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SOUDAN DU SUD: Le conflit du pétrole menace d’éclater

    By Charlton Doki*

    JUBA, 3 oct (IPS) – Les communautés vivant à la frontière entre le Soudan et le Soudan du Sud peuvent être confrontées à un génocide si le conflit entre ces deux pays, qui disputent le contrôle des réserves pétrolières, n'est pas résolu.

    Il y a eu récemment des affrontements entre l'armée soudanaise, les 'Sudan Armed Forces' (Forces armées soudanaises – SAF) et la 'Sudan People's Liberation Army-North' (Armée de libération du peuple soudanais-Nord – SPLA-N) dans les Etats du Sud-Kordofan et du Nil Bleu, au Soudan, ainsi que des combats entre les communautés situées le long de la frontière.

    Le Sud-Kordofan se trouve au sud de la capitale soudanaise, Khartoum, et est frontalier avec la région du Darfour ravagée par la guerre, à l'ouest. L’Etat du Nil Bleu se situe au sud-est de Khartoum et est limité à l’est par l’Ethiopie.

    Cela survient parce que les communautés dans ces Etats pétroliers deviennent progressivement militarisées avec des armes de plus en plus disponibles aux civils, selon un rapport publié par une organisation non gouvernementale (ONG) locale."Un jour, les communautés situées à la frontière peuvent finir par être confrontées à un génocide ou il peut y avoir une guerre très lourde, puisque les gouvernements des deux pays ne valorisent pas la vie des populations, mais les ressources sur lesquelles elles reposent. Ces ressources saperont la valeur de la vie des êtres humains", a déclaré à IPS, Edmund Yakani, le coordinateur de l’ONG locale 'Community Empowerment for Progress Organization' (Organisation pour l’autonomisation des communautés pour le progrès – CEPO)."Les gouvernements des deux pays considèrent la frontière dans la perspective de gains économiques plutôt que du point de vue des communautés qui vivent ici", a-t-il ajouté.Yakani a indiqué que les frontières sont importantes parce que la force économique des deux pays est définie ici. "Si vous parlez de pétrole, c’est ici qu’on le trouve, à la frontière. C'est pourquoi le gouvernement de Khartoum, dirigé par le NCP (Parti du congrès national), dit maintenant que des régions comme Heglig, près de l'Etat d’Unity, et Kaka, dans l’Etat du Haut-Nil (où il y a une forte production pétrolière) sont des zones disputées", a-t-il expliqué.Environ 85 pour cent du pétrole produit au Soudan et au Soudan du Sud combinés proviennent du Soudan du Sud. Une grande partie du pétrole produit au Soudan du Sud vient des Etats frontaliers de Bentiu et du Haut-Nil. Cependant, il y a aussi du pétrole dans l'Etat de Jonglei, qui est à l'intérieur.Un rapport publié par la CEPO le 17 septembre a révélé que les communautés situées sur la frontière entre le Soudan et le Soudan du Sud sont fortement militarisées et sont confrontées à une grande insécurité et à la violence. Le rapport a indiqué qu'il y avait une "circulation rapide d’armes dans les mains de la population civile" du côté soudanais afin d’inciter à la violence contre les populations vivant de l’autre côté la frontière."Du côté du Soudan du Sud, des civils ont acquis des armes, prétendument pour l'autodéfense contre – ce qu'ils considèrent comme – une agression et une invasion de Khartoum", a ajouté le rapport.Cette situation pourrait finalement conduire à une guerre."Le Sud a affiché une mesure extraordinaire face à l'agression extrême de Khartoum", a déclaré à IPS, Eric Reeves, un analyste soudanais et chercheur au 'Smith College', aux Etats-Unis."Il n'a pas réagi avec vigueur malgré le bombardement continu de son propre territoire qui a débuté il y a environ un an en novembre dernier, par des assauts systématiques avec des avions militaires sur le territoire du sud ainsi que l’occupation militaire d'Abyei; il a jusqu'à présent évité de s'allier avec les combattants à 'Nuba Mountains' du (Sud-Kordofan) ou dans le Nil Bleu. Mais cette situation peut durer très longtemps", a souligné Reeves.Si l’assaut de Khartoum contre la ville de Kurmuk située sur la frontière entre le Soudan et l’Ethiopie – le principal fief de l'APLS-N – continue, la probabilité d'un front uni, entre des forces disparates combattant les troupes du président soudanais, Omar al-Baschir, augmente."Khartoum se déplace avec toute une brigade de blindés vers Kurmuk, la capitale de l’Armée de libération du peuple soudanais-Nord (SPLA-N)", a affirmé Reeves à IPS. "Si cela échoue, il annoncera une guérilla continue comme celle que nous voyons dans le Sud-Kordofan"."Ce n'est pas une guérilla ordinaire", a-t-il ajouté. "Les hommes combattant (Khartoum) peuvent ne pas avoir autant d'équipement que les SAF, mais ils sont très motivés et bien formés aussi pour être facilement vaincus"."Un haut responsable de la SPLM-N, m'a dit que beaucoup de soldats du nord n'ont pas le courage pour ce combat. Cela a amené les généraux de Khartoum à compter davantage sur l'utilisation de l'artillerie, des chars et d'avions militaires – ce qui constitue un bon moyen pour tuer les civils, mais pas une manière stratégique pour déloger une force militaire (guérilla). Alors, nous verrons sans aucun doute un conflit prolongé", a indiqué Reeves."Si les combattants du Soudan du Sud et de Nuba rejoignent les forces militaires de la SPLA-N dans le Nil Bleu et les rebelles au Darfour, nous verrons une guerre s'étendre de la frontière tchadienne à la frontière éthiopienne et potentiellement jusqu'à la frontière érythréenne aussi", a déclaré Reeves à IPS.Le rapport de la CEPO recommande une démarcation immédiate de la frontière pour "minimiser l’installation le long de la ligne de démarcation, sauver la vie des communautés, réduire les déplacements et les violences le long de la ligne de démarcation".Le conflit a également affecté la production pétrolière puisque les compagnies pétrolières s'éloignent des zones de violence. Actuellement, 98 pour cent des recettes du Soudan du Sud proviennent du pétrole.David Loro Gutbek, sous-secrétaire au ministère du Pétrole et de l’Exploitation minière du Soudan du Sud, a confié à IPS que la production pétrolière au Soudan et au Soudan du Sud a diminué dans les zones frontalières. "Actuellement, notre production au Soudan du Sud a baissé, de 85.000 barils par jour (bpj) à 60.000 bpj".*Kanya D'Almeida à Washington a contribué au reportage.

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