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SOMALIE: Une 'guerre civile' éclate au sein d’Al-Shabaab

    By Muhyadin Ahmed Roble

    NAIROBI, 22 oct (IPS) – Pendant des années, le groupe extrémiste islamiste Al-Shabaab était vu comme la force la plus cohérente, la plus unie et la plus puissante dans l’Etat de Somalie en faillite. Mais il se désagrège désormais comme un château de cartes à cause des divisions internes et des luttes pour le pouvoir entre ses dirigeants.

    Cette affirmation vient d’Abdiwahab Sheikh Abdisamad, un professeur d’histoire et de sciences politiques à l'Université Kenyatta, au Kenya.

    "Ils [les militants] se transforment en mini-groupes belligérants, se chassant les uns les autres en raison de leurs différences idéologiques en détérioration, et bien sûr [le groupe] est au bord d’une guerre civile interne", a déclaré Abdisamad à IPS, à Nairobi, la capitale du Kenya.

    Al-Shabaab a revendiqué le siège terroriste de quatre jours en septembre sur le centre commercial Westgate au Kenya qui a entraîné la mort de plus de 70 personnes, et l’attentat à la bombe du 13 octobre à Addis-Abeba, la capitale de l’Ethiopie, qui a tué deux ressortissants somaliens qui étaient soupçonnés d'être des suspects.

    Mais ce groupe militant, qui a officiellement rallié Al-Qaïda en 2012, est dans un conflit de leadership et de stratégie qui l'a divisé en deux factions – des djihadistes mondiaux et des nationalistes locaux.

    Abdisamad voit ces divisions internes des militants comme une occasion d’or pour le gouvernement somalien d’accepter des éléments moins extrémistes et d'esprit nationaliste.

    "Au début, Al-Shabaab était formé par défaut, non par conception", a-t-il indiqué, ajoutant que si le gouvernement somalien ne capitalisait pas sur cette scission et ne tendait pas la main à la faction nationaliste, les djihadistes mondiaux gagneraient et deviendraient plus forts.

    "Puis, l'avenir de la Somalie sera incertain, la stabilité de la région sera mise en cause et sans doute la stabilité du monde entier sera mise en cause aussi", a souligné Abdisamad.

    Il a expliqué que le moment qui a transformé la guerre interne du groupe en une bataille ouverte et publique, c’était lorsque deux co-fondateurs et hauts dirigeants d'Al-Shabaab, Ibrahim Haji et Moalim Burhan, ont été tués par des membres du groupe en juin.

    Jama, qui était mieux connu par son surnom "Al-Afghani" en raison de sa formation auprès d'Al-Qaïda en Afghanistan, avait une prime de cinq millions de dollars US sur sa tête.

    Mais le porte-parole d’Al-Shabaab, Sheikh Abdiaziz Abu Musab, a nié une scission au sein du groupe et avait déclaré que Jama et Burhan ont été délibérément tués dans une fusillade lorsqu’ils ont rejeté un mandat d'arrêt d'un tribunal de la charia.

    Deux djihadistes étrangers, Omar Hammami, né en Amérique, appelé Abu Mansoor Al-Amriki, qui était sur la liste des personnes les plus recherchées par le FBI avec une récompense de cinq millions de dollars pour sa capture, et Osama al-Britani, un citoyen britannique d'origine pakistanaise, ont été également tués par Al-Shabaab le mois dernier.

    Al-Amriki était peut-être le propagandiste le mieux connu d’Al-Shabaab à cause de ses vidéos de rap djihadiste anglais. En 2012, il était le premier membre du groupe à révéler la division du groupe à travers un court clip vidéo en ligne dans lequel il affirmait que sa vie était en danger.

    Il était en fuite et a survécu à plusieurs tentatives d'assassinat de la part de l'unité Amniyat, une division des renseignements d'Al-Shabaab dirigée par Ahmed Abdi Godane, qui est également appelé Sheikh Mukhtar Abu Zubeyr, et est le chef suprême du groupe. Al-Amriki a été finalement tué en septembre.

    Abdisamad a expliqué que Godane est un partisan du jihad mondial qui croit que la Somalie appartient à tous les musulmans à travers le monde. "La faction djihadiste mondiale [de Godane] a un programme au-delà de la Somalie et veut répandre l'islam de la Chine au Chili, du Cap au Canada", a indiqué Abdisamad.

    Sheikh Hassan Dahir Aweys, un autre membre du groupe qui s’était aligné sur la faction d'esprit nationaliste à laquelle Jama appartenait, s'est échappé de la plus grande base restante d'Al-Shabaab à Barawe, qui est située à environ 180 kilomètres au sud de Mogadiscio, la capitale de la Somalie.

    Il s'est rendu au gouvernement somalien à la suite de l'assassinat de Jama et de Burhan. Selon Abdisamad, Aweys et sa faction sont considérés comme moins extrémistes puisque leur intention est de créer un Etat islamique à l’intérieur des frontières de la Somalie et non de déranger les pays voisins.

    "La faction du nationalisme religieux est contre la mondialisation du conflit en Somalie, les assassinats aveugles et le meurtre des religieux, des universitaires et de tous ceux qui semblent ne pas avoir favorisé les militants. Pendant des années, elle a fait campagne pour remplacer Godane, ce qu'elle n'a pas réussi [à faire]", a expliqué Abdisamad.

    Des gens croient que la division interne du groupe a contribué à la perte des villes stratégiques dans le sud et le centre de la Somalie, y compris une partie de Mogadiscio.

    Le marché de Bakara, dans la capitale, était leur principale source de financement puisque le groupe générait des millions de dollars à partir de là à travers les taxes et les extorsions auprès des entreprises de télécommunication et de la communauté des affaires en général. Al-Shabaab a été chassé de Mogadiscio en 2011 par les forces somaliennes et les troupes de la Mission de l'Union africaine en Somalie (AMISOM).

    Exactement un an plus tard, le groupe a perdu sa dernière source de revenus restante la plus grande – le bastion de Kismayo, une ville portuaire dans le sud de la Somalie.

    Selon un rapport des Nations Unies, Al-Shabaab se faisait entre 35 et 50 millions de dollars annuellement à partir des ports de Kismayo et de Marko dans le sud. Ces deux ports sont désormais sous le contrôle des forces somaliennes et des troupes de l'AMISOM.

    "Une telle perte de sources économiques et les divisions internes ont amené des centaines de combattants d'Al-Shabaab à faire défection pour rejoindre le gouvernement", a indiqué à IPS, Mohamed Abdi, un journaliste somalien. Le groupe, a-t-il affirmé, n'a pas réussi à continuer à payer régulièrement ses combattants, "comme il le faisait" avant que les contraintes financières n’apparaissent.

    Abdi a déclaré que les contraintes financières et la scission ouverte au sein de la direction du groupe ont largement détruit le moral, la loyauté et la capacité des militants de base du groupe. Cela a amené des centaines d’entre eux à déserter pour se rendre au gouvernement ou à fuir l'organisation pour se cacher en Somalie ou dans des pays voisins.

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