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SOMALIE: 'Des canons plus gros' pour contrôler le sud

    By Ahmed Osman

    MOGADISCIO, 5 sep (IPS) – Des chefs de clan somaliens affirment qu'un accord signé le 27 août entre le gouvernement et seulement quelques dirigeants des trois régions de Juba, dans le sud du pays, qui vise à régler le différend en cours par rapport à qui contrôle la zone, crée plus de problèmes qu'il n'en résout.

    "L'accord, en substance, cède aux exigences initiales d'un clan, la milice Ras Kamboni, pour sa domination sur d’autres communautés, simplement parce qu'ils ont les plus gros canons. Et c'est malheureux", a déclaré à IPS, Mohamed Hassan, un aîné de clan dans la ville portuaire et méridionale de Kismayo.

    Depuis la chasse en 2012 du groupe militant islamiste, Al-Shabaab, d'une grande partie des territoires du sud de ce pays de la Corne de l'Afrique, le gouvernement somalien et la milice locale, Ras Kamboni, ne s’entendent pas sur le contrôle de la région.

    Le 15 mai, Ras Kamboni a choisi Ahmed Mohamed Islam, mieux connu sous le nom de Sheikh Madobe, chef du groupe et comme président d'un Etat régional autonome autoproclamé, qu'ils ont appelé Jubaland. Kismayo était déclarée la capitale de l'Etat. Le gouvernement somalien a cependant refusé de reconnaître cet Etat, qui regroupe les trois régions du sud, Gedo, Bas-Juba et Moyen-Juba.

    En juin, des combats ont éclaté entre la milice Ras Kamboni et les clans locaux après qu'ils ont rejeté l'autorité de Madobe. L'Organisation mondiale de la santé a indiqué que, comme conséquence, plus de 70 personnes ont été tuées et des centaines d'autres blessées.

    Mais Hassan a affirmé que l'accord sur Juba, qui a été signé dans la capitale éthiopienne, Addis-Abeba, n'a pas abordé la question centrale du conflit et pourrait conduire à un "avenir plus incertain" pour les populations de ces trois provinces.

    "A l'exception du changement du nom de l'Etat autoproclamé de Jubaland à l'Administration provisoire de Juba, un tel arrangement enflammera encore d’autres conflits communautaires", a-t-il souligné.

    L'accord instaure une administration provisoire de deux ans qui sera dirigée par des leaders issus des trois Etats du sud. Il décrit la gestion des institutions et infrastructures fédérales de la région, y compris l'aéroport et le port – deux des principales sources de recettes pour les régions de Gedo, du Bas-Juba et du Moyen-Juba.

    L'accord prévoit également l'intégration des milices locales dans l'Armée nationale somalienne et appelle à la réconciliation et au renforcement de la confiance entre les communautés dans ces régions.

    Mais Hassan a mis en garde contre l’institutionnalisation d’une "hégémonie par un seul clan" par l'accord dans des régions les plus diverses de la Somalie.

    "Nous savons tous que ces régions ne sont pas habitées par un seul clan, mais sont des régions les plus diverses de la Somalie. Donner la priorité à un seul clan par rapport aux autres appelle à une continuation des conflits, alors je demande au gouvernement somalien et à la communauté internationale d'annuler le soi-disant accord et d'organiser une véritable réconciliation pour tous les clans ici", a déclaré Hassan à IPS.

    "Nous sommes pour la paix et la fraternité entre les peuples ici, pas pour le fait de légitimer le clanisme. Nous n'accepterons rien d’autre que la justice, l'égalité et le respect pour tous", a-t-il ajouté.

    Yusuf Omar, un spécialiste des sciences politiques et analyste indépendant à Kismayo, a indiqué à IPS que la plupart des clans locaux n'avaient pas été représentés dans les négociations qui ont abouti à la signature de l'accord du 27 août.

    "Le conflit n'est pas entre le gouvernement somalien d'une part et un seul clan dans les régions de Juba, de l'autre. Le conflit est entre les communautés locales au sujet de l'avenir des provinces, et la plupart n'étaient pas représentées lors des négociations", a-t-il expliqué.

    Alors que les chefs de clan affirment que l'accord ne change rien sur le terrain, le gouvernement somalien et les leaders de Ras Kamboni insistent que l'accord garantit que la nouvelle administration provisoire sera "un organe inclusif et représentatif de tous les clans et de toutes les circonscriptions".

    Mais l'Institut du patrimoine pour des études sur les politiques (HIPS), un groupe de réflexion indépendant basé à Mogadiscio, a déclaré que l'accord a été délibérément "conçu dans des termes vagues de façon inquiétante".

    "En l'absence de données fiables sur la population et d’un recensement récent, la répartition exacte des sièges [parmi les] clans n'est pas possible. La représentation est au cœur du conflit politique en Somalie. L'utilisation de ce langage menace de susciter d'autres conflits", a indiqué HIPS dans un rapport intitulé "Accord de Juba: Un progrès imparfait", qui a été publié après la signature de l'accord.

    Kulmiye Yusuf, un universitaire local à Kismayo, a admis que l'ambiguïté des termes de l'accord pourrait entraîner des problèmes lors de sa phase d’application. Toutefois, il croit que l'accord marque un nouveau départ dans les relations entre le gouvernement et Madobe, le chef de la milice Ras Kamboni et président autoproclamé de Jubaland.

    "Je suis d'accord avec l'évaluation de l'institut [HIPS] que ce qui a été réalisé jusqu'ici est un progrès imparfait. Mais ce qu’il faut, c’est de considérer cela comme un bon départ et que la réconciliation réelle entre les communautés locales peut être désormais initiée", a déclaré Yusuf à IPS.

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