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SOUDAN: Des journées sanglantes dans le pays

    By Zeinab Mohammed Salih

    KHARTOUM, 27 sep (IPS) – Des activistes affirment que plus de cent personnes ont été tuées et des milliers blessées cette semaine lors des manifestations au Soudan à la suite de la suppression des subventions au carburant.

    Des manifestations font rage à Khartoum, Maddani, la deuxième ville située à 200 kilomètres au sud de la capitale, à Port-Soudan sur la côte de la mer Rouge et dans divers autres endroits depuis que le gouvernement a supprimé les subventions lundi.

    Des voiles de fumée noire sont désormais monnaie courante au-dessus des silhouettes de la capitale. Les manifestants ont ciblé des stations-service, postes de police et postes de contrôle. Les routes ont été bloquées avec des véhicules en feu, y compris la route de l'aéroport de Khartoum. Les autorités gouvernementales ont condamné ces manifestations, les qualifiant de "sabotage prémédité".

    Comme les tensions ont augmenté, les ambassades et compagnies étrangères ont été mises en état d'alerte, bon nombre fermant les bureaux non essentiels et centres culturels, tandis que leurs employés ont été invités à rester chez eux.

    L'ambassade américaine à Khartoum a lancé un appel au calme. Dans un communiqué, elle a déclaré: "Nous appelons toutes les parties à ne pas recourir à la force et à respecter les libertés civiles et le droit de réunion pacifique", et a regretté "les informations sur des blessures graves et attaques contre les biens au cours des manifestations qui ont dégénéré".

    Les forces de sécurité ont tiré sur les foules à partir des véhicules blindés et des hélicoptères dans la banlieue d’Omdurman, à Khartoum. Les victimes des violences ont été tuées par balles à la tête et à la poitrine.

    Pendant ce temps, il y a des informations selon lesquelles des éléments des Forces armées soudanaises refusent d'exécuter les ordres du président Omar al-Bashir visant à maîtriser la situation dans les rues.

    Certains manifestants ont ciblé les bureaux du 'National Congress Party' (NCP), le parti au pouvoir, tandis que d'autres se sont rassemblés à l'extérieur des entreprises appartenant à des membres supérieurs du NCP, telles que l'usine de la soude à vapeur. Dans beaucoup de cas, la police et les Services nationaux des renseignements et de sécurité (NISS) ont tenté de briser les manifestations en utilisant la force extrême.

    Des activistes ont dénoncé l’arrestation des leaders des partis d'opposition avant la levée des subventions au carburant, afin de les empêcher d'organiser des manifestations. Depuis lors, des milliers de manifestants ont été mis en détention préventive par la police et les NISS.

    Cependant, les manifestants continuent de résister. Hafiz Ismail, un économiste et commentateur, a déclaré à IPS: "Les manifestants amèneront le gouvernement à changer ses politiques – des politiques qui tueront le peuple lentement".

    Commentant les déclarations du gouvernement selon lesquelles la suppression des subventions permettrait de relancer l'économie soudanaise, il a affirmé: "Ils mentent et manquent de respect pour le peuple soudanais. En outre, ces mesures n'affecteront pas les riches, mais nuiront seulement aux pauvres".

    Hoyida Mohamed, 24 ans, à Omdurman, a déclaré à IPS qu’elle a protesté toute la nuit, pour lutter contre la hausse des prix du carburant et demander au gouvernement de démissionner. "Les nouvelles politiques rendront impossibles nos vies, qui sont déjà dures. Maintenant, nous n'avons pas la chance d'aller à l'université ou obtenir un traitement lorsque nous tombons malades. Nous voulons que ce gouvernement s’en aille. Nos vies sont devenues très dures sous ce régime".

    Rishan Oshi, une activiste qui a participé aux manifestations dès le début, a indiqué à IPS qu'elle protestait contre le "manque de respect du gouvernement pour le peuple soudanais. Ils veulent se remplir les poches avec nos salaires".

    "Les hausses de prix sont incroyablement injustes. Les gens qui protestent sont des personnes ordinaires et n'appartiennent à aucun parti politique. Je considérais cela comme une révolution des opprimés et des affamés".

    La majorité de la population au Soudan est pauvre.

    Pendant ce temps, les services Internet ont été fermés dans ce qui semblait être une tentative officielle d'étouffer la couverture des manifestations. Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a appelé à la fin du blocage.

    "Il n'y a aucune justification pour qu’un gouvernement quelconque coupe le flux vital de l'information par Internet, dont dépendent les journalistes et les citoyens", a souligné Sherif Mansour, coordonnateur du programme du CPJ au Moyen-Orient et en Afrique du nord.

    Le gouvernement a réussi un coup dans la façon dont les protestations ont été rapportées. Les journaux 'Al-Ayam', 'Al-Qarar' et 'Al-Youm al-Tali' ont prétendument changé les reportages sur les manifestations à la suite de la pression des forces de sécurité soudanaises. Le Réseau des journalistes soudanais a appelé à une grève, à partir de jeudi.

    Les prix du carburant ont augmenté de plus de 90 pour cent depuis que les subventions ont été supprimées. Et le taux d'inflation annuel, qui se situait auparavant à 50 pour cent, pourrait grimper à 100 pour cent.

    Ismail a indiqué que le gouvernement pourrait engager un dialogue avec les partis d’opposition dans le but d’aborder les difficultés économiques du pays. Il a ajouté que le gouvernement devrait rechercher la réconciliation, affirmant que la suppression des subventions est inefficace.

    Les manifestations pourraient se poursuivre pendant les tout prochains jours.

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