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SOUDAN DU SUD: "La justice est à l’eau" dans un comté

    By Jared Ferrie

    JUBA, 27 août (IPS) – Les militaires sud-soudanais seraient en train de battre et de torturer des civils en pleine campagne de désarmement dans l'Etat de Jonglei, et beaucoup n’ont pas pu avoir accès à la justice en raison d'un manque de procureurs et de juges, selon les Nations Unies et 'Human Rights Watch' (HRW).

    "La justice et la responsabilité à Jonglei semblent être tombées à l’eau", a indiqué Daniel Bekele, directeur Afrique de HRW, dans une déclaration à l’endroit du président sud-soudanais, Salva Kiir, puisque HRW lui a demandé d'intervenir."Les autorités devraient enquêter sur le cycle de violences à Jonglei, mettre immédiatement un terme aux violations commises dans le cadre du désarmement civil, et veiller à ce que les coupables soient tenus responsables".Les exactions présumées se produisent dans le comté de Pibor, qui est à 273 kilomètres environ de Juba, la capitale du Soudan du Sud. Cette région est le territoire traditionnel des Murle, un groupe ethnique impliqué dans des affrontements avec les Lou Nuer qui ont eu lieu toute l’année 2011 jusqu'au début de 2012.L'ONU a déclaré que plus de 1.000 personnes ont été tuées à Jonglei en 2011. En outre, au moins 900 personnes – pour la plupart des Murle – ont été tuées dans des attaques et contre-attaques de décembre à février, selon un rapport publié le 25 mai par la mission de paix de l'ONU.Après les affrontements, le gouvernement sud-soudanais a commencé une campagne de désarmement à l’échelle de l'Etat et lancé un processus de paix visant à réconcilier les Murle et les Lou Nuer.Mais cette campagne de désarmement a été ternie par des allégations d’exactions. Le 30 avril, une coalition de groupes de la société civile comprenant 'Pact', une organisation basée à Washington DC, et la 'South Sudan Law Society', a publié un rapport enquêtant sur les violences au cours de la phase de désarmement volontaire. Ce rapport a prévenu que les violences étaient susceptibles de se multiplier à mesure que le désarmement entrait dans la phase d'exécution au début de mai.Elizabeth Ashamu, une chercheuse à HRW, a déclaré à IPS que l'accès à la justice est un problème dans une grande partie du Soudan du Sud, qui est l'un des pays les plus pauvres au monde et dispose d'un système juridique sous-développé. Mais elle a affirmé que des efforts particuliers devraient être faits pour s'assurer que les civils aient accès à la justice dans le contexte d'un programme de désarmement qui est en train d’être mené par l'armée qui a un passé dans les exactions perpétrées contre des civils.Ashamu a dit qu'il n'y a pas de procureur ou de juge civil dans le comté de Pibor où HRW a concentré ses recherches. Bien que les plaignant(e)s puissent amener leur affaire devant la police, s'il n'y a pas de procureur dans le comté, l’affaire ne sera jamais entendue devant un tribunal local. Les victimes devraient donc voyager par voie terrestre jusqu’à Bor, la capitale de l’Etat de Jonglei, où il existe un procureur. Mais Bor est inaccessible pendant la saison des pluies actuelle au cours de laquelle les routes sont inondées."C'est simplement physiquement difficile pour toute personne de déposer une plainte", a-t-elle indiqué dans une interview. "Il y a aussi la peur de se présenter pour déposer une plainte, qui est exacerbée lorsque l'exaction est commise par des militaires".Entre le 19 et le 26 juillet les chercheurs de HRW ont interrogé des victimes et des témoins qui ont accusé des militaires d’avoir tiré sur des civils et de les avoir battus. Une femme a dit qu’environ cinq militaires l'ont battue alors qu'elle avait son bébé attaché au dos.

    Un homme avait des cicatrices visibles dues aux cordes qui, selon lui, ont été utilisées pour l'attacher à un arbre et aux bâtons utilisés pour le bastonner. Un autre homme a dit que lui et six autres ont été soumis à la torture par l'eau."Ils nous ont emmenés vers une flaque d'eau et ont poussé nos têtes sous l'eau. Puis ils nous ont relevés, battus, et demandé si nous avions des armes à feu. Puis ils ont enfoncé à nouveau nos têtes dans l'eau", a-t-il confié à HRW. "Il y avait cinq militaires (chacun) tenant chacun de nous – un militaire par jambe et par bras, et une personne pour enfoncer nos têtes dans l'eau".La mission de maintien de la paix de l'ONU a également publié une déclaration le 24 août enquêtant sur des exactions présumées, notamment des viols, enlèvements et des simulations de noyade."La plupart des victimes sont des femmes et, dans certains cas, des enfants", a indiqué la mission, demandant aux autorités de tenir les auteurs responsables tout en notant que l'armée a pris des mesures pour enquêter sur des cas de viol. La mission a ajouté que l'armée dit qu'elle a ordonné aux officiers supérieurs de mener des enquêtes et a rappelé les patrouilles qui seraient impliquées dans des "incidents criminels".Médecins sans frontières (MSF) a déclaré à IPS que de la mi-mars au 20 août, elle a traité 90 personnes souffrant de blessures traumatiques violentes dans la ville de Pibor, et les villages environnants. De ce nombre, trois sont mortes de leurs blessures. L'équipe médicale de l'organisation a également soigné 16 victimes de viol et huit victimes de tentative de viol au cours de la même période."Il s’agit juste des patients qui sont venus à MSF pour se faire soigner, et MSF s'inquiète qu'il pourrait y avoir d'autres personnes souffrant de blessures traumatiques, qui ne se sont pas présentées pour demander des soins médicaux", a souligné Stefano Zannini, chef de mission de MSF.La mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) a affirmé le 24 août qu’il y a eu "des améliorations significatives dans la situation sécuritaire dans l'Etat de Jonglei" depuis les affrontements survenus au début de cette année, mais que des incidents d’exactions se sont multipliés récemment."La MINUSS est préoccupée par la multiplication récente de graves violations des droits humains qui seraient commises par certains éléments indisciplinés de l'armée sud-soudanaise, (Armée de libération du peuple du Soudan – SPLA) dans le comté de Pibor".La mission a indiqué qu'entre le 15 juillet et le 20 août, ses équipes de surveillance ont enregistré un meurtre, 27 allégations de torture ou de mauvais traitements, 12 viols, six tentatives de viol et huit enlèvements.

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