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SOMALIE: Des autorités soutiennent les terroristes contre l’aide

    By William Lloyd-George

    ADDIS-ABEBA, 23 août (IPS) – Les travailleurs humanitaires étrangers deviennent de plus en plus la cible de responsables corrompus au sein du gouvernement somalien et du groupe extrémiste islamiste Al-Shabaab.

    "Le gouvernement est rempli de responsables corrompus et de milices claniques alliées qui sont déterminés à les utiliser [travailleurs humanitaires] pour leurs propres intérêts", a déclaré à IPS, Hassan Abukar, un analyste politique.

    "L'enlèvement des travailleurs humanitaires étrangers est devenu un moyen de soustraire de l’argent aux ONG. Al-Shabaab se méfie des ONG de peur de perdre le contrôle de la manière dont l'aide est gérée et [croit à tort] que ces agences humanitaires espionnent le groupe terroriste".

    Les commentaires d’Abukar viennent pendant que l'organisation humanitaire internationale indépendante Médecins sans frontières (MSF) a annoncé il y a deux semaines qu'elle se retirait de la Somalie après plus de deux décennies de fourniture d'aide et de soins de santé dans le pays.

    L’assassinat et le harcèlement de son personnel ont fait qu’il est de plus en plus impossible pour l'organisation d’opérer, a indiqué aux journalistes, Dr Unni Karunakara, président international de MSF, lors d'une conférence de presse au Kenya, le 14 août.

    MSF, qui était l'un des rares fournisseurs de soins de santé essentiels dans ce pays de la Corne de l'Afrique, a persévéré en fournissant de l’aide pendant qu’il y avait une guerre civile, des combats entre clans locaux, et la piraterie. Mais elle cessera immédiatement toutes les opérations. MSF opère dans le pays depuis 1991, et soignait environ 50.000 personnes par mois.

    "Le comble, c’était le constat que des autorités, acteurs armés et des chefs communautaires soutenaient activement ou approuvaient tacitement les attaques, enlèvements [et] les assassinats contre notre personnel", a déclaré Karunakara.

    Karunakara a expliqué que dans certains cas, les acteurs avec lesquels MSF avait négocié un passage sûr avaient joué un rôle dans le mauvais traitement infligé au personnel de MSF, soit par une implication directe ou une approbation tacite. "A cause de leurs actions, des centaines de milliers de Somaliens vont être désormais effectivement coupés de l'aide humanitaire médicale", a-t-il indiqué.

    Au total, 16 membres de MSF ont été tués, et MSF affirme qu'ils ont connu des dizaines d'attaques contre leur personnel, ambulances et installations médicales depuis 1991.

    Le départ de MSF de la Somalie arrive à un moment où le Gouvernement fédéral de transition de la Somalie tente de changer l'image du pays après des années de guerre civile et de famine. Beaucoup d’analystes croient que le départ de MSF sera un coup dur pour les efforts récents visant à amener de l'aide et des investissements étrangers dans le pays.

    "Le départ de MSF montre l'incapacité du nouveau gouvernement à gérer la sécurité locale", a souligné à IPS, Jibril Ibrahim Abdulle, directeur du Centre pour la recherche et le dialogue à Mogadiscio, la capitale.

    "Le retrait de MSF vient également à un moment où le gouvernement somalien tente de changer l'image du pays pour passer d'un gouvernement de transition à un gouvernement permanent et à la veille d'une nouvelle conférence des donateurs de la Somalie prévue à la mi-septembre à Bruxelles, où des dirigeants du monde devraient promettre des millions de dollars au nouveau gouvernement".

    Le départ de MSF montre que, bien que la Mission de l'Union africaine en Somalie et une force éthiopienne indépendante aient chassé Al-Shabaab des principales villes du pays, le groupe extrémiste est encore capable de commettre des violences à grande échelle.

    Des analystes estiment qu'il y a eu un changement notable dans les tactiques d'Al-Shabaab puisque le groupe a renouvelé son assaut sur la capitale. Plusieurs institutions gouvernementales et aéroports ont été attaqués ou bombardés, de même que des responsables gouvernementaux, commissaires de district et des fonctionnaires ont été assassinés.

    Récemment, le groupe extrémiste a attaqué l'ambassade turque à Mogadiscio le 27 juillet, tuant trois personnes. Et le 17 juin, le complexe des Nations Unies, dans la ville, a été également attaqué. Au total 15 personnes ont été tuées dans cette attaque.

    "Dans ce contexte, avec le gouvernement incapable d’empêcher les attaques contre lui-même, les attaques contre les organisations humanitaires et leurs travailleurs ne sont pas surprenantes", a déclaré à IPS, Ahmed Soliman de 'Chatham House', un institut de politiques indépendant, basé à Londres. "MSF aimerait que les autorités civiles prennent plus au sérieux la conviction de ceux qui commettent de tels actes de violence. Le gouvernement peut certainement renforcer ce message et travailler dans le sens de cet objectif".

    MSF n'est pas la seule organisation à retirer son personnel. Au cours des dernières semaines, en raison de la montée de la violence, la plupart des organisations internationales ont retiré leur personnel non essentiel de la Somalie. Alors qu’on sait que les violences augmentent pendant le Ramadan et diminuent par la suite, Abukar croit qu'il est peu probable qu’elles baissent "à cause de la nouvelle dynamique des factions d'Al-Shabaab qui s'entre-tuent pour le contrôle des territoires".

    Les combats internes d'Al-Shabaab et la défection en juillet de l'ancien combattant islamiste du groupe, Cheikh Hassan Dahir Aweys, pourraient être un signal que d’autres violences pourraient venir.

    Précédemment vénéré comme un homme d'Etat pour le groupe, Aweys a été contraint de se livrer aux forces gouvernementales, transmettant le pouvoir à Ahmed Abdi Godane, formé en Afghanistan.

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