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SOMALIE: Seigneurs de guerre et constitution vague responsables de l’Etat renégat

    By Abdurrahman Warsameh

    MOGADISCIO, 8 juin (IPS) – Les tentatives des anciens de clans et des commandants de milices dans le sud de la Somalie de former un Etat autonome, sans le consentement du gouvernement central, mais avec le soutien apparent de pays étrangers, restent un facteur dangereux et déstabilisateur dans la région, estiment des analystes.

    "Jubaland dispose de tous les éléments dangereux nécessaires pour faire écrouler le plan de stabilisation des territoires libérés comme un château de sable", a déclaré à IPS, Abukar Arman, un ancien diplomate et analyste politique largement publié. Il parlait des villes et des régions dans ce pays de la Corne de l'Afrique qui ont été récemment libérées du contrôle de la milice islamiste Al-Shabaab par les troupes régionales.

    Le 15 mai, Ahmed Mohamed Islam, un haut commandant de milice, mieux connu sous le nom de Sheikh Madobe, s’est autoproclamé président d'un Etat autonome appelé Jubaland, qui regroupe les provinces du Bas et du Moyen-Juba, ainsi que la région de Gedo. Cette dernière est frontalière avec le Kenya.

    On dit d'Islam qu’il a des liens étroits avec les forces kényanes stationnées dans la ville portuaire stratégique de Kismayo, la capitale économique du Jubaland.

    Deux autres seigneurs de guerre locaux – Barre Hiiraale et Omar Burale Ahmed – ont également été nommés présidents du Jubaland par leurs partisans claniques respectifs.

    Le gouvernement somalien a refusé de reconnaître l’un quelconque de ces "présidents".

    La Somalie se remet encore de près de deux décennies de guerre, et de grandes régions du pays étaient autrefois assiégées par le groupe rebelle islamiste Al-Shabaab. Cependant, avec l'aide des forces régionales, le gouvernement somalien a réussi à reprendre quelques points importants dans le pays en 2012.

    Le 24 mai, afin de d’éviter la tension qui couvait entre le gouvernement fédéral somalien et les autorités du Jubaland, l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), une organisation régionale, a exhorté le gouvernement somalien à convoquer une conférence de réconciliation à Mogadiscio. L'IGAD a recommandé que le gouvernement somalien forme une administration provisoire pour la région.

    Cette décision vient après qu’une mission envoyée par l'IGAD – qui regroupe huit pays de la Corne de l'Afrique – a présenté ses conclusions lors d’une réunion des chefs d'Etat et de gouvernement du bloc à Addis-Abeba. Ce regroupement régional supervise la situation dans le sud de la Somalie depuis que les troupes kényanes, qui font partie de la Mission de l'Union africaine en Somalie, ont chassé Al-Shabaab de la région en 2012.

    Depuis ce temps, des efforts des chefs de milice alliés au Kenya sont en voie de former l'administration autonome du Jubaland.

    Arman a déclaré que la Somalie était confrontée aux "milices armées, aux seigneurs de clans et des (intrus) étrangers ayant des intérêts divergents", ainsi qu'à une constitution ambiguë qui n’a pas spécifié clairement comment les Etats fédéraux seraient formés et cela a suspendu certaines des questions essentielles.

    Le gouvernement somalien a exprimé son mécontentement au sujet de la formation d'une administration quelconque dans la région depuis le début, et a qualifié le processus "d’inconstitutionnel", affirmant que cela créerait des divisions tribales.

    Abdirashid Hashi, directeur adjoint de l'Institut du patrimoine pour des études politiques, un groupe de réflexion indépendant, basé à Mogadiscio, n’est pas d’accord avec Arman sur la position de la constitution. Il a affirmé que la constitution est "très claire" sur la formation des Etats fédéraux de la Somalie.

    "C'est la politique politicienne, l’embrouillement et le double langage des politiciens qui créent et alimentent le drame en cours", a déclaré Hashi à IPS à Mogadiscio, la capitale somalienne.

    Concernant la façon dont les Etats fédéraux seront formés, l'article 49 de la Constitution nationale provisoire (PNC, son sigle anglais) stipule que "le nombre et les limites des Etats régionaux seront déterminés par le parlement".

    Toutefois, avant la détermination du nombre et des limites des Etats membres fédéraux, le parlement est tenu de nommer une commission nationale chargée d'étudier la question. Selon la PNC, cette commission doit présenter un rapport sur ses conclusions et recommandations.

    Mais depuis que la constitution a été approuvée il y a près d'un an, aucune commission nationale du genre n’a été formée.

    L’article 49 (6) de la PNC semble compliquer davantage les choses, puisqu’il dit que "sur la base d'une décision volontaire, deux régions ou plus peuvent fusionner pour former un Etat membre fédéral". C'est là où se trouve la pomme de discorde.

    Il apparaît que, d'une part, la constitution donne le pouvoir de former des Etats autonomes pour les 18 régions. Mais d'autre part, elle demande au parlement de déterminer le nombre et les limites des Etats autonomes que comptera le pays.

    Mohamod Hubey, un avocat de droit constitutionnel à Mogadiscio, a indiqué que la constitution est ambiguë sur la question sensible du fédéralisme en Somalie, mais ajoute que les différences peuvent être surmontées si les parties sont disposées à coopérer.

    "La question du fédéralisme est sensible puisqu’il n'est pas clairement indiqué dans la constitution quelle région formera un Etat avec quelle autre, et l'équilibre clanique dans chaque région n'est pas uniforme, mais tous ces problèmes peuvent être résolus s'il y a une volonté de la par des parties concernées", a expliqué Hubey à IPS.

    La perception selon laquelle la participation étrangère complique la question du Jubaland est très répandue.

    "Le Kenya a voulu pendant un moment créer, dans le sud de la Somalie, une zone tampon administrée par des habitants chaleureux. D'où son soutien à la création du Jubaland", a déclaré Hubey.

    Le Kenya a rejeté, à plusieurs reprises, ces allégations considérées comme "sans fondement" et affirme que ses troupes sont en Somalie pour renforcer la stabilité dans la région.

    Néanmoins, beaucoup de Somaliens voient l'implication du Kenya dans leur pays comme allant au-delà des préoccupations de sécurité.

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