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SOMALIE: Un 'changement culturel' signifie une forme de MGF moins grave

    By Abdurrahman Warsameh

    MOGADISCIO, 25 juin (IPS) – Istar Mumin, sept ans, est couchée immobile sur un lit dans l'une des chambres de sa maison familiale à Hamarweyne, un quartier de Mogadiscio, la capitale somalienne. Elle vient de subir le rituel horrifiant de "l’excision", qui a été effectuée par une infirmière locale.

    "Je sens des douleurs. Je ne peux pas bouger. Ils m'ont excisée", déclare Mumin à IPS, les larmes aux yeux, visiblement affaiblie à cause de la méthode.

    Ailleurs dans la maison, sa mère, Muhibo Daahir, est d’une humeur festive puisque leur famille reçoit des invités qui sont là pour célébrer l’excision de Mumin.

    Les Mutilations génitales féminines (MGF), une pratique de longue date, sont interdites par la constitution somalienne actuelle. Mais elles sont encore largement effectuées, en particulier dans les zones de la Somalie autrefois déchirées par la guerre, sur les filles ayant jusqu’à cinq ans – dans l'espoir de les garder vierges et de les apprêter pour le mariage. La plupart des familles voient cette occasion comme un moment de bonheur et de fête.

    Selon un document de plaidoyer du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) intitulé "Eradication des mutilations génitales féminines en Somalie", "Les MGF peuvent avoir des effets extrêmement néfastes sur le bien-être physique, mental et psychosocial des personnes qui subissent la pratique".

    "Les conséquences des MGF sur la santé sont à la fois immédiates et à vie. Malgré les nombreuses lois internationalement reconnues contre les MGF, le manque de validation dans l'islam et le plaidoyer mondial pour éradiquer la pratique, elles restent ancrées dans la culture somalienne".

    Le document indique également que "parmi les complications à long terme, figurent la perte de la libido, la malformation génitale, le retard de la puberté, les complications pelviennes chroniques ainsi que la rétention et des infections urinaires récurrentes. Les victimes des MGF sont également sujettes à un certain nombre de complications obstétricales parce que le fœtus est exposé à une gamme de maladies infectieuses et court le risque d'avoir la tête écrasée dans le vagin endommagé".

    La pratique est considérée par la nouvelle constitution de la Somalie comme la "torture". L'article 15 (4) de la constitution provisoire stipule: "L’excision des filles est une pratique coutumière cruelle et dégradante, et équivaut à la torture. L'excision des filles est interdite".

    Cependant, il n'existe aucune loi spécifique contre l'excision, et la pratique reste très répandue à la fois dans les zones rurales et urbaines de ce pays de la Corne de l'Afrique.

    Daahir est sur la défensive quand on lui demande pourquoi elle a autorisé l’excision de sa fille. "Notre religion nous autorise à purifier nos filles pour qu'elles puissent se marier quand elles atteindront la maturité. Le gouvernement ne peut pas nous empêcher de pratiquer notre religion", indique-t-elle à IPS.

    Elle affirme que sa fille, tout comme "d’autres filles de cette époque", a été excisée suivant la forme sunna de l’excision prescrite par la religion islamique.

    Cette méthode implique la coupe partielle du clitoris. Une autre forme de MGF pratiquée en Somalie, c’est la forme pharaonique, qui consiste en l'ablation totale du clitoris ainsi que des petites et grandes lèvres. L'orifice vaginal externe est également suturé, en dehors d’une petite ouverture qui est laissée pour la miction.

    Toutefois, Daahir souligne que contrairement au passé, une infirmière qualifiée, et non une exciseuse traditionnelle sans formation, a excisé sa fille. Son point de vue est largement répandu dans la capitale du pays.

    Mais dans les régions de la Somalie qui n'ont pas été touchées par deux décennies de guerre dans le pays, la pratique a diminué.

    En avril, l'UNICEF a publié une enquête basée sur des interviews réalisées dans la région du Puntland et dans l'Etat sécessionniste du Somaliland, dans le nord de la Somalie, qui a montré que la pratique des MGF a diminué. Cette enquête, menée en collaboration avec les gouvernements locaux, a révélé que 75 pour cent des filles âgées d’un à 14 ans n'ont pas été excisées, contre 99 pour cent des jeunes filles qui ont subi la procédure dans d'autres régions de la Somalie.

    Selon l'UNICEF, le Programme conjoint du Fonds des Nations Unies pour la population et l’UNICEF a engagé plus de 300.000 membres et acteurs des communautés dans des discussions sur l'abandon des MGF au Puntland et au Somaliland.

    Peut-être la raison pour laquelle la pratique a diminué dans le nord est que la région a bénéficié d’une stabilité relative au cours des deux dernières décennies, tandis que le reste du pays a été pris dans une guerre civile clanique qui a commencé en 1991.

    Des campagnes de sensibilisation et d'éducation du public sur les dangers des MGF ne pouvaient pas être menées dans ces régions instables comme elles l'étaient au Somaliland et au Puntland.

    Les mentalités par rapport aux MGF sont en train de changer. Cependant, des activistes dans le pays affirment à IPS que la société somalienne n’abandonne pas le rituel, mais adopte plutôt une forme moins sévère des MGF appelée Sunna.

    "Les Somaliens ne laissent pas leurs filles non-excisées, bien qu’ils n'utilisent pas la forme pharaonique brute de la pratique, ils emploient la Sunna qui, par rapport à la méthode traditionnelle, est non-invasive", explique à IPS, Halimo Ali, une activiste sociale à Mogadiscio.

    Ali indique qu'elle constate que les gens se tournent vers la forme sunna des MGF, dans laquelle moins de cinq pour cent de l’excision est faite, par rapport à la forme pharaonique qui "enlève complètement tout".

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