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SOUDAN DU SUD: Forcer les jeunes désœuvrés à cultiver au champ

    By Charlton Doki

    JUBA, 8 sep (IPS) – La police sud-soudanaise a commencé à racoler chaque jeune "désœuvré" qu'elle trouve pour travailler dans ses fermes. Le commissaire de police de l'Etat de Bahr al Ghazal du Nord affirme qu’on ne peut pas laisser les jeunes boire de thé et jouer aux cartes toute la journée alors que l'insécurité alimentaire menace le pays.

    "Celui qui ne veut pas cultiver sera capturé et amené pour planter pour nous. Que vous soyez militaire, policier, ou membre de l'administration pénitentiaire, si vous choisissez de mettre vos plus beaux habits pour venir flâner en ville, nous vous amènerons travailler pour nous. Que vous le veuillez ou pas", a déclaré à IPS, le commissaire de police de l'Etat, Akot Deng Akot.

    Quelque 4,7 millions de Sud-Soudanais, près de la moitié de la population, souffrent de l'insécurité alimentaire, selon les Nations Unies.

    "Un million de ces personnes souffrent gravement de l'insécurité alimentaire, ce qui signifie qu’elles peuvent seulement prendre un repas tous les deux ou trois jours, alors que les 3,7 millions autres souffrent d’une insécurité alimentaire modérée, ce qui veut dire qu’elles peuvent au moins prendre un repas par jour", a indiqué à IPS dans une première interview, Lise Grande, la coordonnatrice des opérations humanitaires de l’ONU au Soudan du Sud.

    L'insécurité alimentaire à travers le pays est imputée à un certain nombre de facteurs, y compris un déficit de céréales. Selon l'ONU, ce déficit a doublé, de 200.000 tonnes métriques en 2011 à 470.000 cette année. En outre, les prix élevés du carburant et l’affaiblissement de la monnaie locale ont aussi favorisé la situation.

    Selon des données obtenues du Bureau national des statistiques, plus de 80 pour cent des 790.898 habitants de Bahr al Ghazal du Nord sont touchés par l'insécurité alimentaire.

    Et cette situation a abouti à des mesures draconiennes prises par les autorités étatiques qui tentent d'encourager l'agriculture dans la région. Akot a même prévenu les gens contre le fait d’aller devant les tribunaux locaux chargés des petites disputes.

    "Cette décision s'applique également aux personnes qui vont remplir les tribunaux locaux pour des disputes sur la propriété de vaches. Ces tribunaux ne seront pas autorisés à fonctionner pendant la période agricole (qui dure d'octobre à décembre) afin que tout le monde aille sur leurs fermes pour produire des vivres", a-t-il souligné.

    En effet, des arrestations ont été déjà faites. Hou Akot Hou, un journaliste local dans l’Etat de Bahr al Ghazal du Nord, a dit que la police a arrêté des dizaines de jeunes sous les ordres d'un chef local, Atak Awan Anei, qui est également le frère du gouverneur de Bahr al Ghazal du Nord, Paul Malong Awan Anei. Ces arrestations ont eu lieu en juillet à Warwar – un marché près de la frontière entre le Soudan du Sud et le Soudan.

    Certains habitants du coin soutiennent cette politique.

    "Le gouvernement devrait obliger les garçons plus âgés, qui sont capables de se prendre en charge et qui flânent en ville, à aller cultiver", a confié à IPS, Justin Ayuer, un habitant du coin.

    Titotiek Chour, un adolescent du coin a exprimé son accord: "Nous les jeunes avons de l'énergie pour produire des vivres. Nous avons la chance de faire plus et nous devrions saisir cette opportunité pour produire de la nourriture et améliorer la vie de notre peuple".

    L’Etat de Bahr al Ghazal du Nord n'est pas la seule région à essayer de mettre en place des politiques visant à encourager la production alimentaire.

    Depuis avril, dans les Etats d'Equatoria-Oriental et Central, les autorités ont accordé aux fonctionnaires les vendredis et samedis pour qu’ils aillent cultiver.

    Le gouverneur d'Equatoria-Oriental, Louis Lobong Lojore, a menacé de couper les salaires des fonctionnaires qui n'utilisent pas ce temps accordé pour travailler sur leurs fermes. Il a déclaré que cette mesure était nécessaire puisque certains fonctionnaires buvaient, et jouaient aux cartes et aux dominos au lieu de cultiver.

    Ceux qui le feraient, a-t-il dit, perdraient deux jours de salaire chaque semaine tant que le programme se poursuit. Felix Otudwa, le ministre de l'Information de l’Etat d'Equatoria-Oriental, a indiqué à IPS qu'il croyait que cette initiative gouvernementale conduirait à l’augmentation de la production et de la sécurité alimentaires cette année.

    "Ces jours-ci, vous ne voyez pas des gens assis sous des arbres en train de boire du thé ou jouer aux cartes comme par le passé. Tout le monde est occupé à cultiver, même le week-end. Le gouverneur, le ministre et d'autres hauts fonctionnaires sont tous impliqués dans l’agriculture ces jours-ci. Cette année, nous récolterons tous en grandes quantités", a affirmé Otudwa.

    Mais ce n’est pas tout le monde qui est à l’aise avec ces règles forcées.

    Edmond Yakani, le coordinateur de l'organisation locale de défense des droits, 'Community Empowerment for Progress Organisation' (Organisation pour l’autonomisation des communautés pour le progrès), a déclaré à IPS que la politique était illégale.

    "Où est la loi qui les autorise à arrêter les gens simplement parce qu'ils ne sont pas dans une ferme pendant les heures de travail? Qui a adopté cette loi et quand?, a demandé Yakani.

    Il a affirmé que c'était tout aussi inacceptable que le gouvernement d'Equatoria-Oriental coupe les salaires des fonctionnaires qui n'utilisent pas leurs jours fériés pour cultiver. "Où est la loi qui les autorise à couper les salaires des gens?", a-t-il demandé.

    "Une loi doit être adoptée, et elle ne peut être votée que par l'Assemblée nationale du Soudan du Sud afin qu'elle oblige tout le monde à cultiver", a indiqué Yakani.

    Il a ajouté que le gouvernement avait besoin de faciliter l'agriculture volontaire en améliorant l'accès à la terre, aux outils et aux semences.

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