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SOUDAN DU SUD: Des réfugiés hésitent à aller vers des sites sûrs face à une guerre imminente

    By Jared Ferrie

    YIDA, Soudan du Sud, 14 déc (IPS) – Dans la grande agglomération de Yida, juste au sud de la frontière soudanaise, plus de 20.000 personnes se sont rassemblées après avoir fui les combats dans l'Etat du Sud-Kordofan, au Soudan.

    Mais ces gens se retrouvent aujourd'hui prises dans un nouveau conflit, puisque les derniers affrontements le long de la frontière avertissent de l’éventualité d’une guerre.Les combats ont repris la semaine dernière à Jaw, une zone disputée sur la frontière du Sud-Kordofan au Soudan, et de l'Etat d’Unity au Soudan du Sud, une zone revendiquée par les deux pays et qui est à environ 20 kilomètres du camp des réfugiés de Yida, dans l'Etat d’Unity.Alors que les Nations Unies craignent que les combats puissent s'étendre à Yida et tentent de délocaliser les personnes qui sont dans le camp, les réfugiés hésitent à se déplacer.Le porte-parole de l’armée du Soudan du Sud, Philip Aguer, a accusé le gouvernement soudanais d'utiliser des bombardiers Antonov, des chasseurs MIG et de l'artillerie à longue portée ainsi que des troupes terrestres pour lancer une attaque à Jaw, le 4 décembre. Le Soudan a déclaré que Jaw faisait partie de son territoire et a affirmé que cette localité appartenait au Mouvement de libération du peuple du Soudan-Nord (SPLM-N).Les gens du SPLM-N, qui se battent dans le Nil Bleu et les Etats du Soudan, constituaient autrefois deux divisions de l'armée rebelle qui a mené une guerre civile durant deux décennies, qui a conduit à la sécession du sud. Le Soudan du Sud déclare avoir rompu les liens avec le groupe après la déclaration de son indépendance le 9 juillet, mais le Soudan accuse le nouveau pays de continuer de soutenir les insurgés.Les deux pays ont déposé une plainte au Conseil de sécurité des Nations Unies, s’accusant mutuellement de la violation de leur souveraineté.Le 8 décembre, Hervé Ladsous, le sous-secrétaire général pour les opérations de maintien de la paix, a déclaré au Conseil de sécurité que les affrontements de Jaw et d'autres zones frontalières disputées pourraient plonger le Soudan et son voisin du sud nouvellement indépendant dans une guerre totale.Les réfugiés de Yida ont été directement affectés car les groupes humanitaires ont été évacués le 4 décembre, et les acheminements aériens de produits alimentaires ont été interrompus pendant près d’une semaine. Samedi, l'agence humanitaire 'Samaritan's Purse' a transporté en avion le dernier de ses stocks alimentaires de Bentiu, la capitale de l'Etat d’Unity, dans le Soudan du Sud.A ce moment, une femme de 85 ans était décédée pour n’avoir pas mangé pendant quatre jours, et le camp comptait environ 500 enfants malnutris, selon Joseph Konda, administrateur médical du camp.L’un de ces enfants, Hamuda, âgé d’un an, était assis sur les genoux de sa mère dans un centre de nutrition avec un tube d'alimentation inséré dans l’une de ses narines. Sa peau pendait librement sur son cou et ses bras, puisque son corps malnutri a consumé sa graisse de bébé.La mère de Hamuda, Josephina Toona, a déclaré à IPS qu'elle a marché pendant quatre jours pour venir à Yida avec le reste des gens de son village qui ont fui le Sud-Kordofan après que leur maison a été attaquée par les Forces armées soudanaises. Elle a affirmé qu’un avion Antonov a largué des bombes avant que les troupes terrestres ne viennent occuper le village."Pendant que nous venions, nous avons été bombardés à nouveau lorsque nous avons presque atteint Jaw", a-t-elle ajouté.Le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) veut que Josephina et le reste des réfugiés se déplacent vers les trois sites proposés à environ 80 à 100 kilomètres au sud. L'agence a tenu secrets les noms des nouveaux camps craignant que les rebelles y posent des mines terrestres s’ils sont rendus publics."Nous craignons que les combats s’étendent à Yida, qui a été touchée par des frappes aériennes en novembre", a-t-elle dit dans une déclaration du 9 décembre, se référant au bombardement du 10 novembre, ce dont les Nations Unies et la Maison Blanche accusent le Soudan. "Le HCR est en train d'accélérer les efforts visant à transférer les réfugiés loin de la frontière instable, vers de nouveaux sites qui peuvent offrir plus de sécurité et d'assistance complémentaire à l’intérieur du Soudan du Sud", a indiqué l'agence.Les réfugiés sont cependant réticents à quitter Yida pour aller plus au sud et loin de leurs maisons. Hussaine Al Gumbullah, président du camp, a déclaré à IPS que l’un des sites que le HCR propose est juste assez grand pour ne contenir que 9.000 personnes, moins de la moitié de la population de Yida, et il ne contient aucune infrastructure de base. L'autre site est situé dans une zone de basse altitude qui est inondée pendant la saison des pluies et où des groupes de milices pro-Soudan sont actifs.Yida, en revanche, s’est transformée depuis les arrivées en juin en une communauté ordonnée avec des narguilés et des salons de thé construits à partir d’herbes épaisses et de branches dans un secteur de marché animé. Le site comporte également des constructions en ciment dont un centre médical et un centre de distribution alimentaire.Al Gumbullah a ajouté que les sites alternatifs avaient des problèmes de sécurité, y compris les mines terrestres.Le HCR affirme que les sites sont plus sûrs que Yida et espère pouvoir convaincre les réfugiés de les rejoindre.

    "Afin d'assurer un passage sûr, le Centre d'action anti-mines des Nations Unies procède à des sondages et des déminages", a indiqué l'agence. "Nous espérons pouvoir délocaliser un premier groupe de réfugiés qui le voudront très bientôt".Selon le HCR, Yida devient de moins en moins viable, à cause des combats qui deviennent plus fréquents le long de la frontière. Comme l’a souligné l'agence: "L'insécurité croissante a également affecté l'accès humanitaire et le flux de l'aide, provoquant ainsi une perturbation répétée de l’assistance apportée à Yida".L'impasse entre le HCR et les réfugiés n’est pas près d’être réglée. Et la population du camp ne cesse de croître car plus de 60 à 110 personnes arrivent chaque jour.Yida est le seul front où le HCR est confronté à un afflux de réfugiés. Dans l'Etat du Haut Nil au Soudan du Sud, les réfugiés se sont accrus à travers la frontière à un rythme d'environ 650 par jour pour échapper aux combats dans l'Etat du Nil Bleu au Soudan. La plupart d'entre eux sont arrivés à Doro, un camp abritant environ 20.000 personnes.

    "Un groupe de 10.000 réfugiés a été récemment identifié près de Elfoj dans le comté de Maban, dans l’Etat du Haut Nil au Soudan du Sud", a déclaré le HCR". Des milliers d'autres seraient bloqués dans des zones reculées le long de la frontière".Selon le HCR, près de 33.000 personnes ont fui du Nil Bleu vers l'Ethiopie, tandis que le Soudan du Sud a absorbé plus de 50.000 réfugiés depuis le début des combats en juin dans le Sud-Kordofan. Le nombre pourrait augmenter de façon spectaculaire puisque les combats continuent dans les deux Etats.

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