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SOMMET DE DOHA: Doha : pas de place ni pour les jeunes, ni pour la société civile

    Stephen Leahy

    DOHA, 04 décembre (IPS) – Contrairement aux précédentes conférences de l'ONU sur le climat, les jeunes n'ont pas le droit à la parole dans le centre de conférences de Doha. Tandis que la société civile est reléguée à la marge.

    Beatrice Yeung aura 18 ans dans un mois. Cette étudiante de Hong-Kong a fait le voyage jusqu'à Doha pour participer à la dix-huitième conférence des Nations Unies sur le climat (COP 18) et porter le message de sa génération : « Le monde que vous créez, c'est nous qui y vivrons ». Mais elle doit rester à la porte.

    C'est à l'extérieur de la « zone de sécurité » du Centre national de conférences du Qatar que nous avons rencontré la jeune fille. Présente en tant que journaliste, elle n'y a même pas le droit de prendre des photos. Sans raison évidente, la sécurité autour de la COP 18 est particulièrement stricte. Sans compter que les représentants de la société civile, bien moins nombreux que d'habitude, subissent eux aussi des restrictions sans précédent. Pas d'affiche.

    Pas de prospectus. Pas de manifestation, si ce n'est dans des zones confinées, à l'écart des négociations. Le temps de parole des ONG, lors des cessions officielles, a été divisé par deux. Elles doivent se contenter d'une minute.

    « Je suis frustrée, désillusionnée », explique Beatrice Yeung à IPS. « J'étais à la COP 15 à Copenhague, pour participer au 'Forum climatique des enfants', et j'ai été touchée par les témoignages d'enfants de pays en développement confrontés au changement climatique ». Cette année à Doha, elle n'a pas accès à la conférence car elle n'a pas encore 18 ans. « Interdit aux mineurs : cette règle m'a abasourdie ».

    Beatrice Yeung s'était aussi rendue en juin dernier au Brésil, où elle a participé activement à la conférence Rio+20. Elle faisait partie d'une délégation étudiante de l'association 'Students on Ice', concernée par les régions polaires. « A Rio, j'ai pu parler directement avec des délégués officiels », raconte-t-elle, soulignant que plusieurs de ces délégués avaient salué cet engagement de la jeunesse.

    Sous surveillance

    «De plus en plus, la société civile est perçue comme une gène, et reléguée hors du processus », constate Trudi Zundel, une étudiante canadienne à l'Université de l'Atlantique, dans le Maine, aux États-Unis « C'est déjà suffisamment compliqué de se faire entendre sans avoir un rôle officiel. Et ici à Doha, la société civile, comme d'ailleurs les médias, est repoussée dans les coins les plus reculés de ce gigantesque bâtiment ». Le Centre national de conférences du Qatar, qui a coûté 1,4 milliards de dollars, couvre 40 000 m2 sur trois niveaux.

    Trudi Zundel est majeure, mais elle s'est vue refuser l'accès à la COP 18 en raison de sa participation à une manifestation lors du dernier jour de la précédente conférence, l'an dernier à Durban. Bien qu'ayant signé une déclaration par laquelle elle promettait de ne pas manifester cette année, elle a encore dû passer un entretien en tête à tête avec le responsable de la sécurité des Nations Unies. « J'ai dû le convaincre que je ne recommencerai pas », raconte-t-elle.

    Elle finalement obtenu son laisser-passer. Mais ce n'a pas été le cas d'Anjali Appadurai, étudiante dans la même université. C'est elle qui avait fait le fameux discours « Get in done » à l'issue de la COP 17 à Durban, en Afrique du Sud, attirant l'attention de nombreux médias internationaux.

    Après une semaine de mobilisation, et notamment une vague de protestation de la société civile sur Twitter, elle a finalement obtenu le droit de pénétrer dans le bâtiment. Mais elle est sous surveillance et a été contrainte par le Secrétariat de la CCNUCC d'effacer un tweet dans lequel elle remerciait les ONG pour leur soutien.

    La CCNUCC, Convention cadre des Nations unies sur les changement climatiques, est le cadre au sein duquel se déroulent les négociations sur le climat. C'est son Secrétariat qui organise les COP chaque année dans un pays hôte.

    Aux yeux d'Anjali Appadurai, qui a participé en tant que déléguée de la jeunesse aux deux précédentes COP, les intimidations et les sanctions, auxquelles s'ajoute une application stricte du règlement, ont sévèrement dégradé les relations entre le Secrétariat et la société civile.

    « Nous représentons un public plus large », explique-t-elle. « Notre apport devrait être valorisé. Mais il ne l'est pas ici ».

    « Les jeunes ont conscience de l'urgence. Pas nos dirigeants »
    Des représentants de la jeunesse ont pu faire part de leurs préoccupations à Christina Figueres, la secrétaire exécutive de la CCNUCC, la semaine dernière. Beatrice Yeung faisait partie du nombre.

    « Christina Figueres n'a pas expliqué clairement pourquoi les moins de 18 ans n'étaient pas autorisés à participer », explique-t-elle. « Nous essayons simplement de faire entrer la voix de la jeunesse dans le processus ».

    Même si les COP restent importantes à ses yeux, elle a appris « cette leçon : les dirigeants de la planète ne résoudront pas la question du réchauffement climatique. Nous devons créer les solutions par nous-mêmes ».

    Jane Nurse, étudiante germano-canadienne à l'Université de l'Atlantique, a elle-aussi participé à cette réunion où Christina Figueres a suggéré que les jeunes « soient plus créatifs et utilisent le pouvoir des réseaux sociaux ».

    Elle a « trouvé cela condescendant. Ce qu'il faut, c'est que nous puissions rencontrer face à face les représentants des États ».

    Les représentants de la jeunesse ont également rencontré Mary Robinson, ancienne présidente de l'Irlande et ancienne commissaire de l'ONU aux Droits de l'Homme. « Elle nous a demandé pourquoi les jeunes n'étaient pas en colère face à l'absence de progrès de la COP. Mais nous le sommes, en colère. Seulement, si nous le montrons, nous serons expulsés », lance Jane Nurse.

    Pour elle, les négociateurs à Doha sont comme dans un cocon, isolés de la réalité et de tout sentiment d'urgence, enfermés dans un système de jeu politique.

    « Je vais continuer à essayer d'ouvrir l'accès aux moins de 18 ans », conclut Beatrice Yeung. « Le climat est une question de justice internationale. Les jeunes ont conscience de l'urgence. Pas nos dirigeants ».

    (FIN/IPS/2012)

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