclaré Tom Rhodes, le consultant du CPJ pour l’Afrique de l’est, dans un communiqué de presse récent.

    Peu de cas impliquant l'assassinat de journalistes somaliens sont portés devant les tribunaux et, à ce jour, personne n'a été condamné.

    En février dernier, le gouvernement a créé la Commission indépendante des droits humains pour lutter contre la "culture de l'impunité" par rapport aux violations des droits, et "enquêter sur la plus grande gamme de violations des droits de l'Homme, notamment le massacre organisé des journalistes et les violences sexuelles faites aux femmes".

    Ce nouvel organe a un mandat de trois mois et produira un rapport à la fin de sa mission.

    Mais la NUSOJ affirme qu'ils n'ont jamais été consultés sur la mise en place de cette commission et que c'est "un simple exercice de relations publiques de la part du gouvernement".

    Plusieurs appels faits par IPS à des responsables gouvernementaux somaliens sont restés sans réponse et ceux qui ont effectivement répondu ont refusé d'expliquer le statut de cet organe ou son enquête.

    Hassan Muunye, un journaliste politique à Mogadiscio, affirme qu’une enquête indépendante sur l'assassinat des journalistes est nécessaire.

    "Nous avons entendu ces appels (pour une enquête) de tous les coins du monde chaque fois qu'un journaliste est assassiné en Somalie, mais rien ne semble être fait par le gouvernement somalien. Faible comme il peut être dans sa capacité à mener des enquêtes, nous ne l'avons jamais entendu demander de l'aide pour protéger les journalistes", déclare Muunye à IPS.

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