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SOUDAN: Aucune étude claire sur les impacts du barrage de Merowe

    By Reem Abbas

    KHARTOUM, 16 jan (IPS) – Le barrage de Merowe de plusieurs milliards de dollars sur le Nil a plus que doublé la fourniture en électricité du Soudan, mais ses impacts environnementaux demeurent inconnus du public et des communautés qu’il touche.

    Le barrage de Merowe, qui a été achevé en 2010, affectera l’écologie aquatique du Nil au Soudan en bloquant la migration des poissons et en dégradant la qualité de l’eau.

    Il fera également évaporer au moins huit pour cent de la part annuelle du Soudan dans l'Accord sur les eaux du Nil, et produira du dioxyde de carbone et du méthane, deux gaz à effet de serre nocifs.

    "La population soudanaise n’est pas consciente de l'impact dévastateur du barrage de Merowe sur l'environnement", a déclaré à IPS, Ali Askouri, un défenseur des droits de l’Homme et le représentant de 'Hamdab Affected People' (Personnes affectées de Hamdab), un groupe luttant pour l'indemnisation et la reddition de comptes en faveur des populations affectées par le barrage.

    Aucune étude détaillée de l'impact du barrage de Merowe sur les communautés en aval n’a été publiée et Askouri s'inquiète du fait que lorsque les effets deviendront clairs, ce sera trop tard pour agir.

    "Personne ne sait ce que l'impact sera sur les communautés en aval, mais à partir d'autres projets similaires, nous pouvons prévoir un impact catastrophique qui peut prendre du temps à se matérialiser", a indiqué Askouri à IPS.

    Le barrage de Merowe ou le 'Merowe Multi-Purpose Hydro Projet' (Projet hydraulique à but multiple de Merowe) est le plus grand projet hydroélectrique contemporain en Afrique. Situé dans la ville de Merowe, dans le nord du Soudan, son objectif principal est de fournir de l'électricité pour la population croissante du pays.

    Ahmed Saad, qui a travaillé sur l'un des projets construits pour la communauté de Merowe par les entrepreneurs, estime que les habitants de la ville sont tiraillés entre l’appréciation des nouveaux changements positifs que le barrage a apportés à leur communauté, à travers la construction d'un hôpital et des écoles, de nouveaux services et la rénovation du campus universitaire, et le constat de l'impact négatif que le barrage a eu sur leurs moyens de subsistance.

    "Les gens se sont plaints de ce que l'humidité provenant du lac du barrage a affecté la production des dattes, l'un des éléments importants dans leur régime alimentaire et l’un de leurs principaux produits d'exportation", a déclaré Saad, qui a ajouté qu'il a plu à Merowe quand il y était et que la pluie est très rare dans cette zone.

    Les habitants de Merowe ont même commencé à observer les changements lors de la construction du barrage. Saad, qui y était installé pendant quelques mois, a fait des observations sur la production de poissons puisqu’elle continuait de diminuer ainsi que la sécheresse dans les zones qui étaient humides ou inondées avant le barrage – un changement qui a affecté l'agriculture dans la région.

    Le barrage a été construit sur la quatrième cascade du Nil entre 2003 et 2009 par 'Lahmeyer International', un cabinet-conseil allemand en ingénierie; deux sociétés chinoises, la 'China International Water and Electric Corp' et la 'Harbin Power Engineering Co'; ainsi que la société énergétique française, 'Alstom'. Il a été financé par le gouvernement soudanais, la 'China Import Export Bank' ainsi que les banques et organisations de développement arabes.

    'Lahmeyer International', l'une des entreprises contractantes, était chargée de produire le 'Environmental Impact Assessment Report' (Rapport d'évaluation de l'impact environnemental – EIAR) et le document avait été produit en avril 2002.

    "Les entreprises, qui sont derrière le barrage de Merowe, n'ont jamais préparé un bon Rapport d'évaluation de l'impact environnemental, et le gouvernement n'a jamais publié l’étude de mauvaise qualité qui a été préparée", a affirmé Peter Bosshard, directeur des politiques à 'International Rivers Network' (Réseau international des fleuves – IRN).

    L’IRN, une organisation qui soutient la durabilité et vise à stopper les barrages destructeurs tout en promouvant des solutions hydrauliques et énergétiques sensibles à l'environnement, a écrit sur les impacts environnementaux du barrage de Merowe depuis 2005.

    En 2005, cette organisation internationale a reçu une copie du 'EIAR confidentiel' produit par 'Lahmeyer International' et l’a transmis à l'Institut fédéral suisse des sciences aquatiques et la technologie (EAWAG), pour examen.

    Cet examen, publié en 2006, a révélé que le rapport ne suit pas les directives de la Banque mondiale ou de la Commission mondiale des barrages en matière de rédaction de l’EIAR pour des projets de barrage. L’IRN a ensuite demandé aux entrepreneurs de suspendre le projet jusqu'à ce qu’une enquête supplémentaire sur les impacts environnementaux puisse être menée.

    "Les berges sont les sols les plus fertiles dans la région, elles sont maintenant inondées et de nouvelles rives du lac se développent et en raison des fluctuations des niveaux d'eau, les rives de lac sont difficiles à utiliser pour la production agricole", a expliqué à IPS, le professeur Bernhard Wehrli, qui a été co-auteur du rapport de l’EAWAG.

    Il a ajouté qu’une pêche productive dépend des berges et rives stables, et que les fluctuations des niveaux d'eau provoquées par le barrage nuiront à la reproduction des poissons et à la croissance des jeunes poissons.

    Le rapport a mentionné le barrage d'Assouan en Egypte, également sur le Nil, comme un exemple puisqu’il a été étudié à plusieurs reprises, et a indiqué que l’EIAR du projet de Merowe n’a pas mentionné le Haut barrage et n’a pas examiné les mesures prises pour résoudre les problèmes environnementaux croissants là-bas.

    "Le Haut barrage d'Egypte a révélé qu'il existe de graves conséquences pour la population et les systèmes de maintien de la vie en aval", a souligné Wehrli.

    L'équipe de l'EAWAG a utilisé son expérience pour rechercher des barrages dans différents pays, tels que le Haut barrage, afin d’évaluer les conséquences éventuelles du barrage de Merowe et suggérer des options pour aider à minimiser les dommages environnementaux.

    "Pour préserver l'eau dans les réservoirs, vous réduisez la surface du lac pour une conception efficace du barrage. L’entrée des turbines doit être aussi variable afin d’utiliser l’eau riche en oxygène", a expliqué Wehrli, ajoutant que l'eau riche en oxygène réduit les grands dommages causés à la pêche en aval ainsi que la dégradation de la qualité de l'eau.

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