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SOUDAN DU SUD: Des 'agents de l’Etat' s'en prennent aux journalistes et aux humanitaires

    By Jared Ferrie

    JUBA, 5 juil (IPS) – Depuis l’âge de 18 ans, Zechariah Manyok Biar a combattu dans l'armée révolutionnaire qui a gagné l'indépendance du Soudan du Sud vis-à-vis du Soudan en juillet 2011. Mais ce jeune aujourd’hui âgé de 28 ans est en exil, fuyant le pays qu’il a aidé à libérer.

    Cet ancien fonctionnaire du ministère des Ponts et Chaussées du Soudan du Sud a écrit des articles d'opinion critiquant le gouvernement, qui ont été publiés sur le site Internet du journal 'Soudan Tribune', basé à Paris. Biar a été contraint de fuir le Soudan du Sud en décembre 2012 après avoir reçu des informations selon lesquelles des membres des forces de sécurité du pays envisageaient de le tuer.

    "S'il n'y a pas de liberté d'expression, i

    l n'y a pas de liberté, et nous luttions pour la liberté", a déclaré Biar à IPS au téléphone depuis un lieu caché. "Ce qui est troublant pour moi, c'est que nous sommes encore pires que le gouvernement de Khartoum".

    Biar a dit qu'il a rencontré des agents du Service de sécurité nationale ainsi que de la police et a demandé la protection. Mais il a finalement décidé de quitter le pays après un manque de progrès dans l'enquête sur les menaces proférées contre lui.

    Biar croit que cette inaction prouve que les suspects ont des relations avec des gens proches du président Salva Kiir. Il a ajouté qu'il pense qu'un "petit groupe" mais "influent" au sein du gouvernement mène des attaques contre les critiques, contre les souhaits de Kiir. Il a affirmé qu'ils agissent dans leur propre intérêt pour garder leurs postes en assurant que Kiir ne sera pas remplacé à cause d’un mécontentement populaire.

    "Ce sont des gens qui pensent qu'ils protègent le président. Ce sont des gens qui croient que l'échec du Soudan du Sud signifierait l'échec du président et par conséquent, la perte de leur privilège", a indiqué Biar.

    Il y a des inquiétudes croissantes que le Soudan du Sud, la plus jeune nation du monde, soit en train de reproduire certaines des caractéristiques oppressives du régime du Soudan au milieu des rapports de harcèlement et d'attaques contre des journalistes, des critiques du gouvernement et des travailleurs humanitaires.

    Les Nations Unies ont exhorté à plusieurs reprises le gouvernement du Soudan du Sud à empêcher les forces de sécurité d'attaquer des journalistes et des activistes, de harceler les travailleurs humanitaires, et de tuer des civils.

    "La MINUSS est profondément troublée par des informations indiquant des menaces, l'intimidation, le harcèlement et des attaques contre des journalistes, des activistes de la société civile et des droits humains", a déclaré aux journalistes en février, à Juba, la capitale, Hilde Johnson, chef de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS).

    Johnson a demandé qu’on retrouve "les responsables des violations des droits humains commises par les forces de sécurité". Elle a indiqué que le gouvernement devrait publier les résultats d'une enquête promise sur le massacre de 13 civils le 4 décembre 2012 dans l'Etat de Jonglei, qui aurait été commis par des soldats gouvernementaux. Elle a également exhorté le gouvernement à poursuivre les auteurs du meurtre du journaliste Isaiah Abraham le 5 décembre 2012, très critique pour le gouvernement.

    Barnaba Marial Benjamin, porte-parole du gouvernement, a déclaré aux journalistes à Juba que les autorités enquêtaient sur le meurtre d'Abraham. Mais il a nié que le massacre de civils à Jonglei l'an dernier ait eu lieu, et a affirmé que les journalistes, travailleurs humanitaires et les activistes étaient libres de faire leur travail au Soudan du Sud.

    "Je crois que nos efforts en matière des droits humains vont bien, nous sommes très transparents à ce sujet", a insisté Benjamin.

    Toutefois, deux spécialistes des droits de l'Homme à la MINUSS ont été arrêtés en janvier alors qu'ils enquêtaient sur les menaces contre des journalistes.

    "Il est impératif que notre mandat et nos immunités diplomatiques soient pleinement respectés", a indiqué à IPS, Ariane Quentier, porte-parole de la mission. "Le gouvernement a rassuré la MINUSS qu'ils respecteront pleinement le mandat des droits de l'Homme de la mission et faciliteront son travail".

    Dans un rapport publié en février, le Bureau de coordination des affaires humanitaires (OCHA) avait noté des attaques ou incidents contre des travailleurs humanitaires, estimant que les zones d'insécurité se sont accrues de 48 pour cent en 2012 depuis l'année précédente. Parmi ces incidents, figurent la bastonnade de 61 membres du personnel, les arrestations arbitraires de 78 travailleurs humanitaires, et la saisie de 97 véhicules. Au total 85 pour cent des incidents ont été créés par des "agents de l’Etat", selon OCHA.

    Mais Benjamin a affirmé que le gouvernement n'a pas été informé de ces cas. "Je ne pense pas que cela se passe en République du Soudan du Sud", a-t-il dit.

    Chase Hannon, qui a travaillé de 2010 à 2012 en tant que conseiller en matière de sécurité pour un groupe de 150 organisations non gouvernementales au Soudan du Sud, a déclaré à IPS que le nombre réel d'incidents est probablement beaucoup plus élevé, comme les ONG ne les signalent pas souvent, puisqu’elles craignent une réaction.

    Hannon a indiqué que des agressions physiques perpétrées par les forces de sécurité sont monnaie courante et impliquent souvent des armes. Elles incluent la bastonnade du directeur national "d’une grande ONG internationale" avec le bout d'un AK-47. Deux directeurs nationaux et un directeur adjoint ont quitté le Soudan du Sud en 2012 en raison des inquiétudes pour leur sécurité personnelle, a-t-il souligné.

    Il a répondu "des dizaines de fois, durant les deux dernières années", au personnel d’ONG en détention, a-t-il ajouté.

    "Presque toutes les forces de sécurité du Soudan du Sud étaient responsables de ces incidents à un moment donné ou à un autre", a affirmé Hannon, citant, entre autres, la police, l'armée, le service national de sécurité, ainsi que les gardes du président et du vice-président.

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